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Banque d’investissement en Afrique

fév 09, 2015

L’Afrique représente une faible part de l’activité des banques d’investissement dans le monde, mais l’activité devrait progresser dans les années à venir, au vu des opportunités économiques déjà décelées.

Selon Thomson Reuters, les commissions générées par les activités de banque d’investissement sur le continent africain ont atteint 318 millions de dollars en 2013, dont 232 millions de dollars pour la seule Afrique du Sud. C’est peu au regard de l’activité de ce secteur dans le reste du monde, qui a généré 82,6 milliards de dollars de commissions cette même année, retrouvant ses niveaux de 2007. Globalement, les cinq plus grandes banques d’investissement sont domiciliées aux Etats-Unis, et leur part de marché a progressé de 2,5% en 2013. JP Morgan est la première banque d’investissement globale, générant 6,4 milliards de dollars de commissions (7,8% du total), suivie de Bank of America Merrill Lynch (5,8 milliards de dollars), Goldman Sachs (5,1 milliards de dollars), Morgan Stanley (4,7 milliards de dollars) et Citi (4,2 milliards de dollars). Les banques d’investissement opèrent principalement auprès de grands clients (entreprises, investisseurs, Etats) des activités de conseil (fusions et acquisitions), d’intermédiation (prêt) et d’exécution sur le haut de bilan (introduction en Bourse, émission de dette sous forme d’obligations). On distingue les opérations de Corporate Finance (finance d'entreprise), de Global Capital Markets (marchés financiers), et de Structured Finance (opérations de financement structuré).

Les perspectives de croissance du continent en font un lieu attractif pour les banques d’investissement

La croissance économique du continent alimente assez logiquement les activités de financement, le développement des marchés de capitaux ainsi que des activités de conseil, domaines où interviennent les banques d’investissement. L’arrivée de groupes internationaux, la restructuration du secteur bancaire ou des télécommunications, l’exploitation de nouveaux gisements miniers, le lancement d'importants programmes d'investissements publics sont autant d’activités nécessitant l'intervention des banques d’investissement.

L’Afrique, comme le reste du monde entier, expérimente un changement de direction dans sa stratégie de mobilisation de fonds pour le développement. Les interventions traditionnelles des bailleurs de fonds sont en effet insuffisantes pour combler les besoins de capital pour financer les infrastructures, tandis que les moyens traditionnels de mobilisation de ressources au niveau des pays (fiscalité, etc) souffrent de défis importants. Le continent s’est alors tourné de plus en plus vers les marchés de capitaux locaux et globaux, pour accéder à de nouvelles ressources financières.

Les leaders mondiaux de la banque corporate (BNPP, SGCIB, Natixis, HSBC, Citibank, Standard Chartered) et de la banque d'affaires (Rothschild, JP Morgan, Goldman Sachs, Deutsche Bank, Crédit suisse) sont très actifs sur le continent. A leurs côtés, des acteurs locaux se sont également imposés, tels que Standard Bank, Rand Merchant Bank, Renaissance Capital, EFG Hermes ou encore Attijari Finances Corp. Ils sont suivis d’acteurs plus récents sur ce marché
: United Bank for Africa (UBA), First Bank of Nigeria (FBN) ou encore Ecobank, qui ont créé leurs propres filiales spécialisées (UBA Capital, FBN Capital et Ecobank Capital). Les groupes africains dominent les mobilisations de fonds en monnaie locale.

Afin de s’adapter à l’évolution du marché et des opportunités grandissantes, de nombreuses banques ont annoncé le repositionnement de leur activité de banque d’investissement sur des marchés situés en dehors de l'Afrique du Sud
: Nedbank a ainsi fusionné ses activités corporate et investissement, Standard Chartered Bank se redéploie en Afrique et Barclays Africa a annoncé attendre beaucoup de ses marchés africains en dehors de l'Afrique du Sud, qui demeure cependant le principal pôle d'attraction à ce jour.

Aujourd’hui, on constate que les activités de banque d’investissement des banques internationales en Afrique s’effectuent à la fois en zone anglophone et francophone selon les opportunités, à la différence du secteur de la banque de détail, où l’on a pu constater une certaine préférence linguistique dans la stratégie d’expansion régionale.

Les activités de fusion-acquisition (M&A)

Le volume des objectifs annoncés de fusions et acquisitions sur le continent a ainsi progressé de 30% entre le premier semestre de 2012 et celui de 2013. Selon Mergermarket Group, les activités de fusions et acquisitions ciblant les compagnies d'Afrique subsaharienne ont totalisé 26,7 milliards de dollars en 2013, en hausse de 20% par rapport à 2012. Traditionnellement visées, les entreprises liées aux ressources naturelles, minières, pétrolières, gazières et aux infrastructures ont laissé place en 2014 à des cibles dans les secteurs télécoms, médias, banques, assurances et biens de consommation. L’année 2013 avait été marquée par des opérations record, avec la vente de 28,6% d’ENI East Africa au chinois CNPC pour 4,2 milliards de dollars ou l’acquisition de 20% du gisement Rovuma Offshore Area 1 (au large du Mozambique) par l’indien ONGC Videsh pour un total d’environ 5 milliards de dollars. Aux côtés des investissements industriels classiques, les opérations de private equity se développent, via des fonds comme Helios, Emerging Capital Partners, Abraaj ou encore African Infrastructure Investment Managers (AIIM). Sur les onze premiers mois de 2014, la part des fusion-acquisitions effectuées à l’intérieur des marchés africains a atteint 29,2 milliards de dollars pour 413 opérations, alors que les opérations de fusion-acquisition plaçant l’Afrique comme cible ont atteint en valeur 40,7 milliards de dollars pour un total de 730 opérations. Le marché de l’année 2014 a connu en fin d’année quelques très grosses opérations comme le rachat de Pepkor, géant sud-africain de l’habillement par Steinhoff pour 5,7 milliards de dollars, le rachat des actifs tchadiens de chevron par l’Etat (1,3 milliard de dollars), la reprise des actifs sud africains et nigérians de Lafarge par Lafarge Wapco (appelé désormais Lafarge Africa) pour 1,35 milliard de dollars ou encore la vente par Shell pour 5 milliards de dollars de plusieurs puits pétroliers au Nigeria.

Une nécessaire rationalisation

Selon Konrad Reuss, responsable du département Afrique subsaharienne chez Standard&Poors, «
Les beaux jours des obligations internationales émises par de nouveaux acteurs ou en provenance des marchés frontières, comme ceux des pays africains ces deux dernières années, font partie du passé. Les périodes où on assistait à des sursouscriptions ne sont également plus d'actualité
»
. La réduction de la politique d'assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) de l'administration américaine est également en cause. Cette nouvelle politique est en effet en train de changer les conditions d'émission d'obligations pour les pays dont l'économie est en difficulté, selon S&P, qui anticipe une augmentation du coût des eurobonds.

Pour Miguel Azevedo, «
l’Afrique du passé était davantage une terre de pionniers et d’aventuriers. Aujourd’hui, les grands joueurs viennent. Cela devient beaucoup plus grand-public
».
L’histoire récente montre que, garanti par les multiples agences gouvernementales existantes et prêtes à intervenir sur l’Afrique (Banque Mondiale, BEI, AFD, BAD, KfW…), le risque africain n’est in fine pas beaucoup plus important que celui d’autres régions (Etats-Unis, Europe). La rentabilité reste très appétissante pour les projets à financer sur le continent.

Par Dr Estelle Brack, économiste.

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