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État des lieux et développement de la finance islamique en Afrique sub-saharienne

mar 09, 2015
L'industrie de la finance islamique a connu une croissance rapide dans plusieurs régions et son secteur bancaire est devenu systémique dans certains pays, avec certaines conséquences sur la stabilité macroéconomique et financière. Alors que la présence de la finance islamique n'est pas encore significative en Afrique sub-saharienne (ASS), plusieurs particularités de ses instruments font que ceux-ci sont particulièrement adaptés dans cette région, en particulier du fait de leur capacité à soutenir les PME et les activités de micro-crédit. Dans un article récent, nous avons parlé d'une enquête sur la finance islamique en ASS et les activités étudiées incluaient la banque islamique, l'émission d'assurances sukuk (pour financer les projets d'infrastructure), Takaful (assurance) et la microfinance. Afin de développer le marché, les décideurs pourraient ouvrir des fenêtres pour le financement islamique au sein du système conventionnel et faciliter les émissions sukuk pour attirer les investissements étrangers. L'arrivée de banques islamiques à part entière nécessite de résoudre certains problèmes systémiques et d'aménager les cadres de gestion et de résolution de crise. Le secteur financier en ASS fait l'objet d'une rapide croissance ces vingt dernières années. De nouveaux produits ont été introduits et les institutions financières jouent un rôle croissant au niveau de l'intermédiation financière, y compris au niveau transfrontalier. Toutefois, la finance islamique reste peu développée, bien qu'elle soit prometteuse du fait de la structure démographique régionale et de son potentiel d'approfondissement financier. Fin 2012, environ 38 institutions financières islamiques - incluant des banques commerciales, des banques d'investissement et des opérateurs takaful (assurance) - étaient actifs en Afrique. Parmi ceux-ci, 21 travaillaient en Afrique du Nord, en Mauritanie et au Soudan contre 17, en Afrique sub-saharienne. Il existe des activités bancaires islamiques au Botswana, au Kenya, en Gambie, en Guinée, au Liberia, au Niger, au Nigeria, en Afrique du Sud , à l'Île Maurice, au Sénégal et en Tanzanie. Il existe également des projets de développement en Zambie, en Ouganda, au Malawi, au Ghana et en Éthiopie car, exception faite de la Zambie, tous ces pays disposent d'une population musulmane assez importante - la Zambie étant intéressée pour utiliser les financements islamiques dans le secteur minier. En Ouganda, la banque centrale a démarré le processus de réforme de sa réglementation financière pour permettre l'établissement de banques islamiques et trois banques islamiques ont déposé une demande de licence. La finance islamique en est encore à ses balbutiements eu ASS. La part de marché des banques islamiques est petite et les marchés des capitaux islamiques sont pratiquement inexistants (de petites assurances Sukuk ont été émises en Gambie et au Nigeria). Dans le même temps, la demande de produits financiers islamiques est susceptible d'augmenter fortement dans les prochaines années. À l'heure actuelle, environ la moitié de la population de cette région n'a pas de compte en banque. De plus, la population musulmane de l'ASS, qui s'élève aujourd'hui à presque 250 millions de personnes, devrait atteindre 386 millions en 2030 et les activités financières devraient devenir un élément important du PIB. De nombreux pays vont introduire les activités financières islamiques aux côtés du secteur bancaire conventionnel. Les possibilités de croissance de la finance islamique comprendront probablement des produits destinés aux PME. La croissance de la classe moyenne sur ce sous-continent, associée à la jeunesse de la population constituent une chance de développement des services de finance islamique. Les gros besoins d'infrastructure en ASS seront également une chance pour les assurances Sukuk de drainer des fonds du Moyen-Orient, de Malaysie et d'Indonésie. C'est ainsi que le récente émission obligataire conforme à la Shari'ah par l'état d'Osun au Nigeria et en Afrique du Sud pourrait donner le signal d'un engouement pour le sukuk, et ceci d'autant plus si le Sénégal réalise ses projets de sukuk. Le développement de la finance islamique en Afrique sub-saharienne.
Le développement de la finance islamique pourrait augmenter la profondeur et la largeur de l'intermédiation, en augmentant le rayon d'action du système (par exemple, en allongeant les échéances et en facilitant les fonds non couverts et la diversification des risques). Dans le même temps, la population non-musulmane bien plus nombreuse pourrait trouver intéressants les instruments financiers islamiques, qui leur proposent des solutions différentes, en particulier pour les PME et le micro-crédit. De plus, l'approfondissement financier et l'inclusion seraient encore améliorés si avec l'arrivée de nouveaux instruments inspirés de la finance islamique, sans être nécessairement certifiés par la Shari'ah. Le développement, comme à l'Île Maurice, d'une garantie partielle des risques, pourrait constituer un bon exemple de cette tendance. De plus, les pays de l'ASS pourraient faire appel aux marchés financiers islamiques pour satisfaire leurs besoins de financement d'infrastructures. En ouvrant leurs portes aux financements islamiques, l'ASS pourrait attirer des capitaux de pays où l'épargne est élevée et où elle va encore croître. En particulier, les financements sukuk, qui se développent dans d'autres pays, pourraient constituer un instrument utile pour le financement des investissements d'infrastructure. Enfin, les financements islamiques peuvent aider les petites et moyennes entreprises et les activités de microfinance à se développer, étant donné qu'en Afrique, les ménages africains et les entreprises ont moins accès au crédit par l'intermédiaire des banques conventionnelles que s'ils habitaient dans une autre régions en voie de développement. Les banques islamiques peuvent contacter une frange d'épargnants qui ne participent pas au système bancaire basé sur l'intérêt. Elles peuvent aussi permettre aux PME d'accéder au crédit en fournissant des garanties supportables en étendant les fonds sur une base participative, dans laquelle les garanties ne sont pas nécessaires ou peuvent inclure des actifs intangibles. A travers toutes ses formes différentes - fenêtre, intervenant bancaire à part entière, banque d'investissement et assurance - les activités de finance islamique fournissent un effet levier adapté et aident à limiter la spéculation et les risques moraux. Il faut toutefois remarquer qu'ils sont également sujets à des contraintes et à des risques, en particulier du fait des difficultés et des coûts associés à la supervision et à la surveillance ainsi qu'au risque pour la réputation inhérent à certains produits non complètement certifiés conformes au principes islamiques. Il est conseillé aux pays souhaitant développer la finance islamique dans leur juridiction de mettre en place une stratégie basée sur les étapes suivantes : lancement d'une campagne d'information du public, fourniture de l'infrastructure nécessaire (par exemple, amendement des cadres juridiques, comptables et prudentiels), mise en place des moyens à la banque centrale (particulièrement pour la supervision) et réflexion sur la nécessité de mettre en place un cadre adapté à la gestion des liquidités ainsi que la mise en place d'instruments monétaires adaptés. Ce blog est basé sur l’étude universitaire
Islamic Finance in Sub-Saharan Africa
préparé par Enrique Gelbard, Mumtaz Hussain, Rodolfo Maino, Yibin Mu et Etienne B. Yehoue.

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