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De la thésaurisation au compte bancaire : réorienter l'épargne des femmes en Ouganda

mai 04, 2015
En Afrique sub-saharienne, de nombreuses femmes conservent leurs économies à la maison, où elles sont le plus vulnérables. Pourquoi ne pas utiliser des institutions ou des organismes assimilés pour mieux protéger cet argent durement gagné ? Même les femmes les plus pauvres économisent pour se protéger en cas de besoin inattendu, mais souvent de manière assez différente des femmes plus aisées. Ce qui est évident pour de nombreux occidentaux - que les institutions d'épargne offrent une meilleure protection -n'est pas entré dans les habitudes dans nombre de pays d'Afrique sub-saharienne. Une explication parmi d'autres serait le manque de connaissances sur la manière d'épargner dans une institution officielle, ainsi que sur les risques, coûts et avantages de conserver son épargne sous forme d'espèces plutôt qu'en utilisant une solution d'épargne semi-officielle ou officielle. En Ouganda, BRAC, une organisation de développement dédiée à la lutte contre la pauvreté par la responsabilisation des personnes en situation de pauvreté, a réalisé une étude pour mesurer si l'information sur l'utilisation des outils financiers pouvait faire changer les comportements d'épargne des femmes. J'ai eu la chance de travailler avec l'équipe de BRAC pour mettre sur pied un essai contrôlé randomisé, afin d'analyser précisément l'efficacité du programme de mobilisation de l'épargne - ce travail est en droite ligne avec ce que nous faisons à la Banque Mondiale au niveau du laboratoire d'innovation au niveau de l'égalité des sexes GIL (Gender Innovation Lab), lorsque nous cherchons des solutions qui fonctionnent vraiment et qui améliorent les chances des femmes et des filles. Avec ce programme, BRAC Ouganda a organisé une campagne d'information pour des groupes de femmes à Kampala et à Iganga, centrée sur l'importance de l'épargne en général et sur les divers types de services d'épargne disponibles, parmi lesquels des outils d'épargne plus formels et assez sécurisés. Cette étude a produit plusieurs résultats intéressants qu'il est important de prendre en compte lorsqu'on réfléchit à des stratégies d'amélioration de l'épargne des femmes. Tout d'abord et ceci est fondamental, ces résultats montrent qu'il existe un frein à l'information particulièrement fort chez les femmes illettrées et une réticence aux solutions formelles d'épargne. Six mois après cette campagne, les femmes illettrées étaient de
19 points de pourcentage plus susceptibles d'épargner dans des institutions formelles que de conserver leur argent sous forme liquide. De plus, l'enquête pilote a déterminé par cette étude que le vol est un problème central pour les femmes (1 femme sur 4 avait été victime d'un vol dans l'année). Après la campagne d'information, les femmes qui avaient été volées ou dévalisées lors des 12 derniers mois étaient de 19 points de pourcentage plus susceptibles d'utiliser des outils formels d'épargne. Il est toutefois intéressant de noter que l'enquête pilote a fait ressortir que les femmes ont tendance à ne pas placer leur argent en utilisant des solutions formelles d'épargne. Par contre, la plupart de celles qui ont placé leur épargne ont utilisé des solutions semi-officielles comme celles proposées par les associations rotatives d'épargne et de crédit (AREC). Ce passage d'une épargne informelle à la collaboration au sein d'un groupe de personnes qui acceptent d'épargner et de prêter ensemble plutôt qu'avec une banque est ressortie clairement de cette enquête pilote comme la solution préférée des femmes. Ceci n'en reste pas moins un pas important vers une approche plus formelle et plus structurée de l'épargne. Il est important de remarquer que cette enquête pilote montre qu'une campagne d'information suffit à résoudre
des problèmes liés à l'allocation de l'épargne mais qu'elle ne suffit pas à influencer le volume total
de l'épargne
. Pour agir sur le volume
de l'épargne, des outils plus puissants sont probablement nécessaires, comme des programmes d'amélioration de la situation financière des ménages - pour les aider à obtenir davantage de revenus et par conséquent, des possibilités d'épargne supplémentaires. Pour protéger du vol et des cambriolages la proportion importante de femmes qui conservent leur épargne en liquide, cette enquête pilote a montré que mettre en place une action d'information assez simple et peu coûteuse centrée sur les avantages de recourir à des solutions d'épargne plus formelles suffit à inciter les femmes à transférer leurs économies thésaurisées
dans leur maison vers des solutions d'épargne communautaires plus sûres
. Cette expérience fait partie du travail de GIL et il n'en constitue qu'un aspect. Ce travail a pour objectif de donner des conseils plus pointus, plus efficaces et plus rigoureusement testés
aux équipes de développement souhaitant rendre plus efficaces leurs projets et leurs programmes d'amélioration des chances économiques des femmes et des filles. Pour plus d'informations sur les évaluations d'impact que GIL conduit dans 20 pays d'Afrique sub-saharienne, suivez le lien http://www.worldbank.org/en/programs/africa-gender-innovation-lab Ce
blog est basé sur l'étude "Allocating Cash Savings and the Role of Information: Evidence from a Field Experiment in Uganda", préparé par Niklas Buehren, Expert en
évaluation d'impact
au sein
à la Banque mondiale.

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