Blogretour

Accès par dépassement aux services financiers à travers l’innovation

nov 22, 2010
A travers l’Afrique, on trouve une importante frange de la population non desservie ou mal desservie par les prestataires officiels de services financiers.
Le coût des services financiers, les distances à parcourir pour atteindre les points de présence des services financiers et les niveaux élevés d’analphabétisme financier, mais surtout l’absence de connaissances claires en matière de sécurité de l’épargne dans les institutions financières, constituent quelques-uns des facteurs clés qui contribuent à cette situation. Compte tenu des faibles niveaux d’inclusion financière, l’Afrique ne peut pas réaliser ses objectifs de développement, car
l’accumulation de capital et le développement s’opèrent à travers l’inclusion financière.

Besoin d’innovation

Compte tenu de l’urgente nécessité d’accroître l’intensité et le champ d’action des services financiers en Afrique, il convient d’examiner les approches novatrices en matière d’accès rentable et facile. La technologie du téléphone mobile offre une telle opportunité. L’utilisation du téléphone portable enregistre une croissance rapide
à travers l’Afrique, et le nombre d’abonnés à la téléphonie mobile dépasse celui des détenteurs de comptes bancaires. M-Pesa, exploité par Safaricom du Kenya,
est un prestataire célèbre de services de transfert d’argent mobile. Trois années après son lancement en 2007, M-Pesa
compte déjà plus de neuf millions de clients et plus de 17.000 agents. Les autres opérateurs de téléphonie mobile ont suivi cet exemple de réussite et ils accroissent actuellement l’espace et la portée de la couverture pour ce service financier. Réciproquement, le secteur bancaire kenyan établi depuis longtemps a clôturé 2009 avec 8.5 millions de personnes détenant un compte et 996 branches et 45 banques.
La première étape consiste à se demander comment intégrer les produits bancaires et les services de téléphonie mobile pour renforcer l’inclusion.

Impact


Les services de transfert d’argent mobile ont entraîné une révolution dans les flux de liquidités essentiellement entre zones urbaines et rurales du Kenya. Auparavant, ces transferts étaient effectués à travers des moyens peu sûrs et inefficaces tels que les autocars, ou en dépêchant des parents. Les coûts élevés ont empêché la plupart des Kenyans d’avoir accès aux services de transferts d’argent assurés par des prestataires officiels de services financiers tels les banques. Actuellement, pour envoyer ou recevoir de l’argent, les Kenyans ont essentiellement recours à la technologie du téléphone mobile qui est rapide, efficace et efficiente.

Facteurs de succès

Le succès phénoménal de M-Pesa suscite la question suivante: quels sont les facteurs clés de succès? Divers facteurs sont à l’origine du succès de M-Pesa et je me focaliserai sur trois principaux : ###MORE###




Partenariat secteur privé-secteur public – Des consultations étroites ont eu lieu entre les concepteurs du système M-Pesa et le secteur public, en particulier le régulateur du secteur bancaire (The Central Bank of Kenya) et le régulateur du secteur des communications (Communications Commission of Kenya). Ce dialogue stratégique a permis de modeler un environnement propice au succès de M-Pesa. Il ne s’agit pas tout simplement de supprimer l’arbitrage réglementaire, mais plutôt et surtout, de comprendre les produits, d’orienter l’entrée dans les marchés et d’offrir des garanties aux vendeurs dans les marchés.




Approche de réglementation pragmatique – Les autorités de réglementation sont aux prises avec le problème d’équilibre entre la promotion de l’accès financier et la stabilité. Une réglementation excessive peut mettre en veilleuse l’innovation et limiter l’accès financier. Aussi la Banque centrale du Kenya a-t-elle adopté une méthode de surveillance axée sur le risque à l’égard des services de transfert d’argent, dans le cadre de ses missions statutaires de promotion des services efficients et efficaces de paiement, de compensation et de règlement. La Banque centrale du Kenya surveille étroitement les transactions et d’autres données relatives à ces services qui orientent son rôle de surveillant et décident de la nécessité de réformes législatives et réglementaires. Il s’agit essentiellement d’une démarche basée sur l’essai et l’apprentissage.




Promotion de la concurrence – La concurrence garantit l’innovation. Outre M-Pesa, un deuxième prestataire de services de transfert d’argent mobile, Zain,
a également accédé au marché. D’autres protagonistes devraient s’implanter sur le marché, ce qui le rendra concurrentiel. Mais surtout, les banques ont rapidement intégré le processus dans leur système bancaire en ligne. Actuellement, il est facile dans la plupart des banques de faire un retrait d’un compte bancaire pour approvisionner un compte M-Pesa, sans passer par un agent M-Pesa. Cela permet aux banques d’affronter la concurrence sur la même plateforme du système de transfert par la téléphonie mobile.

La technologie de la téléphonie mobile a démontré sa grande capacité de renforcement de l’intensité et du champ d’action de l’inclusion financière à travers les services de transfert d’argent. Le défi que les décideurs et les acteurs du marché doivent relever actuellement consiste à tirer parti de cette technologie pour exploiter ‘’les épargnes considérables’’ détenues hors des circuits bancaires en Afrique; autrement dit, il s’agit d’améliorer le service et d’en faire une plateforme d’intermédiation financière afin de permettre aux participants de constituer un capital à travers le crédit et l’épargne. La mobilisation de l’épargne est primordiale pour le financement des investissements dont l’Afrique a besoin pour réaliser ses objectifs de développement. Nous pensons que la technologie de la téléphonie mobile stimulera cette mobilisation et renforcera les missions d’inclusion financière au Kenya.
Professeur Njuguna Ndung’u est le Gouverneur de la Banque centrale du Kenya.

Your comment

Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain ou non afin d'éviter les soumissions de pourriel (spam) automatisées.