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Étude de l'assurance “Obra Pa” de MicroEnsure au Ghana

mar 11, 2013
Aider les africains à faibles revenus à améliorer leur capacité à gérer les risques financiers est un élément clé du développement durable. Les assureurs, intermédiaires et autres acteurs de ce domaine sur le continent africain ont fait des efforts pour développer et améliorer des produits de micro-assurance qui sont intéressants pour les clients et qui constituent des bancs d'essai pour les assureurs. Ce blog étudie l'un de ces produits proposé par un courtier d'assurance pour aider des commerçants et d'autres personnes à gérer les pertes financières dues aux inondations.
En octobre 2011, le centre d'Accra a été dévasté par des inondations torrentielles qui ont détruit de nombreuses petites entreprises et ruiné nombre de leurs propriétaires. En partenariat avec l'intermédiaire de micro-assurance MicroEnsure et avec l'agence allemande de coopération GIZ, le projet MILK de MicroInsurance Centre a cherché si un produit de micro-assurance aurait pu aider les propriétaires de ces petites entreprises à gérer les conséquences financières de cette inondation. Le produit “Obra Pa” est obligatoire pour les emprunteurs auprès de certaines organismes de microfinancement
et il offre deux avantages à ses souscripteurs
: 1) le paiement du capital restant dû et un mois d'intérêt à l'organisme de microfinancement
et 2) un versement de 114
US$.
Nous avons appliqué la méthodologie “Client Math” de MILK, qui consiste à répondre à certaines questions ouvertes sur la valeur de la micro-assurance en s'aidant d'enquêtes détaillées sur de petits échantillons de personnes assurées et non assurées (20 à 30 dans chaque cas) pour étudier leurs réactions aux chocs de la vie. Pour pouvoir peser la part jouée
par l'assurance dans la réaction face à l'inondation, nous avons évalué le coût total de la catastrophe pour les personnes assurées et les personnes non assurées et nous avons examiné les stratégies financières utilisées par chaque groupe.
Que ceci nous a-t-il appris
? Que l'assurance seule était insuffisante pour couvrir le coût total d'un choc d'une telle ampleur.
Quand notre équipe MILK a rendu visite aux clients après l'inondation, elle s'est aperçue qu'ils ne s'étaient toujours pas remis des effets dévastateurs de cet événement. Ils n'avaient toujours pas récupéré pleinement leur capacité d'emprunt ni retrouvé leur niveau de vente pour leur commerce. Les mécanismes de résistance et les stratégies utilisés par les populations assurées et non assurées étaient les mêmes dans les deux cas
: emprunter auprès d'amis et de la famille, réduire les dépenses et utiliser les faibles moyens disponibles pour redémarrer leur activité. Ces résultats sont cohérents avec ceux d'autres études de programmes d'assurance réalisées par MILK en Colombia, en Haïti et aux Philippines. L'assurance soulage un peu mais les assurés ont quand même dû se débattre pour se remettre des conséquences dévastatrices de l'inondation, plusieurs mois après.
L'un des aspects intéressant du produit semble être l'accès supplémentaire au crédit qu'il fournissait, ironie du sort, pas auprès d'organismes de microfinancement.
La promesse d'un paiement et l'effet d'allègement dû à l'effacement de la dette semble avoir joué un rôle de "garantie" en améliorant la solvabilité des emprunteurs et en leur permettant d'emprunter auprès de leurs amis et de leur famille pour régler les affaires courantes. Nous n'avons pas l'habitude de penser à l'assurance en termes de "garantie" pour un emprunt mais il est évident
que les assurés ont pu utiliser la promesse d'un dédommagement (en particulier quand celui-ci est payé avec retard) comme une sorte de garantie permettant d'emprunter pour couvrir les besoins immédiats en attendant le paiement de ce dédommagement. En comparaison avec les personnes non-assurées qui sont restées endettées et qui ont pas eu une capacité de remboursement plus faible, cette possibilité s'est avérée utile, même si elle n'a été nécessaire que pour compenser la lenteur du règlement des dédommagements. Pour certains clients, cet accès au crédit a été l'un des éléments qui leur a permis de prendre le chemin du rétablissement complet du traumatisme subi, même si ce rétablissement a été lent.
Les limites du produit ne reflètent que partiellement la volonté de contracter du client. Le produit Obra-Pa au Ghana était obligatoire et ses primes étaient incluses dans les traites des clients d'organismes de microfinancement (MFI). Dans ce contexte, c'était un produit low-cost qui pouvait être intégré dans des traites sans surcharger l'emprunteur de primes séparées et probablement plus élevées. Dans toutes nos études de produits similaires, les MFI ont proposé une couverture obligatoire des biens plutôt que de la mettre à disposition sur une base facultative pour éviter les refus et la faible demande probable. Ceci laisse entendre qu'une meilleure couverture, qui aurait été plus efficace dans le cas de l'inondation, aurait été probablement difficile à vendre sur une base facultative, en particulier aux plus pauvres qui sont plus sensibles aux prix.
Dans l'étude du cas du Ghana, nous avons identifié certaines limites des produits de micro-assurance qui peuvent aider les micro-entrepreneurs à gérer les effets des catastrophes climatiques. Ces clients ont été confrontés à des risques non couverts dus à à la taille (trop limitée) et au timing (trop lent) du versement des indemnisations d'assurance et ils ont été obligés de compléter cette assurance en mettant en œuvre d'autres stratégies. En revanche, les MFI utilisent ces produits pour transférer les risques météo sur un assureur. Deux bons moyens que les FMI pourraient envisager pour aider les micro-entrepreneurs à gérer les risques météo pourraient être de faire un effort pour soutenir les stratégies non liées au risque et de mieux partager les risques avec leurs clients.
Vous pouvez lire le dossier complet
"property insurance in Ghana" (l'assurance des biens au Ghana) ainsi que tous les autres documents MILK à l'adresse http://www.microinsurancecentre.org/milk-project.html

Mme Magnoni est la Présidente de EA Consultants et la responsable de l'aspect satisfaction client pour le projet MicroInsurance Learning and Knowledge (MILK) de MicroInsurance Centre. Elle est conseillère internationale au développement depuis plus de 15
ans dans le domaine de la finance internationale et du développement. Nombre de ses dernières recherches sont centrées sur la compréhension des besoins client et sur ses choix, en lien avec le développement de produits et de programmes facilitant l'accès à la finance, aux marchés et à la protection sociale pour les segments de population à faibles revenus. Elle a conçu des programmes de micro-assurance pour divers organismes, réseaux et agences gouvernementales. Elle gère actuellement la collecte d'informations et leur interprétation pour la compréhension de la valeur de la micro-assurance pour ses clients dans le cadre du projet MILK. Ces études ont aidé l'industrie à comprendre le rôle joué par la micro-assurance dans la diversification des risques financiers par leurs clients. Mme Magnoni est titulaire d'un Master en Commerce International de l'Université de Columbia (New York).

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