Adapter la surveillance macroprudentielle à l'Afrique
mai 31, 2012
Bien que le concept de surveillance macroprudentielle remonte aux années 70, il a effectué un remarquable retour sur le devant de la scène depuis la crise financière mondiale. Il existe maintenant un large consensus sur le fait que les approches de régulation et de surveillance antérieures à la crise ont manqué d'une dimension «
macro
», qu’elles se sont trop focalisées sur le risque au sein de chaque institution financière et pas assez sur l'évaluation et la surveillance du risque systémique. La surveillance macroprudentielle vise à combler cette lacune. Elle apporte une approche globale du secteur financier, qui donne leur importance aux interconnexions entre les institutions financières, aux marchés et à l'infrastructure ainsi qu'à l'économie réelle. Mettre en place une surveillance macroprudentielle nécessite de faire des progrès sur plusieurs plans
: la surveillance de l'apparition de risques et la détection de leur matérialisation (surveillance macroprudentielle) ainsi que l'utilisation d'outils pour limiter l'accumulation de risques (politique macroprudentielle).
La surveillance macroprudentielle devrait conduire à des choix plus éclairés au niveau de la définition des politiques macroprudentielles. La surveillance macroprudentielle devrait être exhaustive et saisir la dimension temporelle et transversale du risque systémique. Cette première dimension recouvre la tendance qu'ont les entreprises financières, les sociétés non financières et les ménages à se surexposer au risque, entraînés par l'élan d'une période de crédit et de devenir très hostiles au risque dans une période de décroissance, alors que la deuxième dimension fait référence aux liens internes du système financier qui peuvent fonctionner comme des vecteurs de contagion en période de dégonflement, potentiellement générateurs de spirales auto-amplifiées et de graves effets de contagion.
Les décideurs du monde entier ont accueilli avec enthousiasme le projet de surveillance macroprudentielle. Les décideurs africains ne font pas exception à ce sentiment favorable, comme le montre le récent séminaire à Douala, où les dirigeants des banques centrales du continent ont échangé leurs expériences sur ce sujet. Ils ont massivement soutenu le principe de la surveillance macroprudentielle mais ils ont également souligné la difficulté de la mettre en place dans l'état actuel des choses. D'une certaine mesure, c'est d'ailleurs le problème auquel font face les décideurs du monde entier. Il manque toujours un cadre opérationnel satisfaisant pour la mise en place de la surveillance macroprudentielle et la mesure du risque systémique reste «
floue
». Dans le cas de l'Afrique, les problèmes de mesure sont souvent amplifiés par l'absence de certaines données ou par leur manque de fiabilité, par la difficulté qui se pose pour les comparer ou par de faibles capacités. Les participants à ce séminaire se sont fait l'écho de ces problèmes, répétant leur besoin de consignes plus précises pour le déploiement de la surveillance macroprudentielle. Ceci comprend une spécification plus précise de son champ d'application, de sa relation avec les dispositifs de surveillance microprudentiels existants ainsi que du lien entre la surveillance macroprudentielle et les personnes qui définissent les politiques macroprudentielles. Les décideurs sur les marchés des économies émergentes souhaiteraient également bénéficier d'une évaluation systématique de la pertinence de leurs divers instruments (comme les règles de provisionnement dynamiques ou les réserves de fonds propres contra cycliques) dans le contexte de leur développement économique et financier. La régulation financière a un prix et certains sont inquiets que des mesures prises pour réguler le cycle de crédit retardent le développement financier. Une autre grande série de questions concerne la pertinence même de la surveillance macroprudentielle pour les décideurs africains. Cette pertinence dépend de nombreux facteurs, en particulier du niveau de développement économique et financier. Par nature, la surveillance macroprudentielle devient de plus en plus importante à mesure que le système financier se développe et s'installe. Le processus de l'ancrage financier s'accompagne souvent d'une modification de l'organisation du système financier, avec un part de plus en plus importante faite aux nouveaux instruments financiers, un