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Est-ce que les mécanismes de microfinance peuvent améliorer l'accès à la finance ?

mar 14, 2011
L’Afrique subsaharienne est l’une des plus pauvres régions du monde, avec près de la moitié de sa population vivant dans une extrême pauvreté.

L'exclusion financière est l'une des multiples facettes de cette pauvreté. Elle se traduit par un manque total ou partiel d'accès aux services financiers traditionnels, empêchant aux personnes et aux petites entreprises de saisir les occasions qui leur permettraient de sortir du cycle vicieux de la pauvreté.
La microfinance formelle, faite par l’entremise des institutions de microfinance,
est considérée comme un moyen efficace pour lutter contre l'exclusion financière et pour stimuler le développement économique. Cependant, l'efficacité de la microfinance est souvent menacée par les incertitudes par rapport à sa viabilité à long terme. Les fonds commerciaux peuvent constituer une solution à ce problème. Cependant, ils soulèvent d'autres inquiétudes concernant la capacité de la microfinance à continuer à servir d'une part les plus démunis, tout en fournissant d'autre part des bénéfices considérables aux investisseurs.

Les fonds commerciaux (fournis, entre autre, par des fonds d'investissement
et des banques), ont un impact positif sur les institutions de microfinance en répondant à leurs besoins financiers. Ils encouragent des comportements responsables et des bonnes pratiques de gestion. Ainsi, impliquer les investisseurs privés dans la microfinance est considéré comme une solution pour combler les déficits en matière de financement auxquels font face les institutions de microfinance.

Les mécanismes d’investissement de microfinance (MIV) sont des fonds qui investissent exclusivement dans des actifs de microfinance. Le nombre de ces MIV augmente rapidement et les montants investis s’accroissent partout dans le monde, malgré la récente crise financière,
soulignant ainsi l'intérêt croissant que les investisseurs portent pour ce nouveau secteur.
Pourtant l'Afrique accuse toujours un retard. Seulement 6,2% des 4,8 milliards de dollars américains en actifs sous la gestion des MIV en 2009 ont été consacré à l'Afrique Subsaharienne. Ceci s’explique en partie par l'environnement d’affaires difficile en Afrique.

On estime que l'environnement d’affaires sur le continent décourage les entrepreneurs, en particulier les investisseurs étrangers, de s’impliquer dans la microfinance. En effet, du point de vue des MIV, l’Afrique subsaharienne est dominée par un grand nombre de petites institutions de microfinance peu prospères, contraintes par des frais d'exploitation élevés et une faible réglementation. Les bénéfices des institutions de microfinance africaines sont également inférieurs à celles des autres régions.

Pour développer les fonds d'investissement de microfinance en Afrique, les parties prenantes, les gouvernements, et les bailleurs de fonds doivent travailler ensemble pour établir un environnement favorable et donner une image positive du continent. L'Afrique souffre d'une réputation qui l’associe à " l’aide financière et à la corruption" ; (Sielfverhielm et al, 2009). Une performance financière améliorée, la bonne gouvernance et la transparence sont essentielles si le secteur de la microfinance doit s’accroitre et prospérer en Afrique Sub-Saharienne.

En ce qui concerne le financement, les bailleurs de fonds devraient céder plus d'espace aux investisseurs privés en focalisant leur action sur les institutions de microfinance qui travaillent avec les plus pauvres et ont le moins la possibilité de mobiliser des ressources privées. Leur rôle dans la réduction des risques peut également être déterminant..
Quant aux promoteurs de fonds, ils doivent renforcer leur connaissance du continent et leur savoir-faire technique à tous les niveaux de gestion afin d'encourager les investisseurs privés à s’impliquer dans le secteur de la microfinance africaine.

En conclusion, il semble que le défi principal auquel fait face l'industrie de la microfinance en Afrique est, en grande partie, double. Le premier est de prouver la valeur de la microfinance comme instrument d'investissement et de diversification rémunérateur, et le deuxième est d’établir un environnement convenable, permettant de convaincre les investisseurs privés que l'Afrique Sub-Saharienne peut offrir des opportunités d’investissement intéressantes dans le secteur.

Aissatou Eugenie Sow Camara est une analyste avec 10 ans d'expérience en matière d'assurance-vie, d’opérations bancaires et de marchés financiers, y compris l'investissement et la gestion des risques en Europe et en Afrique. Elle est titulaire d’une maîtrise en statistiques et méthodes de décision de l’université Paris 1-Panthéon-Sorbonne (France) et une maîtrise en financement du développement de l'Université de Reading (Royaume-Uni). Ses centres d’intérêts principaux sont les questions de développement liées aux secteurs financiers en Afrique.

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