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Croissance du crédit en Afrique

nov 22, 2010
Avant la dernière crise mondiale, la relance économique de l’Afrique – dont la portée dépassait le boom habituel des matières de base – s’illustrait par un certain nombre de facteurs, à savoir: des déficits financiers, une inflation et des coûts de service de la dette plus faibles, le plus souvent dictés par l’extension de la courbe des rendements et l’approfondissement des marchés de la dette intérieurs. Il n’est pas étonnant que l’augmentation des niveaux de consommation des ménages et, dans plusieurs pays, le prolongement accru du crédit du secteur privé, en aient également été des facteurs importants. Même si la croissance du crédit était plus spectaculaire au Nigeria, suite à la multiplication par dix du capital minimum requis, la quasi-totalité des marchés frontaliers africains ont connu la hausse des taux de crédit du secteur privé, la consolidation du secteur bancaire et la ruée vers les actifs de croissance, tandis que les banques s’efforçaient de maintenir le rendement des capitaux propres des actionnaires.


Alors qu’à travers le monde, l’argent facile caractérisait la relance de la croissance, l’Afrique, qui connaissait peut-être sa première intermédiation financière structurelle grave au plan régional, avait un taux de croissance du crédit du secteur privé – sur une base, il est vrai, faible – supérieur aux taux observés dans plusieurs autres régions en développement.




Avance rapide vers la crise mondiale. En théorie, l’Afrique, peu dépendante du prêt extraterritorial, aurait dû être plus immunisée contre la crise du crédit qu’elle l’a été. Parmi les intermédiaires financiers en Afrique sub-saharienne, la dépendance des bases de dépôts domestiques pour le financement est plus forte que la dépendance des marchés interbancaires de gros. Seule une grande économie africaine – le Nigeria – a connu sa propre crise bancaire générée de l’intérieur, tandis que la croissance rapide du crédit pendant la relance permettait de masquer (pour la plupart) la bulle d’un marché d’actifs insoutenable, de piètres pratiques de gestion des risques et – dans certains cas – une fraude caractérisée. Les autorités ont intervenu en temps opportun, afin d’éviter la chute des banques en sous-capitalisation. Toutefois, le Nigeria n’est pas le seul à présenter une faible croissance du crédit. Mesurée en termes de a/a, la croissance du crédit de plusieurs autres économies africaines est même plus faible.



En Afrique du Sud où la réglementation du secteur financier figure souvent parmi les meilleures dans le monde, les taux a/a d’allocation du crédit du secteur privé se contractaient jusqu’en mai 2010. Même maintenant, l’allocation du crédit du secteur privé n’est que très faiblement positive. Quelle en serait la cause ? ###MORE###

Le grand décalage qui caractérise les cycles économiques africains a certainement joué un rôle dans la faible croissance du crédit. En Afrique, les paniers de consommation sont dominés par la nourriture et le continent a été frappé de plein fouet par la double crise alimentaire et du carburant de 2008. L’inflation a dépassé les taux à un chiffre qui avaient brièvement caractérisé la stabilisation macroéconomique de l’Afrique. Alors que le reste du monde s’efforçait rapidement de fournir une mesure de stimulation monétaire, tandis que plusieurs grandes banques centrales introduisaient un allègement quantitatif, l’inflation toujours élevée a forcé plusieurs banques centrales africaines à faire preuve de plus de prudence. Ce n’est que plus récemment que, en raison d’une tendance plus nette à la désinflation à travers le continent africain, les banques centrales africaines ont été plus agressives en fournissant les liquidités. La prédisposition à l’allègement monétaire persiste dans la plupart des marchés, ce qui devrait, en fin de compte, alimenter des niveaux de croissance de crédit plus sains, malgré le décalage.



Néanmoins, pour diverses raisons nationales spécifiques, le mécanisme de transmission de la politique monétaire demeure un sujet très préoccupant. Pendant les années d’avant la crise, l’Afrique du Sud a connu sa propre frénésie du crédit, étant donné qu’une nouvelle classe moyenne montante s’avérait une classe d’emprunteurs réceptifs. La dette des ménages en pourcentage du revenu disponible a enflé, passant de 52% en 2002 à plus de 80% à la pointe du cycle. Même après une récession en Afrique du Sud, les niveaux de la dette restent élevés, faisant obstacle aux nouvelles demandes de crédit. Le taux de chômage est supérieur à 25%, la confiance des consommateurs est généralement faible et même l’allègement de 550 points de base accordé par la South African Reserve Bank (SARB) dans ce cycle n’a que très faiblement contribué à la relance de la croissance du crédit. Bien que de manière isolée, ces derniers mois, les banques ont relâché les conditions de prêts rigoureuses, le phénomène ne s’est pas encore suffisamment répandu. Le crédit n’est pas disponible dans les mêmes conditions souples qu’avant la crise. L’offre et la demande de crédit sont soumises à certaines contraintes, et il pourrait s’avérer bien nécessaire d’alléger davantage le taux d’intérêt – plus que pendant le cycle ‘normal’ –.


