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Capitaux locaux dans le capital-investissement en Afrique: interview de Sev Vettivetpillai, Partenaire chez The Abraaj Group

oct 13, 2014
Vous investissez en Afrique depuis vingt ans et vous vous targuez d'être un investisseur de proximité, contrairement aux partenaires qui gèrent leurs fonds de Londres ou de New York. Combien de capitaux locaux avez-vous levés pour vos fonds africains à ce jour ? Au fil des années, nous avons levé environ 150 millions de dollars US auprès d'investisseurs institutionnels locaux, constitués d'un mélange de banques, de fonds de pension, de fonds de sécurité sociale et d'entreprises. Nous avons commencé à lever des capitaux locaux dans les années 1990 avec CDC Group plc et ces 10 dernières années nous avons vu arriver des organismes comme le
National Pension Fund of Mauritius et
South Suez
qui disposent de plusieurs fonds de pension locaux en Afrique du Sud et parmi leur base d'investisseurs, ainsi que des banques du Nigeria, qui ont rejoint notre fonds à l'initiative de la Banque Centrale. Quel est l'impact du déblocage d'énormes quantités de capitaux locaux dans toute l'Afrique sur votre stratégie, particulièrement avec le succès de vos fonds ? Les capitaux locaux sont des acteurs importants de l'histoire de l'Afrique. Si les Africains et les institutions africaines n'investissent pas sur leurs propres marchés, comment quelqu'un d'extérieur à cette région penserait-il qu'ils constituent une opportunité ? Pour que cette histoire soit crédible, ils doivent investir, sinon il n'y a pas d'histoire. Les marchés africains en sont tous à des stades différents du développement, en termes de réglementation et d'information sur cette classe d'actifs. Par exemple, au Nigeria, le cadre réglementaire a considérablement évolué et les fonds de pension sont de plus en plus à même d'investir dans plusieurs classes d'actifs. L'Afrique du Sud et le Botswana sont probablement en avance ; toutefois, les marchés intérieurs du Botswana manquent de profondeur et les stratégies d'investissement sont plutôt orientées vers l'étranger. Ensuite vous avez les fonds d'investissement sud-africains qui disposent de beaucoup de capitaux et qui commencent maintenant à regarder hors d'Afrique du Sud. Comme vous pouvez l'imaginer, l'association de l'Afrique du Sud avec le reste de l'Afrique constitue une histoire à part entière. La compréhension des défis et des caractéristiques de l'investissement hors d'Afrique du Sud est par conséquent la principale courbe d'apprentissage. Sur ces marchés les entreprises privées ont des préoccupations d'un autre type mais je les imagine bien se réunir pour constituer un très grand groupe d'investisseurs dans les cinq années à venir. Ils commencent à zéro en termes d'exposition au capital-investissement, donc leurs dotations vont de 0 à 5 pour cent, à entre 10 et 15 pour cent de leur portefeuille. D'un autre côté, les actifs sous contrôle des fonds de pension augmentent de manière exponentielle parce que leurs marchés sont en expansion et que la population active devient de plus en plus nombreuse. Il ne faut donc pas sous-estimer l'importance des fonds de pension comme source de capitaux. Pouvez-vous nommer quelques-uns des principaux défis à la levée de capitaux locaux en Afrique ? La difficulté principale est de faire comprendre aux gestionnaires de fonds comment organiser leurs portefeuilles de capital-investissement. J'ai participé à la master class sur le capital-investissement pour les fonds de pension lors de la conférence africaine annuelle 2013 de la Venture Capital Association à Cape Town, qui était co-organisée par l'association International Limited Partners. Une trentaine d'analystes de fonds de pension étaient dans la salle et les questions suivantes ont été posées : combien d'entre vous disposent déjà d'un programme de capital-investissement ? Une seule main s'est levée. Combien ont déjà commencé à investir ? Trois mains supplémentaires se sont levées. Combien sont sur le point de le faire ? Toutes les autres mains se sont levées. Ceci vous donne une idée de la courbe en J d'un programme d'investissement en capital-investissement - ces fonds vont mobiliser des capitaux sur la base de leurs propres profils risque/rendement et il y aura une période de sorties nettes, avant que les sorties de fonds commencent à mûrir. Cette courbe d'apprentissage sera un passage difficile pour beaucoup d'entre eux. Vis à vis du Capital-investissement, les fonds de pension africains sont souvent inquiets de la
liquidité, du manque de
transparence et de référence. Que leur répondez-vous ?
