Blogretour
B. Cheronoh
N. Van de Halle

Au Kenya, l'inclusion financière a migré du simple accès à un usage avancé

oct 15, 2018

Ce blog a été publié à l'origine sur le site web de CFI.

De nouvelles données montrent que le mobile money devient de plus en plus une passerelle vers des services financiers plus avancés au Kenya. L’accès aux services financiers au Kenya est déjà très élevé, surtout par rapport à d’autres pays d’Afrique et d’Asie. Dans ce contexte, l’élan autour de l’élargissement de l’accès s’est stabilisé, mais un nouveau discours émerge autour d'un engagement accru dans les services financiers, d'une utilisation plus active avec une gamme plus large de services financiers avancés. Bien qu'il n'y ait pas eu d'augmentation de la part de la population détenant un compte financier formel, les données de 2016 du Financial Inclusion Insights (FII) montrent que l'engagement financier devient plus significatif pour les clients déjà inclus dans le système financier.

Plus précisément, en 2016, près de 7 adultes kényans sur 10 étaient titulaires d'un compte enregistré auprès d'une institution financière officielle. Le mobile money continue de dominer le paysage financier en termes d'accès et d'ouverture de compte (Figure 1). En fait, environ 97% des personnes qui avaient un compte financier en 2016 avaient un compte de mobile money, parfois en plus d'un compte bancaire et / ou d'un compte ouvert auprès d'une institution de microfinance. Alors que la croissance du nombre d'utilisateurs enregistrés s'est stabilisée, l'utilisation avancée d'un compte dans une institution financière a augmenté en 2016 (Figure 2). Cette utilisation avancée inclut l'épargne, l'emprunt, le paiement de factures et d'autres activités autres que les transferts interpersonnels (P2P), les dépôts en espèces et les retraits. L'épargne était le cas d'utilisation avancée le plus courant pour les comptes bancaires et les comptes de mobile money, suivie du paiement de factures et du versement des salaires. Ces résultats montrent que les services de mobile money peuvent répondre à un éventail de besoins autres que les paiements P2P.

Figure 1: Cliquez ici

Figure 2: Cliquez ici

Alors que l'équipe de FII examinait ces données de premier plan et approfondissait l'analyse de celles de 2016, nous avons identifié plusieurs autres points importants à retenir concernant l'évolution de l'inclusion financière au Kenya:

Le mobile money continue de susciter d'autres services tout en favorisant un accès soutenu aux services financiers et de nouvelles expériences d'utilisation, et devient de plus en plus une passerelle vers des services plus avancés, tels que les services d'épargne et de crédit fournis par des banques dont l'infrastructure technique est liée à des comptes de mobile money. En 2016, l'accès des Kenyans adultes aux services de mobile money était de 81%, tandis que l'accès aux banques n'était que de 31%. De même, 67% des adultes étaient titulaires d'un compte de mobile money enregistré, alors que 28% seulement avaient un compte directement auprès d'une banque. La facilité d'accès aux points de service de mobile money par rapport aux points de vente bancaires a probablement contribué au succès du mobile money. Près de 62% des Kenyans interrogés ont déclaré vivre à moins d’un kilomètre des agents de mobile money, alors que seulement 31% et 14% des adultes kenyans se trouvaient à moins d’un kilomètre d’un prestataire de services bancaires et d’une succursale bancaire, respectivement.

Le paysage des prestataires de services et de produits financiers évolue rapidement à mesure que les banques tentent d'attirer et de fidéliser les utilisateurs via des plateformes de mobile money et des partenariats innovants. Au cours des dernières années, les banques kenyanes ont eu recours à des méthodes novatrices d’extension de leurs services financiers via la téléphonie mobile, notamment à travers deux modèles: des partenariats avec des opérateurs de téléphonie mobile (OTM) et la gestion d’un opérateur de téléphonie mobile virtuel (MVNO), qui leur permet d'offrir toute leur gammes de services/produits financiers à travers une plateforme dédiée aux téléphones mobiles. Ces nouveaux modèles commerciaux ont permis à des services tels qu'Equitel et KCB M-Pesa d'attirer des utilisateurs actifs de comptes enregistrés de mobile money ayant déjà utilisé d'autres produits de mobile money, tels que M-PESA et M-Shwari, et pouvant désormais utiliser ceux fournis par leurs banques.

Le mobile money apporte de la valeur ajoutée à l'expérience financière des utilisateurs en fournissant un outil pratique de crédit et d'épargne. Notre enquête annuelle a révélé que les expériences d'utilisation du mobile money variaient de la facilitation des paiements, en particulier des paiements P2P, au soutien des activités d'emprunt et d'épargne. En fait, environ huit adultes kenyans sur dix étaient des épargnants en 2016 et 54% de ceux-ci utilisaient le mobile money comme mode d'épargne. De même, plus de six adultes sur dix avaient emprunté de l'argent, dont 26% utilisaient le mobile money comme source de prêt, contre 12% pour les banques.

En dépit de ces avantages évidents et de ces expériences d'utilisation, les données du FII indiquent que certains aspects de l'expérience des utilisateurs de mobile money pourraient encore être améliorés. En 2016, les problèmes les plus fréquemment cités par les utilisateurs de mobile money étaient les temps d’arrêt des services et le manque de trésorerie des agents fournissant des services de mobile money.