effet de levier plus fort et l'apparition d'intermédiaires financiers extérieurs au système des banques de dépôt. De même, l'augmentation de l'intégration de cette industrie et de l'intégration internationale contribuent à une plus grande interpénétration des systèmes financiers, au niveau national et international, alors que dans le même temps, l'innovation financière conduit à une complexification du système financier, en termes d'interdépendance des instruments financiers, des activités et des risques, comme certains pays dans cette région du monde en ont fait l'expérience. Un nombre croissant d'études universitaires montre que le développement financier peut stimuler la croissance économique mais que les irrégularités dans le système financier ont également un coût économique, habituellement sous la forme d'une érosion de l'activité économique et de soutiens budgétaires importants pour soutenir les institutions financières en difficulté. Quand les systèmes financiers gagnent en maturité, il devient alors de plus en plus important que les décideurs adoptent une approche plus globale du secteur financier et qu'ils prennent à temps les décisions pour limiter les risques émergents menaçant la stabilité financière, grâce à une surveillance macroprudentielle. La faculté des autorités à gérer de manière professionnelle les facteurs macroprudentiels est également très importante. L'organisme responsable de la surveillance macroprudentielle, en général la banque centrale et son organe de surveillance, doivent disposer des ressources adaptées pour cette nouvelle tâche. De nombreuses banques centrales ont mis sur pied des services dédiés à la rédaction de rapports réguliers sur la stabilité financière. Pour pouvoir être efficaces, ces services doivent disposer d'une masse critique de personnes qualifiées et pouvoir accéder aux informations – y compris aux indicateurs prudentiels de l'autorité de surveillance. Dans l'idéal, la banque centrale devrait avoir la mission explicite de garantir la stabilité financière. Toutefois, étant donné que la surveillance macroprudentielle est principalement une extension de la surveillance microprudentielle, il est indispensable de mettre en place une structure de surveillance microprudentielle avant d'aller explorer ce nouveau domaine. Enfin, les autorités en charge de la politique macroprudentielle doivent disposer d'un poids et d'une indépendance suffisante pour pouvoir résister aux pressions industrielles et politiques, de telle sorte que les résultats de l'analyse macroprudentielle puissent être traduits de manière crédible en politiques macroprudentielles. Ainsi le déploiement d'une surveillance macroprudentielle ne sera possible que si ces conditions préliminaires sont réunies. Miquel Dijkman est un expert confirmé du secteur financier à la Vice-Présidence du service du secteur financier et privé de la Banque Mondiale.
macro
», qu’elles se sont trop focalisées sur le risque au sein de chaque institution financière et pas assez sur l'évaluation et la surveillance du risque systémique. La surveillance macroprudentielle vise à combler cette lacune. Elle apporte une approche globale du secteur financier, qui donne leur importance aux interconnexions entre les institutions financières, aux marchés et à l'infrastructure ainsi qu'à l'économie réelle. Mettre en place une surveillance macroprudentielle nécessite de faire des progrès sur plusieurs plans
: la surveillance de l'apparition de risques et la détection de leur matérialisation (surveillance macroprudentielle) ainsi que l'utilisation d'outils pour limiter l'accumulation de risques (politique macroprudentielle).
La surveillance macroprudentielle devrait conduire à des choix plus éclairés au niveau de la définition des politiques macroprudentielles. La surveillance macroprudentielle devrait être exhaustive et saisir la dimension temporelle et transversale du risque systémique. Cette première dimension recouvre la tendance qu'ont les entreprises financières, les sociétés non financières et les ménages à se surexposer au risque, entraînés par l'élan d'une période de crédit et de devenir très hostiles au risque dans une période de décroissance, alors que la deuxième dimension fait référence aux liens internes du système financier qui peuvent fonctionner comme des vecteurs de contagion en période de dégonflement, potentiellement générateurs de spirales auto-amplifiées et de graves effets de contagion.
