Blogretour
sone

Comment les économies émergentes peuvent-elles améliorer les stratégies d’inclusion financière existantes ? Étude de cas sur le Nigeria

déc 15, 2020
Sone Osakwe , Research Fellow, Centre for the Study of the Economies of Africa (CSEA)

L’inclusion financière est en train de devenir un objectif souhaitable, tant au niveau mondial que national. Cela est dû à la perception qu’un système financier plus inclusif pourrait induire des résultats plus rapides et meilleurs pour les objectifs de développement durable. Il est entendu que l’extension de services financiers abordables à un segment plus large de la population, en particulier aux emprunteurs pauvres et aux petites entreprises, de manière pratique, pourrait ouvrir des opportunités économiques en éliminant les obstacles au crédit, en encourageant l’esprit d’entreprise, en créant des emplois et en fournissant davantage de revenus pour la consommation, l’épargne et les investissements.

État actuel de l’inclusion financière

Plusieurs pays, dont le Nigéria, ont adopté des stratégies nationales pour résoudre les difficultés rencontrées dans la fourniture de services financiers aux citoyens à revenu faible, afin d’accélérer le rythme de l’inclusion financière. Depuis que le Nigeria a introduit une stratégie nationale en matière d’inclusion financière en 2012, le nombre de citoyens ayant accès à des comptes bancaires et au crédit a considérablement augmenté. Par contre, l’accès aux services non bancaires, tels que les assurances et les pensions, ne s’est guère amélioré.

Toutefois, il est encore possible d’accroître l’inclusion, car le Nigéria est encore loin d’atteindre son objectif, qui est de réduire la proportion de citoyens âgés de dix-huit (18) ans et plus sans accès à aucune forme de services financiers formels ou informels, actuellement de 36,8 % à 20 % d’ici 2020, et une nouvelle réduction à 5 % en 2024. Par ailleurs, certains groupes de personnes sont confrontés à des exclusions encore plus graves. En particulier, les femmes, les habitants des zones rurales et les citoyens de la région du nord-ouest ont beaucoup moins de possibilités d’accéder aux services financiers. Par déduction, lorsque ces exclusions se croisent, l’impact peut être encore plus grave.

Lacunes dans la stratégie nationale d’inclusion financière

Un examen de la réglementation et des interventions actuelles relatives à la stratégie nationale d’inclusion financière au Nigeria révèle certaines lacunes stratégiques qui affaiblissent l’efficacité des initiatives adoptées pour éliminer les obstacles à l’inclusion financière. Certaines des lacunes observées sont résumées ci-dessous :

  • La stratégie ne reconnaît pas pleinement que les problèmes de développement sont liés et systémiques, par conséquent, les interventions relatives à l’inclusion financière ne sont pas correctement intégrées à d’autres initiatives de développement telles que le régime de protection sociale.
  • Elle n’est pas sensible aux changements en temps réel, n’ayant été révisée qu’après une période de six ans, ce qui limite les possibilités de flexibilité et d’adaptabilité. On constate également un retard excessif dans le suivi des progrès.
  • La multiplicité des règlements en matière d’inclusion financière et la fréquence des révisions indiquent que les réformes ne sont pas correctement coordonnées et pensées de manière globale. Un mauvais ordonnancement des réformes peut empêcher les parties prenantes d’absorber pleinement les changements réglementaires et de s’y conformer.
  • Certaines sections des différentes réglementations/politiques en matière d’inclusion financière semblent être contre-productives.
  • L’ambition de parvenir à l’inclusion financière est principalement dictée par la banque centrale. La contribution et l’implication du pouvoir législatif, des régulateurs non bancaires et du secteur privé sont insuffisantes.
  • Les indicateurs de progrès mesurés ne sont pas assez solides. Il est possible d’étendre la mesure au-delà du niveau d’accès aux services financiers, pour inclure l’évaluation du caractère abordable des services, car il s’agit d’un obstacle majeur d’inclusion financière. Il convient également de mesurer l’utilisation réelle et la qualité/variété des produits financiers.
  • Les enquêtes sur les progrès semblent porter essentiellement sur les ménages et en faisant peu de cas de l’inclusion/exclusion des entreprises.
  • L’absence d’analyse d’impact pour évaluer l’impact de l’inclusion financière sur les problèmes de développement connexes. Cette analyse est pourtant utile pour recenser les initiatives spécifiques qui fonctionnent le mieux et dans quel contexte, afin d’orienter l’élaboration des politiques et d’améliorer les interventions futures.
  • Certains facteurs externes qui pourraient affecter les objectifs prévus n’ont pas été pris en compte. Il s’agit par exemple de l’adéquation des lois sur la gouvernance des données, de la disponibilité de l’accès à Internet et des téléphones intelligents à des prix abordables, des conflits en cours dans les régions financièrement exclues et de la capacité à réglementer efficacement les activités des fournisseurs nouvellement agréés.

Considérations pour une meilleure formulation des politiques

Une approche stratégique plus holistique est nécessaire, qui intègre une plus grande flexibilité pour s’adapter aux changements du paysage financier, une collaboration et un engagement accrus de la part de toutes les parties prenantes, et des liens plus étroits avec les programmes de développement connexes. Il est également nécessaire d’améliorer la coordination des politiques ainsi que le suivi et l’évaluation. La future révision de la stratégie nationale d’inclusion financière devrait étendre la prise en compte, au-delà des forces du marché, aux fondements culturels, aux facteurs sociopolitiques et au contexte local sous-jacent qui influencent la prestation de services financiers dans le pays.

Les résultats de cette étude viennent s’ajouter à la littérature émergente sur l’inclusion financière, en particulier dans le contexte des pays en développement, et ont vocation à servir de guide aux décideurs politiques, aux praticiens du développement, aux acteurs du marché et aux autres parties prenantes en vue de la prise de décisions éclairées. Le rapport complet peut être consulté ici.


À propos de l’auteure 

Sone Osakwe est une économiste du développement, qui s’est engagée à comprendre comment la pauvreté et les inégalités peuvent être réduites pour améliorer le bien-être des populations et aboutir à des sociétés plus inclusives. Parmi ses domaines d’expertise figurent la recherche, l’étude des politiques et leur mise en œuvre, les stratégies de mobilisation des recettes intérieures et la défense des intérêts. Elle est actuellement chargée de recherche au Centre d’étude des économies africaines (CSEA). Avant de rejoindre le CSEA, Sone a travaillé comme conseillère fiscale chez Deloitte & Touche. Elle est titulaire d’une maîtrise en développement international et en économie de l’université de Bath. Elle est également experte-comptable. Ses coordonnées sont indiquées ci-dessous :

Twitter: https://twitter.com/SoneOsakwe
LinkedIn: https://uk.linkedin.com/in/soneosakwe
Email: soneosakwe@yahoo.com

Commentaire

Your comment

Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.