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Ce que la Conférence Régionale sur le Développement du Secteur Financier nous a appris sur les États africains en situation de fragilité - Partie 2

sep 06, 2016
En juin 2016, des dirigeants des secteurs public et privé et des partenaires au développement se sont réunis à Abidjan pour discuter des liens entre la fragilité, la résilience et le développement du secteur financier en Afrique. Cet événement, une initiative collective de la Banque Africaine de Développement, du Partenariat pour la Finace au Service de l'Afrique (MFW4A), de FSD Africa, de FIRST initiative et de l'initiative pour l'atténuation des risques en Afrique (IRMA), a également permis d'examiner les possibilités de partenariats, les politiques innovantes et les solutions pilotées par le secteur privé, pour accélérer le développement du secteur financier dans les pays en situation de fragilité en Afrique. Dans cette deuxième partie d'une série de six, M. Amadou Sy, associé principal et Directeur de l'initiative pour la croissance africaine de Brookings Institute, examinera certaines des principales conclusions de cette conférence. Si vous n'avez pu y assister, vous pouvez lire le contenu de la première partie ici. Qui sont les intervenants dans les pays en situation de fragilité ? Mme Anderson (Mercy Corps) a souligné la nécessité de cerner la nature des intervenants du marché dans les pays fragiles. Par exemple, côté consommateurs, les habitants des pays fragiles sont plus sensibles aux risques, ils investissent moins et s'ils le font, ils investissent dans des activités plus sûres. Les sujets connexes comprennent la compréhension des mécanismes de défense négatifs des consommateurs : quand ils font face à un choc, vendent-ils leurs actifs ou ont-ils diversifié ceux-ci de manière prévisionnelle ? Quels sont les produits financiers adaptés et pour qui ? Même dans les pays fragiles, les cas sont variables. Par exemple, l'utilisation d'argent mobile est propre à chaque pays et elle est répandue en Somalie, alors qu'elle est plus rare en Afrique Centrale. L'agriculture et le secteur informel ont été identifiés comme des secteurs clé pour augmenter l'inclusion financière dans les pays fragiles. De même, les citoyens non résidents constituent un potentiel de DSF par leurs transferts d'argent. Les gouvernements nationaux des pays fragiles travaillent dans un environnement particulièrement difficile. Les défis du DSF incluent une implantation mal ancrée, une faible tendance à réformer, un renouvellement important des personnels et le manque de données de mesure. Par conséquent, les gouvernements et les autres intervenants ont besoin de fixer des priorités, des plans actions et de mener aussi bien des coups médiatiques que des actions sur le long terme pour mettre en place les capacités nécessaires. Les participants ont toutefois fait remarquer l'importance du contexte dans lequel ces gouvernements travaillent. Notamment, les gouvernements des pays en conflit font face à des contraintes et disposent de possibilités d'action très différentes de celles des pays en transition. Les institutions de financement du développement (qui comprennent des agences mixtes et multilatérales d'aide au développement) sont particulièrement importantes dans les pays fragiles, où le montant de leurs aides dépasse généralement celui de l'investissement étranger direct. Malgré cette importance, de nombreux participants ont rapporté que les procédures et les processus d'accès aux fonds ODF sont particulièrement longs et fastidieux et qu'ils découragent les banques de s'adresser aux institutions multilatérales. Résoudre le problème de ces goulets d'étranglement pourrait permettre de soutenir le développement du secteur financier dans les pays fragiles. Le problème des délais d'obtention des aides a également été soulevé. Par exemple, cette aide est particulièrement importante quand les liquidités viennent à manquer en période de crise et que le nombre de prêts non productifs est plus élevé. Mme Anderson (Mercy Corps) a souligné le haut niveau de distorsion des marchés apporté par l'aide humanitaire dans les pays fragiles, quand cette aide dépasse les ressources des institutions financières en place. Il est nécessaire de réfléchir à la manière dont l'ODF peut jouer un rôle plus fort au niveau de l'inclusion financière et comment cette aide peut venir soutenir et démultiplier le DSF. Par exemple, le secteur public et les donateurs peuvent s'associer au secteur privé pour aider au développement du secteur financier, et de gros projets d'infrastructure pourraient être les vecteurs de telles opérations de cofinancement. Les participants ont également souligné le fait que les gouvernements étrangers devraient prendre en compte les dommages collatéraux occasionnés aux pays fragiles par les réglementations financières mondiales (Bâle III et AML/CFT). Les pays fragiles sont en effet particulièrement exposés aux actions des banques mondiales visant à à limiter les coûts de la mise en conformité par exemple en " supprimant les risques " de certaines activités (en fermant les comptes bancaires correspondants). Les régulateurs financiers nationaux ont un rôle important à jouer dans le soutien du développement du secteur financier mais parfois, en mettant en place des réglementations trop lourdes pour le contexte des pays fragiles, ils brident les actions que pourrait mener le secteur financier. Certains participants ont souligné la nécessité de considérer le secteur financier comme un écosystème constitué de nombreux sous-systèmes avec des préoccupations très différentes (par exemple, les banques, la microfinance, le leasing, les prêts immobiliers, le financement de projets, la finance mobile, les marchés des capitaux et l'assurance). C'est ainsi que, par exemple, le développement de la microassurance devrait prendre en considération la spécificité des banques, des compagnies d'assurance et des opérateurs de téléphonie mobile pour pouvoir proposer des services d'assurance. M. Sy (Brookings) a noté que les leçons que nous avons tirées des expériences réussies dans les pays fragiles nous ont permis d'affiner les stratégies des intervenants et de déterminer leurs priorités. Toutefois, alors que de nombreux intervenants ont choisi de mettre en place des institutions dans les pays fragiles, ceci est un processus lent. Dans le même temps, l'inclusion numérique a très rapidement progressé, de manière inattendue. Par conséquent, les politiques doivent être équilibrées, afin de poursuivre la lente mise en place du processus de renforcement de la gouvernance tout en saisissant les possibilités offertes par les solutions de finance numérique. Parfois, ces deux politiques peuvent se soutenir mutuellement. Par exemple, la fourniture d'un système d'identification contribue à accélérer l'adoption de paiements mobiles et d'autres solutions numériques. C'est ainsi qu'à la limite, les personnes ne disposant pas d'un téléphone mais d'une simple carte SIM et d'un système d'identification pourraient être incluses dans le système financier.

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