Les fonds de pension devraient demander aux gestionnaires de fonds qui ont levé leurs propres fonds et faire des projections car lever des fonds pour la première fois est une stratégie à haut risque. Pour les fonds de pension, la perte de capital est un risque plus important que le besoin de liquidités à court terme, par principe. Tous les fonds de capital-investissement manquent de liquidité ; vous êtes liés pendant 8 à 10 ans. Mais les bons retours et l'augmentation des liquidités doivent contrebalancer ce manque de liquidité. S'ils ne le font pas, vous n'avez pas choisi les bons gestionnaires de fonds de capital-investissement. Une solution pour contrebalancer ce manque de liquidité est de mettre en place un programme de co-investissement et d'investir avec votre partenaire sur des affaires plus grosses. Ceci vous permet de moduler les montants et les liquidités parce que vous n'êtes pas liés pour dix ans ; vous pouvez revendre votre part et récupérer votre mise. Investissez avec des partenaires selon les conditions de transparence dont vous avez besoin. Si ces conditions ne vous conviennent pas, n'investissez pas avec eux. Si vous consultez les rapports qu'ils vous fournissent sur leur fonds et si vous examinez la part de ces informations qui est transparente, ceci vous donnera une bonne visibilité du portefeuille sous-jacent. Ceci constitue une partie essentielle du processus du devoir d'information. En ce qui concerne la manque de bancs d'essai, l'étude du premier banc d'essai AVCA/Cambridge Associates est sortie et, bien qu'elle ne couvre pas encore tous les fonds de capital-investissement de la région, ce que nous avons constaté est que les performances sont cohérentes avec celles constatées en Asie et en Amérique Latine. Les fonds africains ne sont pas plus mauvais. La moyenne des retours sur investissement sur les dix dernières années pour ce secteur est de 10 à 12 pour cent. Nous reviendrons sur ce point du banc d'essai dès que nous obtiendrons davantage d'informations. De plus, des informations issues de RisCura en Afrique du Sud indiquent que la croissance sur le marché public du capital-investissement n'est pas aussi vive que celle sur les marchés privés. Les fonds de pension doivent donc cibler cette classe d'actifs, sous peine de passer à côté d'importantes possibilités de croissance. Quel conseil donneriez-vous aux fonds de pension sur les risques et la répartition des risques ? Il est important d'être conscient de tous les risques - du risque financier à celui pour votre réputation. Mais souvenez-vous que plus les gains peuvent être élevés, plus vous prenez de risque, et que les risques changent. Pour chaque investissement, réfléchissez à la manière de récupérer votre capital et de vous protéger. Pesez les structures et épluchez la formulation. Assurez-vous que les solutions choisies seront applicables sur la base de votre profil risque/rendement. Ne vous associez pas aux mauvaises personnes ; testez les intentions de vos financeurs lors des négociations pour vérifier qu'ils sont en phase avec vous et qu'ils partagent les mêmes valeurs. Et ne suivez pas aveuglément ce que font les autres : d'autres ont fait cette erreur dans le passé et s'en sont mordu les doigts. Les marchés sont changeants par nature. Nous pouvons compter sur un, peut-être deux cycles au minimum sur une période de 7 à 10 ans. Si vous voulez vous assurer que cette volatilité n'affecte pas votre fonds de pension, mettez en place un porte-feuille correspondant à ces cycles. Je ne saurais trop encourager les gestionnaires de fonds à rechercher une diversification par pays et par secteur et également à répartir les capitaux investis pour récolter des retours sous forme de revenus intégrés au niveau structurel ainsi que dans des gains en capital. Ceci vous permet de faire baisser dès que possible les risques sur investissement, parce que vous n'attendez plus une échéance de liquidité unique pour récupérer la totalité du capital que vous avez investi. Ceci aide également au niveau des risques de change en cas de dévaluation de la devise sur ces marchés. Quelle convergence existe-t-il entre le capital-investissement et les obligations à long terme des fonds de pension africains ? Les contributeurs des fonds de pension en Afrique ont un âge moyen très jeune. Le passif des fonds de pension va donc continuer à augmenter. Ces fonds de pension doivent par conséquent investir dans des actifs qui produiront une valeur à long terme, comme le capital-investissement. Dans le même temps, les partenaires doivent être conscients du faible niveau d'expérience des fonds de pension et ne pas profiter d'eux. Je sais que sur d'autres marchés, certains partenaires ont réussi à signer des rémunérations sur des aspects particuliers (deal-by-deal carry) au lieu de la rémunération sur le fonds complet (full fund pay-out carry), parce que les fonds de pension n'étaient pas conscients des conséquences de ce décalage. Il est évident que cette situation peut être au début à l'avantage des partenaires mais qu'au bout du compte, les abus seront payés par tous. Pensez-vous que les partenaires en font assez pour inciter les fonds de pension à se tourner vers le capital-investissement ou devraient-ils en faire davantage ? Les partenaires peuvent et doivent faire davantage d'efforts d'information des fonds de pension locaux. Au sein d'Abraaj, nous en sommes persuadés - nous nous déplaçons aux événements
de tous les fonds de pension qui nous invitent et nous fournissons toutes les informations que nous pouvons. Ces investisseurs ne s'engagent pas nécessairement immédiatement, ou ils n'investissent peut-être jamais dans le fonds Abraaj mais peu importe. L'objectif est plus large que ceci - il s'agit d'augmenter la quantité de capital disponible pour l'industrie toute entière. Si en tant que gestionnaires, nous ne montons pas au créneau aujourd'hui, ce sera encore bien plus difficile dans cinq ans. Cette interview est un extrait de l'ouvrage récemment publié "Fonds de pension et capital-investissement: Libérer le potentiel africain", une publication conjointe du Commonwealth, MFW4A, EMPEA, avec le support du Abraaj Group. Le rapport complet est disponible en PDF. Avec plus de 20 ans d'expérience pratique du capital-investissement, Sev Vettivetpillai est partenaire chez The Abraaj Group et il est membre de son comité exécutif ainsi que de son comité aux investissements. Auparavant, M. Vettivetpillai était Directeur Général d'Aureos Advisers Ltd. Administrateur principal des investissements pour le groupe Aureos, où il a mis en place la philosophie d'investissement qui est maintenant celle d'Aureos et sa stratégie d'investissement dans de petites et moyennes entreprises sur tous les marchés émergents de la planète. Avant de rejoindre Aureos, M. Vettivetpillai était investisseur senior chez CDC Group plc. Il a également travaillé pour Vanik Incorporation (Sri Lanka) comme directeur de portefeuille et comme ingénieur chez Mott Macdonald Group (Royaume-Uni). Mr. Vettivetpillai est titulaire d'un diplôme d'analyste financier Chartered Financial Analyst (CFA) et d'un diplôme d'ingénieur du Imperial College of Science, Technology and Medicine de Londres, au Royaume-Uni.

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