Aperçu du secteur financier

Paysage économique

Le Tchad, pays enclavé d'Afrique Centrale, souffre d’une instabilité intérieure, de conflits dans les pays voisins et de l'impact du changement climatique qui provoque la désertification et l'assèchement du lac Tchad. Le pays est fortement dépendant du pétrole et forme avec cinq autres pays (Cameroun, République Centrafricaine, Congo, Guinée Equatoriale et Gabon) la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC). L'économie, antérieurement agraire, a vu le PIB par habitant passer d'environ 497 USD en 2001/02 (soit moins de la moitié de la moyenne d'Afrique subsaharienne) à environ 967 USD en 2014. Toutefois, l'effet conjugué de la chute du prix du pétrole en 2014 et de l’environnement sécuritaire peu favorable a plongé le pays dans une profonde récession, justifiant les prévisions d’augmentation du taux de pauvreté autour de 39,8% en 2019. Cette situation se traduit par une réduction des dépenses publiques, le fléchissement des investissements directs étrangers (IDE) et une perte de revenus provoquée par la perturbation du commerce transfrontalier de bétail avec le Nigeria. Néanmoins, l'agriculture, qui constitue le principal pourvoyeur d'emplois pour près de 75% de la population active du Tchad, a connu un léger redressement. Selon l'indice de développement humain du PNUD, le Tchad est l'un des trois pays les moins avancés du monde, classé 186e sur 188 pays. 46,7% de la population vivent en dessous du seuil national de pauvreté en 2018, et 38,4% en dessous du seuil international de pauvreté, avec moins de 2 dollars par jour. Le Tchad est également classé 181e sur 190 pays au classement Doing Business de la Banque mondiale pour la troisième année consécutive (2016, 2017, 2018).

Vue d’ensemble du secteur financier

Le système financier tchadien est l'un des moins développés de l’espace CEMAC et se caractérise par un marché d’endettement limité et une faible monétisation. L'accès aux services financiers reste un problème majeur pour la grande majorité des tchadiens, les services bancaires étant pratiquement inexistants en dehors des zones urbaines. Avec moins d'une agence tous les 1.000 km, le pays a le réseau bancaire le moins dense de la région (seulement 70 agences bancaires). 8,8% seulement de la population disposent d’un compte bancaire (un quart de la moyenne d'Afrique subsaharienne) et seuls 3,9% de la population adulte ont accès au crédit. En plus de la Banque de l'Habitat du Tchad (BHT) nouvellement créée, le système financier du Tchad comprenait 9 banques commerciales, 2 compagnies d'assurance, 2 caisses de retraite et 197 établissements de microfinance au 31 décembre 2017. Les activités des caisses de retraite et des compagnies d'assurance sont extrêmement limitées. Il n'existe pas de marché secondaire établi pour la dette publique, ni de bourse des valeurs, mais le pays a accès à la Bourse des valeurs mobilières de l'Afrique centrale (BVMAC) et la bourse de Douala (DSX). Cependant, depuis juillet 2019, les 2 bourses ont fusionné : l’infrastructure du marché boursier a été domiciliée à Douala, au Cameroun, alors que le régulateur unique a été installé à Libreville, au Gabon. 

Le secteur bancaire

Au 31 décembre 2017, le secteur bancaire tchadien comptait 9 banques commerciales dont l'encours des prêts aux secteurs privé et public s'élevait à plus de 1138,9 milliards de F CFA (2,08 milliards de dollars), soit 21,1% du PIB. Les crédits bancaires au secteur privé représentaient 54,4% du total des crédits alloués à l'économie, les 45% restants servant au financement des besoins du gouvernement. Le secteur agricole, qui représente 25% du PIB, ne reçoit que 2% de la totalité des crédits accordés par les banques commerciales. Par ailleurs, la dégradation de la situation économique du pays causée par la chute des prix du pétrole en 2014 a eu de graves répercussions sur le secteur bancaire. Il existe des liens importants entre les banques et le gouvernement en raison de la dette de l’État envers elles et de la dépendance du secteur privé à l'égard des marchés publics. En fin décembre 2017, les prêts non productifs représentaient 28% du montant brut des prêts. Cette situation s’est conjuguée au fait que certaines banques ont sensiblement accru les montants consacrés à l’achat des titres émis par l’État au cours des deux dernières années. Ces banques ont par conséquent atteint la limite de refinancement fixée par la BEAC, accroissant ainsi la pression sur la liquidité dans le secteur financier domestique. Les dépôts effectués par le secteur privé et les crédits accordés à celui-ci ont diminué respectivement de 9% et de 1% en 2017, et le ratio dépôts/prêts a chuté à 94% en fin 2016. Un fonds provisoire de liquidité d'urgence mis en place par la BEAC a contribué à prévenir une nouvelle détérioration de la situation des liquidités bancaires ayant refinancé des titres d’État. Le refinancement de la BEAC représente aujourd'hui environ 17% des liquidités des banques en moyenne, et est beaucoup plus important pour certaines banques.

