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Comment débloquer le capital institutionnel africain pour le capital-investissement en Afrique

oct 05, 2012
La part occupée par l'Afrique sub-saharienne sur les marchés émergents
du capital-investissement est devenue emblématique d'une croissance exceptionnelle. Selon l'association du capital-investissement des marchés émergents EMPEA, les gestionnaires de fonds en Afrique sub-saharienne sont passés de 800 millions de dollars en 2005 à plus de 2,2 milliards en 2008, avant de retomber à 960 millions en 2009 et une remontée à 1,5 milliards en 2010.
L'année 2011 a vu les financements baisser légèrement à 1,3 milliard de dollars et 490
millions ont été levés lors de la première moitié 2012. La collecte de fonds en Afrique a été menée par les institutions de financement du développement, les banques commerciales internationales, les fonds de pension et même par quelques investisseurs privés étrangers (gestionnaires de patrimoine). Selon une étude
EMPEA / Coller publiée en 2011, 38
% des commanditeurs avaient l'intention de «
commencer ou de développer des investissements en Afrique
». Une année auparavant, ce chiffre n'était que de 16
%. La même étude a révélé que 67
% des commanditeurs trouvaient l'Afrique «
intéressante ou très intéressante
», contre à peine 37
% en 2010. Avec l'intérêt croissant porté par les investisseurs étrangers au capital-investissement en Afrique, le problème des capitaux locaux (ou plutôt de leur absence) dans la région sub-saharienne est devenu un leitmotiv pour cette industrie.

Les instruments d'épargne à long terme (principalement les fonds de pension) sont placés de manière à gérer l'investissement à long terme et la liquidité limitée du capital-investissement. Dans le contexte africain, les fonds de pension locaux ont un bon rendement et bénéficient de la diversification des portefeuilles. D'après les derniers chiffres, si les plus gros fonds de placement africains investissaient 5
% de leurs actifs en capital-investissement, 17
milliards de dollars seraient potentiellement disponibles pour soutenir l'investissement privé en Afrique. L'augmentation du capital local disponible jouerait alors un rôle de catalyseur pour attirer les capitaux
internationaux sur ce continent. Avec une augmentation annuelle de 30
% des actifs sous gestion dans de gros pays comme le Nigeria, ce potentiel va encore se développer à l'avenir. Le déblocage de cette possibilité permettrait de répondre aux nombreux défis rencontrés par les investisseurs institutionnels en Afrique. Le premier de ces défis est le manque d'information sur les classes d'actifs au niveau du continent africain. Même en Afrique du sud, avec ses marchés financiers évolués, peu de fonds de pension sont expérimentés ou informés au niveau du capital-investissement. L'un des principes de base pour réussir ses investissements est de «
rester en terrain connu
», donc tant que les fonds de pension africains n'en sauront pas davantage sur les catégories d'actifs, le rêve d'un marché guidé par les investisseurs locaux ou sur lequel ils participeraient largement restera dans les cartons. Cette connaissance ne sera disponible que si les acteurs de ce secteur
(gestionnaires de fonds et investisseurs, investisseurs locaux, décideurs, régulateurs, etc.) échangent en bonne intelligence et ouvertement. Les fonds de pension, régulateurs et autres investisseurs doivent pouvoir accéder aux informations leur permettant de mesurer si et de quelle manière le capital-investissement peut répondre à leurs stratégies et objectifs d'investissement. C'est dans ce contexte que le secrétariat au Commonwealth, la Banque Africaine de Développement
(AfDB), l'association de capital-risque AVCA (African Venture Capital Association) et Aureos Capital ont organisé une série de tables rondes régionales sur le capital-investissement en Afrique, afin de
:
  1. Présenter la catégorie d'actifs du capital-investissement
    ;
  2. Familiariser les participants avec le capital-investissement en Afrique et leur donner la possibilité de rencontrer des gestionnaires de fonds, des investisseurs et d'autres acteurs de ce marché
    ;
  3. Fournir aux participants des informations sur l'organisation, le fonctionnement et la gouvernance des fonds de capital-investissement et ;
  4. Déterminer les étapes suivantes pour stimuler la participation locale au fonctionnement du secteur du capital-investissement en Afrique.
Des tables rondes régionales ont été organisées à Nairobi (pour l'Afrique de l'est) en mai
2010 et à Gaborone (sud de l'Afrique) en octobre
2010 et à Accra (Afrique de l'ouest) en mai
2011. Un atelier pan-africain s'est déroulé lors de la conférence de l'AVCA à Accra en début de cette année. Des événements nationaux se sont également tenus au Kenya (en mars
2011) et au
Nigeria (en septembre
2011), en partenariat avec leurs régulateurs de pensions respectifs. Les retours de ces tables rondes ont été unanimement positifs. L'approche régionale a permis d'améliorer de manière significative le niveau de conscience du capital-investissement et de lever les obstacles à une meilleur participation des investisseurs locaux dans ce domaine. Toutefois, les différences de perception et de législation selon les pays font que les priorités et les besoins sont très divers, même au sein d'une même sous-région. Parmi les recommandations pour les activités de suivi, on distingue
:
  • La formation et le renforcement des connaissances à tous les niveaux pour les acteurs de ce domaine (y compris les régulateurs, les autres investisseurs institutionnels,
    les décideurs et les législateurs) les décideurs ont besoin en particulier d'une vision de l'environnement favorable au développement du capital-investissement
    ;
  • L'aide au développement de conditions juridiques favorables et au partage de connaissances entre acteurs de ce domaine et ;
  • La poursuite de la recherche sur le capital-investissement en Afrique – dans des domaines incluant l'environnement réglementaire, la levée de fonds, les niveaux de participation locale, etc.
En parallèle avec cet effort de formation, plusieurs pays africains sont en train de réformer et de libéraliser le secteur des retraites. La réforme de la loi sur les retraites en Afrique du Sud en est le meilleur exemple. Elle permet aux investisseurs institutionnels d'investir jusqu'à 10
% de leurs actifs sous gestion en valeurs non cotées. C'est une augmentation historique par rapport à la limitation à 5%, qui englobait toutes les classes d'actifs, et qui autorise maintenant le chiffre global de 15
% pour l'ensemble des fonds de capital-investissement et de fonds spéculatifs. C'est une avancée significative, en particulier depuis l'annonce par l'organisme de financement public «
Public Investment Corporation
» qu'il allait investir
quelque 3,8 milliards de dollars en capital-investissement, suite à cette modification.
La réforme en cours au Nigeria ouvre également la voie des valeurs non cotées aux fonds de pension.
Le régulateur, la commission des retraites Pencom (Pension Commission), a été mis en place en 2004 pour réguler et contrôler l'industrie des fonds de pension. Avec environ 13
milliards de dollars d'actifs de fonds de pension en décembre
2010 et un taux de croissance proche de 30
% par an, le Nigeria dispose d'un fort potentiel de développement pour l'industrie du capital-investissement.
Les limites prudentielles pour les fonds de capital-investissement et les actifs alternatifs ont été plafonnées à 5
% des actifs sous gestion. Toutefois, la réglementation exige également
qu'au moins 75
% des fonds soient investis dans des sociétés ou des projets au Nigeria, et des institutions de financement du développement multilatérales (DFI) doivent en être les commanditeurs.

