ONU Habitat prévoit que 50 pour cent des habitants d’Afrique subsaharienne vivront en zone urbaine d’ici 2030, et les données de la Banque mondiale montrent que la croissance économique de la région a été très supérieure à la moyenne mondiale ces dix dernières années. En dépit de cette croissance économique, la situation du logement dans de nombreux pays africains s’est détériorée rapidement. Une énorme pénurie de logements sévit, en quantité et en qualité, contribuant à la prolifération de bidonvilles et d’habitations informelles. À titre d’exemple, le Centre pour le financement du logement abordable en Afrique (CAHF) estime la pénurie actuelle de logements au Nigeria à 17 millions d’unités nécessitant un financement de 363 milliards d’USD, au Ghana à 1,7 million d’unités nécessitant un financement de 51,8 milliards à 52,5 milliards d’USD, et au Kenya à 2 millions d’unités par an.
L’importance du financement du logement dans la chaine de valeur de fourniture de logements est essentielle. Le financement est en effet nécessaire à la demande et à la fourniture de logements. Sur le plan de la demande, la disponibilité et l’accès au financement du logement sont des facteurs déterminants lorsqu’un ménage prend la décision d’acheter, de construire ou de louer une maison. De même, sur le plan de l’offre, les promoteurs doivent financer les projets de logement de masse nécessaires pour combler le déficit de logements du continent. En tant que composante essentielle des systèmes financiers, le financement du logement contribue également au développement et à l’approfondissement des marchés financiers et du secteur financier dans son ensemble. Un certain nombre de pays ont réussi à développer des marchés de capitaux dont des volumes importants proviennent du refinancement de la dette hypothécaire. Le développement du financement du logement sur le continent n’a toutefois pas suivi le rythme des besoins de la demande de logements.
Défis
La fourniture de logements pour répondre à la demande en Afrique se trouve confrontée à de nombreuses contraintes, notamment le mauvais ciblage et l’échelle insuffisante. Il n’existe qu’une poignée de promoteurs capables de fournir plus de 500 unités en une seule fois sur le continent. La difficulté d’accéder à un financement de longue durée du logement abordable, tant sur le plan de la demande que sur celui de l’offre, est une contrainte majeure. Les promoteurs et les investisseurs se concentrent par conséquent sur le marché haut de gamme, alors que la demande se situe sur les marchés de milieu et de bas de gamme. On constate également des contraintes dans l’ensemble de la chaine de valeur du logement, des faiblesses institutionnelles et l’instabilité macroéconomique aux environnements juridiques et réglementaires défavorables. Résultat de tout cela : le nantissement insuffisant des actifs immobiliers et la pénurie importante de sources de financement à long terme.
Les quelques banques qui accordent des prêts hypothécaires s’adressent au segment intermédiaire et supérieur de la population. Le risque de crédit perçu comme élevé, les coûts de transactions élevés et l’absence de concurrence dans le secteur bancaire de la plupart des pays africains expliquent que les taux d’intérêt des hypothèques sont extrêmement élevés et les mandats courts (inférieurs à 10 ans) dans de nombreux pays africains. Le CAHF estimait en 2016 que moins de 10 % des ménages africains avaient les moyens de contracter une hypothèque sur les maisons nouvellement construites les moins chères. Les banques d’État pour le logement continuent de jouer un rôle de premier plan sur le marché du financement du logement en Afrique, mais elles n’ont pas eu de bons résultats et elles n’ont pas réussi à atteindre les objectifs fixés par la politique du logement. En conséquence, les gouvernements ont commencé à adopter des politiques qui encouragent les prêts privés, tout en préservant l’égalité des chances pour tous les prêteurs.
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