Le secteur bancaire est aussi fortement concentré, avec près des deux tiers des actifs totaux détenus par trois banques. Les deux plus grandes banques sont des filiales de banques étrangères et l'État possède entre 20% et 62% du capital cumulé de quatre autres banques.

Dans le cadre des engagements pris envers le Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement examinera son rôle auprès des banques publiques et les moyens d'améliorer leur gouvernance. Il s’agira d’examiner leur situation financière et leurs stratégies et d'adopter un plan de restructuration. L'examen de la stratégie des banques publiques et le rapport sur le plan de restructuration devraient être remis en fin janvier 2019 aux services du FMI et à la Commission bancaire régionale (COBAC). Ces réformes viseront à faire en sorte que le système bancaire joue le rôle d'intermédiation financière qui lui revient.

L’inclusion financière

Si l'utilisation des services financiers par les ménages tchadiens s'est quelque peu développée au fil des ans, de même que la présence physique des banques commerciales, elle est encore très limitée. L'enquête 2018 du FMI sur l'accès aux services financiers montre que l'utilisation des services financiers par les ménages au Tchad n'a pas beaucoup évolué depuis 2014. À titre d’exemple, le rapport entre le nombre d'agences bancaires et le nombre de personnes desservies est resté le même de 2014 à 2017, soit 10 pour 10.000 adultes.

Le pays accuse également un retard comparativement à ses pairs en termes d'inclusion financière. Selon le Global Findex de 2017, seuls 21,8% des adultes ont déclaré avoir un compte et 8,8% ont affirmé avoir un compte dans un établissement financier. À titre de comparaison, près de 42,6% de la population adulte en Afrique subsaharienne ont déclaré avoir un compte en 2017, dont 32,8% dans un établissement financier. Les inégalités entre les hommes et les femmes en matière d'accès aux services financiers au Tchad sont également importantes et plus élevée que la moyenne de l’Afrique subsaharienne. Au Tchad, les femmes ont beaucoup moins accès aux services financiers de base. À peine 14% des femmes adultes disposent d’un compte, alors que la moyenne de l'Afrique subsaharienne est de 36,9%.

La microfinance

Au 30 juin 2017, il y avait 197 établissements de microfinance (EMF) agréés au Tchad, ce qui fait de ce dernier le deuxième marché de l’espace CEMAC en termes de nombre d'EMF après le Cameroun (531 établissements). Toutefois, le pays ne représente que 1% (15,6 millions de dollars) du bilan total des établissements de l’espace CEMAC. Le Tchad dispose également de la deuxième meilleure couverture de crédits (177%) des EMF par leurs dépôts en 2017, après le Congo (302%). Entre 2016 et 2017, le nombre de clients des EMF a chuté de 17%, passant de 66921 à 55759 ; le nombre d'agences a également baissé de 77 à 68. Les taux d'intérêt s'établissent respectivement en moyenne à 2% pour les prêts et à 8% pour les emprunts en 2017 (1,9% et 10,7% pour les moyennes régionales).

Malgré les efforts des partenaires internationaux au développement, l'expansion du secteur de la microfinance a été inégalement répartie à l’échelle nationale, la majorité des établissements étant située dans les régions du Centre et du Sud où la présence des banques est la plus importante. Les mauvaises performances des EMF limitent également leur capacité à élargir la gamme de leurs services et leur couverture au Tchad. La plupart des EMF ont de mauvaises procédures de gestion, des coûts administratifs élevés et des mécanismes de contrôle interne médiocres. Certains d’entre eux existent grâce aux subventions des partenaires étrangers, et leur modèle institutionnel est souvent trop faible pour soutenir leurs activités. L'absence de procédures de gestion des risques peut également mettre certains établissements en difficulté.

Les services financiers mobiles

En raison d’une plus grande couverture de la population par les services de téléphonie mobile, les services financiers mobiles sont désormais considérés comme un moyen d'améliorer l'inclusion financière. En 2014, le taux d'abonnement à la téléphonie mobile au Tchad était de 39,8%. 15,2% de la population âgée de 15 ans et plus disposaient d'un compte de mobile money en 2017 (en forte hausse par rapport aux 5,7% de 2014).  Néanmoins, cette proportion reste inférieure aux 17,6% et 20,95%, respectivement observés en moyenne dans les pays à faible revenu et les pays d'Afrique subsaharienne. Le Tchad fait également partie des 10 économies du monde où le nombre d’adultes disposant d’un compte financier mobile est supérieur à celui des adultes disposant d’un compte dans un établissement financier ; il s’agit notamment du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire, du Gabon, du Kenya, du Mali, de l'Ouganda, du Sénégal, de la Tanzanie, et du Zimbabwe.

Le secteur des assurances

Intervenant à une échelle supranationale et couvrant l’ensemble des pays de la Zone franc, la CIMA – Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurance – supervise les opérations des compagnies d'assurance au Tchad. L'industrie de l'assurance au Tchad est concentrée et sous-développée, et se caractérise par la présence de trois assureurs nationaux : Star Vie SA (assurance-vie), Star Nationale SA (assurance non-vie) et la Société Africaine d'Assurance et de Réassurance (assurance non-vie). En 2017, la part des actifs des compagnies d'assurance dans le PIB ne représentait que 0,22%. Le chiffre d'affaires du secteur tchadien de l'assurance a par ailleurs diminué de 2014 à 2016, passant de 13,6 milliards de francs CFA (23,3 millions de dollars) à 12,4 milliards de francs CFA (21,2 millions de dollars). Les prévisions de la CIMA indiquent également que les activités du secteur sont en baisse depuis 2016.