Au Ghana, en dépit d’un important allègement du taux d’intérêt (500 points de base jusqu’à cette phase du cycle) et de l’introduction de nouvelles exigences de capital minimum requises des banques étrangères, qui – toutes choses étant égales par ailleurs – auraient dû stimuler la croissance du crédit, le crédit des banques commerciales des secteurs public et privé ont, pendant 12 mois jusqu’en mai 2010, enregistré un taux insignifiant de 3,2% a/a. Le secteur a certainement connu des améliorations quant à la fiabilité des indicateurs financiers – par exemple, suite aux nouvelles exigences de capital minimum, le coefficient de suffisance du capital est passé de 14,5%, il y a un an, à 19,2%. Mais, même ces résultats se sont avérés insuffisants pour atténuer l’impact, sur le secteur, de la double crise de déficit survenue au Ghana en 2008, qui influe toujours sur la macroéconomie nationale. Sans surprise, l’accumulation des arriérés dans le secteur énergétique s’est traduite (avec un certain décalage) par d’importants prêts non productifs dans le secteur financier. Même si le taux des prêts non productifs de 18,7% en mai 2010 représente une baisse par rapport au taux de 20% enregistré en début d’année, le pourcentage total reste plus élevé que le taux de 11% enregistré il y a seulement un an.


Par ailleurs, les nouveaux venus dans le secteur bancaire du Ghana et une concurrence de plus en plus rude en matière d’obligations ont favorisé l’augmentation des taux d’intérêt créditeurs. En raison de l’accroissement structurel des coûts de financement et, en particulier, des taux d’intérêts créditeurs élevés payés sur les dépôts à terme, l’assouplissement officiel de la Banque du Ghana n’a eu qu’un faible impact. A terme, cette situation devrait changer. A l’échéance des dépôts à terme, de faibles taux d’intérêts seront offerts aux nouveaux dépôts et, avec des coûts de financement faibles, les taux de prêt devraient baisser en fin de compte. Mais ces mesures nécessiteront un certain temps, ce qui donne à penser que la transmission des changements de la politique monétaire a considérablement ralenti. En outre, avec des arriérés de 6% du PIB en instance dans la région et des prêts non productifs susceptibles de rester élevés entre-temps, il faudra du temps pour que la croissance du crédit réagisse de manière significative à l’allègement du taux d’intérêt par la Banque du Ghana, même si le pays accède au statut de producteur de pétrole.




Peut-être, nulle part en Afrique, la rupture du traditionnel mécanisme de transmission de la politique monétaire n’a reçu plus d’attention qu’au Nigeria. Même si le coût de la crise bancaire a été relativement limité, - à ce jour, aucune banque n’a failli et même l’impact financier des opérations de sauvetage bancaire sera probablement minime – la croissance du crédit est néanmoins décevante. Etant donné que la quantité de pertes annoncée par la Banque centrale du Nigeria-banques sauvées, était suffisante pour éroder les deux tiers du capital du secteur bancaire du Nigeria, la croissance de crédit décevante qui précède la mise en place officielle d’un véhicule de recapitalisation (tel que la société de gestion des actifs proposée) n’est pas surprenante. Entre-temps, diverses mesures ont été prises par la Banque centrale du Nigeria pour stimuler l’emprunt.




Les taux d’intérêt ont baissé, tandis que les taux d’intérêts créditeurs ont été réduits à 1% seulement, afin d’encourager les banques à prêter, plutôt qu’à garder l’argent en dépôt à la Banque centrale du Nigeria. Les autorités ont mis à disposition des capitaux à long terme pour accorder des prêts à des taux de faveur à certaines industries. La même facilité peut servir au refinancement des obligations existantes dans les industries de production, les compagnies de transport aérien et d’autres industries. Grâce à un mécanisme de caution également mis en place en faveur des PME, la Banque centrale du Nigeria remboursera aux banques 80% du principal en cas de défaillance.
Enfin, le régime général de provisionnement des pertes sur prêts de 1%, préalablement en place, a été temporairement suspendu, car il pourrait s’avérer excessivement procyclique.





Est-ce réaliste? Certes, de nombreuses preuves attestent que les banques nigérianes sont dans une situation de surliquidité (l’emprunt de l’escompte officiel de la Banque centrale du Nigeria reste minimal), mais cette surliquidité ne s’est pas encore frayé un chemin dans l’économie réelle. Peut-être faudra-t-il plus de temps. Peut-être faudra-t-il plus de confiance. Peut-être les perspectives d’une augmentation significative du crédit resteront faibles, jusqu’à ce que les prêts non productifs qui entravent la nouvelle croissance du crédit, soient supprimés des bilans des banques. (Etant donné la mise en place imminente d’une société de gestion des actifs, chargée de ce travail, le Nigeria n’aura peut-être pas à attendre plus longtemps la transformation des surliquidités en crédit du secteur privé).



Entre-temps, une tendance révélatrice s’observe aussi bien au Nigeria qu’ailleurs en Afrique. Etant donné la détente monétaire agressive, les faibles taux d’intérêt et la surliquidité des banques, même dans un contexte marqué par une profonde aversion du risque, la concurrence en matière de prêt aux meilleurs risques de crédit est de plus en plus rude. La compression d’écart a commencé et, en fin de compte, les banques rechercheront des retours plus élevés en prêtant aux segments du marché comportant plus de risques. Mais pour l’instant, l’effet néfaste de la crise devra peut-être poursuivre son cours. La seule détente monétaire n’est probablement pas suffisante. Une confiance accrue aux rendements de l’économie réelle sera nécessaire pour une amélioration plus significative de la croissance du crédit.


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