Malgré ces développements, les Kenyans continuent d'exprimer la demande d'un meilleur accès au crédit et les populations historiquement sous-desservies continuent d'être exclues des services financiers formels. Globalement, les niveaux d'inclusion financière sont plus faibles chez les femmes, les populations rurales et les personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté par rapport à leurs homologues masculins, urbains et plus riches. L'écart le plus important en rapport avec les comptes financiers nominatifs actifs (s'élevant à 27 points de pourcentage) se situait entre ceux situés au-dessus et ceux se trouvant sous le seuil de pauvreté. Cet écart pourrait être dû en partie au fait que ces populations ont un niveau de possession de téléphones mobiles et des capacités financières plus faibles. Par exemple, les données du FII montrent une différence de près de 20% dans l'utilisation avancée du téléphone mobile entre ceux situés au-dessus et ceux en-dessous du seuil de pauvreté (90% contre 73%, respectivement).

Les insuffisances constatées dans l’engagement des Kenyans dans les services financiers formels pourraient être réduites par des programmes axés sur la délivrance de cartes d’identité aux Kenyans. Le nombre d'adultes kenyans disposant d'une carte d'identité, nécessaire à l'ouverture d'un compte financier, est passé de 91% en 2013 à 78% en 2016. Ce qui est révélateur dans ce constat, c'est que le fait de ne pas disposer de la carte d'identité requise était la principale raison citée dans l'enquête du FII par les hommes et les femmes comme frein à l'ouverture d'un compte de mobile money et la deuxième raison pour laquelle ils ne pouvaient pas ouvrir un compte bancaire. En avril 2016, le gouvernement a annoncé un plan visant à employer 1 200 agents d'enregistrement supplémentaires pour aider les Kenyans à acquérir des cartes d'identité avant les élections générales de 2017. Il reste à voir quel effet cette mesure aura sur l'obstacle susmentionné par rapport aux données de 2017 du FII.

Il est nécessaire de renforcer les connaissances financières pour que les Kenyans nouvellement inclus dans le système financier soient prêts à utiliser efficacement ces services. Le rapport FII a constaté que seulement 17% de la population adulte du Kenya possédait des compétences financières en 2016. Alors que les produits financiers prolifèrent et deviennent de plus en plus complexes, il est particulièrement important que les utilisateurs actuels et potentiels possèdent les compétences requises pour explorer les différentes options qui leur sont offertes et utiliser les services de manière à leur faire bénéficier des avantages sociaux plutôt que de les exposer aux risques liés à la protection des consommateurs. Il est inquiétant, par exemple, que, selon les données du FII, près d’un emprunteur sur cinq au Kenya ne connaisse pas les taux d’intérêt ou le coût de ses emprunts. Même si le Kenya continue de progresser vers une meilleure inclusion financière, tirée par le mobile money et par l'apport de services financiers avancés, il reste encore beaucoup à faire pour que ces avancées soient réellement inclusives et produisent des résultats significatifs pour tous les Kenyans. L’équipe FII attend avec impatience de voir comment les programmes ciblant les obstacles, tels que l’éducation financière et la possession de téléphones mobiles, et des partenariats novateurs entre les banques et les opérateurs de réseau de téléphonie mobile peuvent continuer à avoir une incidence sur les données dans les années à venir.

Quelles recommandations pour accélérer l’inclusion financière au Kenya tirez-vous du Data Fiinder d’InterMedia? Vos avis nous intéressent. Pour plus d’informations sur les recherches de l’équipe FII au Kenya, veuillez consulter le rapport annuel 2016 consacré au Kenya ou contacter Beatrice Cheronoh, aattachée de recherche, Financial Inclusion Insights.

Financial Inclusion Insights (FII) est un programme de recherche financé par la Fondation Bill & Melinda Gates et conçu pour développer des connaissances significatives sur l’évolution du paysage financier dans huit pays (Bangladesh, Inde, Indonésie, Kenya, Nigeria, Pakistan, Tanzanie et Ouganda).


A propos des auteurs

Beatrice Cheronoh est attachée de recherche chez InterMedia et est basée au bureau de Nairobi. Elle collabore actuellement au Kenya avec l'équipe Financial Inclusion Insights (FII), en charge d'une enquête réalisée dans le cadre du programme de recherche pluriannuel de FII et menée dans huit pays d'Afrique et d'Asie pour le compte de la Fondation Bill & Melinda Gates. Ses responsabilités incluent la gestion des données, la vérification des données et la réalisation d'analyses avec SPSS. Beatrice poursuit actuellement des études de master en statistiques sociales à l'université de Nairobi et est titulaire d'un baccalauréat en sciences en enseignement et vulgarisation agricoles de la même université.

Nadia Van de Halle gère actuellement la recherche et la stratégie en matière d'inclusion financière et de perception du consommateur d'InterMedia, une firme de recherche internationale ayant des bureaux à Nairobi et à Washington, DC. Auparavant, elle a dirigé des initiatives africaines au Centre pour l’inclusion financière de Accion. Elle possède une expertise en matière de protection des consommateurs et d'établissement de normes d'impact social, ainsi que des antécédents de collecte de fonds et de travail sur le terrain dans plus de dix pays. Nadia est titulaire d’une maîtrise en économie de la School of Advanced International Studies de la Johns Hopkins University et d’un baccalauréat en sciences politiques de la University of Pennsylvania.

Your comment

Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.