Les décideurs du monde entier ont accueilli avec enthousiasme le projet de surveillance macroprudentielle. Les décideurs africains ne font pas exception à ce sentiment favorable, comme le montre le récent séminaire à Douala, où les dirigeants des banques centrales du continent ont échangé leurs expériences sur ce sujet. Ils ont massivement soutenu le principe de la surveillance macroprudentielle mais ils ont également souligné la difficulté de la mettre en place dans l'état actuel des choses. D'une certaine mesure, c'est d'ailleurs le problème auquel font face les décideurs du monde entier. Il manque toujours un cadre opérationnel satisfaisant pour la mise en place de la surveillance macroprudentielle et la mesure du risque systémique reste «
floue
». Dans le cas de l'Afrique, les problèmes de mesure sont souvent amplifiés par l'absence de certaines données ou par leur manque de fiabilité, par la difficulté qui se pose pour les comparer ou par de faibles capacités. Les participants à ce séminaire se sont fait l'écho de ces problèmes, répétant leur besoin de consignes plus précises pour le déploiement de la surveillance macroprudentielle. Ceci comprend une spécification plus précise de son champ d'application, de sa relation avec les dispositifs de surveillance microprudentiels existants ainsi que du lien entre la surveillance macroprudentielle et les personnes qui définissent les politiques macroprudentielles. Les décideurs sur les marchés des économies émergentes souhaiteraient également bénéficier d'une évaluation systématique de la pertinence de leurs divers instruments (comme les règles de provisionnement dynamiques ou les réserves de fonds propres contra cycliques) dans le contexte de leur développement économique et financier. La régulation financière a un prix et certains sont inquiets que des mesures prises pour réguler le cycle de crédit retardent le développement financier. Une autre grande série de questions concerne la pertinence même de la surveillance macroprudentielle pour les décideurs africains. Cette pertinence dépend de nombreux facteurs, en particulier du niveau de développement économique et financier. Par nature, la surveillance macroprudentielle devient de plus en plus importante à mesure que le système financier se développe et s'installe. Le processus de l'ancrage financier s'accompagne souvent d'une modification de l'organisation du système financier, avec un part de plus en plus importante faite aux nouveaux instruments financiers, un effet de levier plus fort et l'apparition d'intermédiaires financiers extérieurs au système des banques de dépôt. De même, l'augmentation de l'intégration de cette industrie et de l'intégration internationale contribuent à une plus grande interpénétration des systèmes financiers, au niveau national et international, alors que dans le même temps, l'innovation financière conduit à une complexification du système financier, en termes d'interdépendance des instruments financiers, des activités et des risques, comme certains pays dans cette région du monde en ont fait l'expérience. Un nombre croissant d'études universitaires montre que le développement financier peut stimuler la croissance économique mais que les irrégularités dans le système financier ont également un coût économique, habituellement sous la forme d'une érosion de l'activité économique et de soutiens budgétaires importants pour soutenir les institutions financières en difficulté. Quand les systèmes financiers gagnent en maturité, il devient alors de plus en plus important que les décideurs adoptent une approche plus globale du secteur financier et qu'ils prennent à temps les décisions pour limiter les risques émergents menaçant la stabilité financière, grâce à une surveillance macroprudentielle. La faculté des autorités à gérer de manière professionnelle les facteurs macroprudentiels est également très importante. L'organisme responsable de la surveillance macroprudentielle, en général la banque centrale et son organe de surveillance, doivent disposer des ressources adaptées pour cette nouvelle tâche. De nombreuses banques centrales ont mis sur pied des services dédiés à la rédaction de rapports réguliers sur la stabilité financière. Pour pouvoir être efficaces, ces services doivent disposer d'une masse critique de personnes qualifiées et pouvoir accéder aux informations – y compris aux indicateurs prudentiels de l'autorité de surveillance. Dans l'idéal, la banque centrale devrait avoir la mission explicite de garantir la stabilité financière. Toutefois, étant donné que la surveillance macroprudentielle est principalement une extension de la surveillance microprudentielle, il est indispensable de mettre en place une structure de surveillance microprudentielle avant d'aller explorer ce nouveau domaine. Enfin, les autorités en charge de la politique macroprudentielle doivent disposer d'un poids et d'une indépendance suffisante pour pouvoir résister aux pressions industrielles et politiques, de telle sorte que les résultats de l'analyse macroprudentielle puissent être traduits de manière crédible en politiques macroprudentielles. Ainsi le déploiement d'une surveillance macroprudentielle ne sera possible que si ces conditions préliminaires sont réunies. Miquel Dijkman est un expert confirmé du secteur financier à la Vice-Présidence du service du secteur financier et privé de la Banque Mondiale.
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