Le financement du logement

Le créneau du financement du logement est presque exclusivement dominé par les banques commerciales au Tchad. Selon le Global Findex 2017, 3,2% des adultes ont un emprunt hypothécaire en cours. Certaines banques accordent des prêts hypothécaires et les taux d’intérêt sont fixés entre 7 et 17% (2018). A titre illustratif, Orabank propose un prêt hypothécaire sur cinq à dix ans, à un taux moyen de 9% et ne dépassant pas 30 millions de FCFA (53 436,59 dollars) aux personnes ayant un emploi dans le secteur formel, travaillant dans une entreprise privée ou dans une multinationale. La Banque Sahélo-saharienne pour l’Investissement et le Commerce offre également des prêts immobiliers. La Banque de l'habitat du Tchad (BHT), créée en août 2017, devrait accorder des prêts à des taux compris entre 7 et 8% pour une durée de 15 ans.

Le système de sécurité sociale

La Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) est le système de pension destiné aux employés du secteur privé et aux agents de l’État non couverts par le système de la fonction publique. Le taux de remplacement instantané - rapport entre l'indemnité de départ à la retraite et le dernier salaire en activité - de la CNPS est d'environ 45%, tandis que le taux de cotisation cumulé (pour les salariés et les employeurs) est de 8,5% pour les affiliés à la CNPS. La seconde caisse de retraite, la Caisse Nationale de Retraite du Tchad (CNRT), est celle réservée aux fonctionnaires et aux militaires.

Les deux caisses de retraite au Tchad détiennent des créances importantes sur le gouvernement. Ces dernières années, la dette de l'État envers les caisses nationales de retraite est principalement due au non-paiement par le Trésor des fonds dus par l'État et ses employés. À titre d’exemple, le gouvernement a accumulé vis-à-vis de la CNRT 23 milliards de francs CFA d’arriérés (59,7 millions de dollars) dont 17 milliards de francs CFA (29,04 millions de dollars) ont été remboursés en 2013. Il restait 6 milliards à payer au plus tard en octobre 2018.


Liste des banques commerciales au Tchad

BANQUES

ADRESSE

TELEPHONE

EMAIL

SITE WEB

BANQUE AGRICOLE ET COMMERCIALE

 Avenue Charles Degaulle,
        N'Djaména

 (+235) 22519041

bac_bank@bactchad.com

 bactchad.com/

BANQUE COMMERCIALE DU CHARI

 BP: 757 N'DJAMENA

 (+235) 251 52 31

bcc@intnet.td  

 

BANQUE SAHELO-SAHARIENNE POUR L'INVESTISSEMENT ET LE COMMERCE TCHAD

 Av. Charles de Gaule – BP 81 N’Djamena - Tchad

 (+235) 22 52 26 92

bsic-chad@bsicbank.com

 www.bsicbank.com/tchad

COMMERCIAL BANK TCHAD

 BP 19 N'djamena

 (+235) 22 52 32 84

cbt-tchad@groupecommercialbank.com

 

 ECOBANK TCHAD

  Avenue Charles de Gaulle,BP 87 N'Djamena

 (+235) 22524314

ecobanktd@ecobank.com  

 https://www.ecobank.com

 ORABANK TCHAD

 Avenue Charles De Gaulle. BP804 Ndjaména

 (+235) 22 52 26 60

info@orabank.net

 https://www.orabank.net/fr/filiale/tchad

 UNITED BANK FOR AFRICA TCHAD

 B.P. 1148 N'DJAMENA

 (+235) 22521960

info@ubagroup.com  

 https://www.ubagroup.com/countries/td
 

SOCIETE GENERALE TCHAD

 B.P 461 N'DJAMENA

 (+235) 22 52 28 76

sgtb@intnet.td  

 https://societegenerale.td/fr/

TOTAL

8

     
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Source

En bref

En bref Source
Population (2019): 15 946 876
PIB par habitant (USD courant) - 2019 - (Moyenne mondiale:10 721,61): 709,54
Population détenant un compte dans une institution financière (%) (age: 15+) - (2014 vs 2017): 12% | 22%
Crédit dédié à l'agriculture (Agriculture, foresterie et pêche) / Part de l'agriculture dans le PIB (2015): n/a
Stratégies d'inclusion financière: La Stratégie Nationale de la Finance Inclusive 2017-2020 FR
Crédit domestique fourni par le secteur financier (% du PIB) - 2017: 25,52
Paiements numériques effectués ou reçus au cours de l'année précédente (% age 15+) (2014 vs 2017): 9% | 19%
Transferts d'argent reçus en % du PIB - 2017: n/a
Taux d'intérêt hypothécaire / Durée du prêt hypothécaire (années): 12% | 15 ans

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