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Croissance et inclusion financière : où en est la Tanzanie aujourd'hui ?

juil 03, 2017
Ce texte a été publié à l'origine sur le site des blogs de la banque Mondiale. Deux entrepreneurs de Tanzanie : Hadiya et Mzuzi. Hadiya a installé avec succès sa micro-entreprise en tirant parti des avantages des services de mobile money, incluant les produits de transfert et d'épargne qui sont à faible coût et sécurisés, ainsi que des micro-crédits à court terme. Quant à Mzuzi, propriétaire d'une petite entreprise de 10 personnes, il rencontre des difficultés financières à cause de son incapacité à accéder au crédit pour se développer, et malgré son important investissement personnel et sa réactivité. L'histoire de ces deux entrepreneurs est emblématique de la vie des Tanzaniens qui cherchent des opportunités, pour eux-mêmes et leurs familles. Leur besoin en produits et services financiers est à l'origine de la deuxième partie de la 9ème édition du rapport Tanzanian Economic Update (Conjoncture économique de la Tanzanie) qui, en plus de fournir à la Banque Mondiale une vision régulière de l'économie, met l'accent sur un problème d'importance stratégique pour le pays. Les grandes lignes de la croissance et de la réduction de la pauvreté en Tanzanie ces vingt dernières années sont maintenant bien connues : avec des taux de croissance élevés et réguliers de 6 à 7 %, la Tanzanie a obtenu d'excellents résultats comparés aux moyennes de la région. Mais, alors que le niveau de pauvreté à diminué de manière significative, environ 12 millions de Tanzaniens vivent encore avec moins de 1 300 Shillings (58 cents américains) par jour, et de nombreux autres vivent juste au dessus du seuil de pauvreté et risquent de retomber en situation de grande pauvreté en cas de choc économique. L'économie tanzanienne fait face au défi d'intégrer environ 800 000 jeunes femmes et hommes sur son marché du travail, en raison du manque d'opportunités en termes d'emplois productifs. Entretenir et accélérer la croissance nécessite la mise en œuvre de politiques adaptées. La croissance impressionnante de la Tanzanie jusqu'à ce jour est le résultat des décisions du passé. La croissance à venir sera pilotée par les décisions des dirigeants d'aujourd'hui. Le gouvernement tanzanien s'attache à atteindre une croissance annuelle de 10 % à l'horizon 2020 mais, pour tirer parti de la croissance actuelle, il doit faire des efforts dans trois secteurs clé. C'est le sujet de ce dernier bilan économique. Premièrement, le gouvernement devrait conserver sa gestion macroéconomique prudente. Deuxièmement, l'investissement public devrait être géré de manière plus efficace. Troisièmement, la Tanzanie doit libérer le potentiel de croissance du secteur privé. Il n'existe pas d'alternative à la croissance pilotée par le secteur privé pour atteindre les niveaux d'investissement, d'emploi et de réduction de la pauvreté qui répondront aux aspirations du peuple tanzanien. Alors que la Tanzanie a bénéficié de dix années de croissance régulière, le pays a également fait des progrès impressionnants dans la mise en place d'une infrastructure efficace et peu coûteuse de mobile money. Cette évolution a aidé à étendre l'inclusion financière, pour le plus grand bien de nombreuses personnes. Toutefois, le système financier classique qui est essentiel pour la croissance du secteur des entreprises, continue d'être à la traîne. Des mesures doivent donc être prises pour améliorer la mobilisation de l'épargne tout en proposant à l'économie réelle des crédits abordables. Les taux d'intérêt restent élevés et l'accès au crédit est très limité, ce qui fait que le taux de crédit au secteur privé en Tanzanie par rapport à son PNB est inférieur à celui des autres pays de la région et du monde. Nous proposons trois pistes de solutions qui permettraient de soutenir les projets de citoyens comme ceux de Hadiya et Mzuzi, et de beaucoup d'autres comme eux. Premièrement, prendre des mesures pour ouvrir l'accès aux services financiers à ceux qui en sont encore exclus: presqu'un adulte sur trois n'a pas accès aux services financiers, et les femmes et les habitants des zones rurales sont encore plus fortement défavorisés. Le déploiement complet et rapide d'un système national d'identification qui se veut efficace et inclusif, associé à la transition vers les paiements électroniques pour les transactions administratives, incluant les allocations comme celles du fonds d'action sociale TASAF, pourraient faciliter et approfondir l'inclusion financière. Deuxièmement, l'approfondissement de l'inclusion par la vulgarisation de l'utilisation de produits et services financiers plus élaborés pourrait aider la Tanzanie à aller vers une économie plus formelle, plus transparente et plus dynamique. Cette amélioration de l'environnement économique sera rendue possible par des mesures favorisant la concurrence entre les banques et les autres fournisseurs de services financiers. Enfin, et ce n'est pas la moindre des mesures, améliorer l'accès des Tanzaniens à des crédits à long terme abordables. Réduire la pression des emprunts publics ferait baisser les réticences à prêter au secteur privé, ce qui aurait pour effet d'améliorer la disponibilité des crédits à long terme. La Tanzanie dispose de bons atouts pour accélérer sa croissance pour le bien de tous ses citoyens. Prendre des mesures pour mettre l'argent à la portée des citoyens entreprenants les aidera à dévoiler leurs talents cachés, leur énergie et leur capacité. Le financement de l'entreprenariat contribuera non seulement au développement de l'économie mais ouvrira des opportunités aux hommes et aux femmes comme Hadiyas et Mzuzi, qui en tireront parti et apporteront leur contribution à l'économie tanzanienne. A la lumière de ces besoins, la Tanzanie fait partie des 25 pays prioritaires dans le cadre de l'Initiative Accès Universel aux Services Financiers : cap sur 2020 du Groupe de la Banque Mondiale, dont l'objectif est de faciliter l'accès aux comptes courants comme première étape d'une inclusion financière plus large. Nous espérons que la neuvième édition de ce bilan sur l'économie tanzanienne fera avancer ce débat. ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- A propos de l'auteur Bella Bird est la directrice-Pays de la Banque Mondiale (BM) pour la Tanzanie, le Burundi, le Malawi et la Somalie depuis juillet 2015. Elle est basée à Dar es-Salaam, en Tanzanie. Avant d'occuper ce rôle, Bella a été directrice régionale de la BM pour le Soudan, le Soudan du Sud et la Somalie de 2011 à 2015, tout en étant basée à Nairobi, au Kenya. Avant de rejoindre la BM en 2011, Bella a occupé divers postes de direction au Département Britannique pour le Développement International (DFID). De 2009 à 2011, elle a été directrice de la politique de gouvernance au DFID. Elle a assuré le leadership d'un certain nombre de processus de politique internationale à l'OCDE, ainsi que l'élaboration de politiques de pointe sur la gouvernance des États fragiles au sein du DFID. Bella a précédemment occupé les fonctions de chef du DFID au Népal et au Vietnam. Avant ces postes, elle a exercé pendant sept ans au DFID en tant que conseillère sur les questions relatives à la pauvreté et aux problèmes sociaux au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. Elle a par ailleurs joué un rôle de chef de file pour le gouvernement britannique et à l'international sur les politiques visant à promouvoir l'édification de l'État et la consolidation de la paix, en défendant l'efficacité de l'aide et la collaboration Sud-Sud.

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