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Comment un phénomène marginal devient central : l'Afrique, un Eldorado pour l'affacturage

mar 27, 2014
L'affacturage en Afrique Les avantages conséquents que les petites et moyennes entreprises (PME) peuvent tirer de l'affacturage explique le succès exceptionnel de cet outil de financement dans le monde entier. Malheureusement l'Afrique est jusqu'à récemment restée en marge de ce recours à l'affacturage. En 2012 l'Afrique ne représentait que 1,2 pour cent des 2 trilliards de dollars de transactions mondiales d'affacturage, avec la plupart des activités d'affacturage enregistrées dans seulement quatre pays - l'Afrique du Sud, la Tunisie, le Maroc et l'Égypte - et dont 90% des opérations étaient intérieures. Dans le même temps, les opérations d'affacturage en Asie représentaient 26,8 % du total mondial, alors que l'Amérique représentait 8,81 %, l'Australie 2,35 % et l'Europe 60,91 %. Une bonne nouvelle La bonne nouvelle est que l'Afrique semble s'apprêter à devenir un acteur mondial important en ce qui concerne l'affacturage comme outil de développement économique vu que ce continent est le théâtre d'une augmentation exceptionnelle du taux de croissance des volumes d'affacturage. C'est ainsi que ces volumes d'affacturage ont explosé, passant de 5, 86 milliards d'Euros en 2001 à 23,93 milliards d'Euros en 2012, ce qui représente un taux de croissance annuel d'environ 14,2 %. Cette valeur est bien supérieure au taux de croissance mondial de l'affacturage de 8,6 % ainsi qu'au taux européen de 9% sur la même période. De plus, le développement de l'affacturage africain a été largement dominé par les banques et par leurs filiales. Ceci est notamment le cas en Afrique du Sud, au Maroc et en Égypte, où il n'existe qu'un nombre limité d'entreprises privées indépendantes d'affacturage. Cette situation est le résultat du fait que les lignes de crédit sont l'un des services proposé par les sociétés d'affacturage en Afrique et qu'une affiliation bancaire est un avantage concurrentiel important pour garantir ces lignes de crédit. Sans surprise, le marché africain de l'affacturage est étroit. Environ 80 % de la demande est intérieure, ce qui explique la prédominance de l'Afrique du Sud, avec ses chaînes de distribution assez fortes. Dans ce contexte de garantie limitée du crédit, même sur des marchés où l'affacturage est florissant, on comprend que le goût du risque soit assez limité et que l'accent soit mis sur les risques des États et des sociétés de premier ordre, en particuliers dans le secteur minier, les télécoms et la grande distribution Les défis Le faible niveau d'affacturage à travers l'Afrique est dû à un certain nombre de raisons, parmi lesquelles ressortent :
  1. Une méconnaissance ou des connaissances limitées sur ce produit dans une large proportion de la population, associée au fait que jusqu'au milieu des années 2000, les gouvernements et les groupes d'affacturage - comprenant Factors Chain International et International Factors Group - n'ont fait qu'un très faible effort d'information pour promouvoir l'affacturage. Dans un environnement dont l'état d'esprit est assez binaire, il est difficile de promouvoir l'affacturage, alors même que les sociétés d'affacturage hésitent à venir s'installer en Afrique. De plus, du fait de leur propre manque de connaissance de l'affacturage, de nombreux gouvernements et régulateurs africains ne se sont pas intéressés à la promotion de l'affacturage ;
  2. Un manque d'intérêt pour l'affacturage dans de nombreux secteurs. De plus, ceux qui font du commerce international sont habitués à utiliser des facilités de ce type dans des pays de l'OCDE sur la base du règlement contre documents (Cash Against Documents) avec des acheteurs solvables. Aucun crédit n'est accordé et l'industrie n'a même pas envisagé l'affacturage;
  3. Une absence de soutien des banques pour mettre en place l'affacturage comme une activité à part entière, que ce soit sous la forme d'un produit ou de l'ouverture de lignes de crédit, du fait de la faible demande due à la méconnaissance de ce produit et à l'absence de soutien par les régulateurs; et
  4. Une absence d'infrastructure d'encadrement, comme de cadre réglementaire et de lois, ainsi que de services d'information sur le crédit et l'assurance du crédit. Ceci a freiné l'arrivée d'entreprises étrangères d'affacturage sur le marché africain.
Perspectives de l'affacturage en Afrique Malgré ces difficultés, le fait que l'affacturage monte sur le devant de la scène en Afrique, avec des prévisions d'augmentation des volumes de 24 milliards d'Euros en 2012 à environ 90 milliards d'Euros en 2017, puis à environ 200 milliards d'Euros en 2020, signifie qu'il existe de bonnes raisons d'y croire. Les pays dont on attend qu'ils pilotent cette croissance sont de " nouveaux " arrivants de l'affacturage et ils incluent le Kenya, le Nigeria, le Ghana, la Côte d'Ivoire, le Zimbabwe, la Zambie, le Mozambique et le Sénégal. On s'attend à ce que l'affacturage intérieur continue à dominer en Afrique, représentant environ 80 pour cent du marché, bien que ce chiffre soit sujet à des variations selon le pays. La croissance prévue sera tirée par :
  • Le secteur du pétrole et de l'extraction minière dans les pays qui exploitent beaucoup ces ressources comme le Nigeria, le Ghana et la Zambie ;
  • Les services de télécommunications, conséquence de la croissance rapide de ce secteur et de la tendance des sociétés de télécommunications à sous-traiter leurs services clés ;
  • La distribution, suite au développement rapide de la classe moyenne, qui fait gonfler la demande intérieure et qui renforce la croissance de l'économie de marché sur le continent africain, et
  • Le secteur de l'export non-traditionnel, de plus en plus tiré par les pays du Sud de l'Afrique.
Conclusion Étant donné cette situation, il n'est pas surprenant que l'affacturage gagne du terrain sur le continent africain. Il est prévu que l'affacturage continue sa croissance, compte tenu du niveau de croissance des activités économiques et du commerce, en particulier du fait du renforcement des circuits intérieurs d'approvisionnement, de la croissance du commerce dans le sud, du développement rapide d'une classe moyenne africaine et de la prise de conscience de l'existence de l'affacturage sur le continent africain. Dr. Benedict Okey Oramah est vice-président exécutif du service Développement et financement des entreprises de l'African Export-Import Bank. Il supervise les opérations de développement économique, de syndication, de financements spécialisés et d'investissement. Avant de rejoindre cette banque en 1994, il était directeur adjoint (section recherche) à la Nigerian Export-Import Bank. Il est titulaire d'un PhD en économie agricole de l'université Obafemi Awolowo de Ile-Ife au Nigeria.

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