Certains commentateurs ont dit avec justesse que ces spécifications sont inutiles et qu'elles posent problème aussi bien aux partenaires qu'aux fonds de pension. La clause des 75
% d'exposition au Nigeria crée en fait une sorte de fond nigérien, qui concentre le risque géographique, monétaire et politique. La jeunesse du capital-investissement au Nigeria et en Afrique en général est telle que le Pencom devrait encourager les fonds de pension à utiliser le capital-investissement comme un outil de diversification du risque. Si les gestionnaires de fonds de pension utilisent le capital-investissement comme les autres catégories d'actifs, qu'apportent-ils en termes de diversification
? Les considérations politiques et économiques doivent-elles faire partie des objectifs de rentabilité des fonds de pension
?
La situation est légèrement différente du point de vue des régulateurs, dont la mission principale est de protéger les retraites de leurs concitoyens. Dans cette optique, il ne serait pas prudent (et c'est un pléonasme) de permettre aux fonds de pension d'accéder librement à des valeurs que ni eux ni les régulateurs ne connaissent parfaitement. Il suffit de considérer les causes de la crise financière mondiale pour comprendre les dangers potentiels que ceci représenterait. Dans ce contexte, l'approche très prudente de certains régulateurs semble raisonnable. L'idée sous-jacente aux contraintes supplémentaires du type de celles en vigueur au Nigeria est de laisser un certain temps aux fonds de pension pour qu'ils apprennent des commanditeurs (comme c'est le cas pour les DFI) avant de lever progressivement ces contraintes. Du point de vue de la maturation du marché, il est difficile de critiquer cette approche. Il est également intéressant de noter que malgré ces contraintes, certains gestionnaires de fonds ont réussi à lever des fonds non négligeables au Nigeria. Leur constitution a peut-être été plus coûteuse et plus complexe mais elle a été possible.
Pour conclure, la question de l'augmentation des capitaux nationaux dans le capital-investissement en Afrique (et peut-être aussi celle de qui détient ce capital) dépendra largement de la volonté et de la capacité des gestionnaires de fonds à investir du temps et de l'énergie dans la compréhension des investisseurs et des régulateurs locaux
: Quels sont leurs objectifs
? Quelle est leur vision du risque
? Comment les gestionnaires de fonds, les commanditeurs et les associations de branche peuvent-ils les aider à résoudre ces problèmes

? C'est la véritable nature du défi que pose le déblocage du capital institutionnel au capital-investissement en Afrique. M. David Ashiagbor a rejoint le secrétariat du Commonwealth en mai 2007. Il dirige les programmes de développement de l'investissement et du secteur privé du secrétariat, en particulier l'initiative de capital-investissement du Commonwealth CPII (Commonwealth Private Investment Initiative). La CPII a permis de lever 800 millions de $ d'investissement en Afrique, dans le sud de l'Asie et le Pacifique, grâce à un ensemble de fonds de capital-investissement privés.
M. Ashiagbor a été à l'origine des efforts de déblocage du capital en Afrique en organisant une série d'ateliers pour les investisseurs institutionnels, les régulateurs et les autres intervenants ces deux dernières années. Auparavant,
M. Ashiagbor a travaillé pour l'IFC (International Finance Corporation) en Côte d’Ivoire, au Cameroun et en Afrique du sud. Avant de rejoindre, l'IFC, il était directeur de projet en charge de l'infrastructure à l'Agence Française de Développement au Ghana. Il a également travaillé comme analyste financier pour la CAL Bank à Accra, pour laquelle il a créé et dirigé la filiale de courtage.

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