Burkina Faso's microfinance sector "faces a number of difficulties"

Jun 28, 2011

A new law regulating decentralized financial systems is being implemented in Burkina Faso. National director for microfinance, Yvette Djigma Sawadogo, explains the new rules and regulations that are awaiting the Fasian microfinance sector. (in French)

Comment se porte la microfinance au Burkina ?

Yvette Djigma : Le secteur se porte bien. Il a grandi en taille dans un environnement international favorable, avec notamment l’année internationale de micro finance et le prix Nobel décerné à Mohamed Yunnus.
L’ensemble des réformes engagées au Burkina Faso ont permis d’adopter des textes et documents au plan national et communautaire qui ont impulsé un certain dynamisme et un bon fonctionnement du secteur.

Parlez-nous des réformes.

Elles sont nombreuses. Nous avons en premier lieu l’adoption en mai 2009, de la loi n°023-2009/AN portant règlementation des Systèmes Financiers Décentralisés. Cette nouvelle loi témoigne de la volonté continue de l’Etat de promouvoir et d’assainir le secteur à travers la professionnalisation des acteurs.
Ensuite, il y a l’institutionnalisation de l’Association Professionnelle des Institutions de Micro finance du Burkina Faso (APIM-BF) dont les missions ont été renforcées avec la n°023-2009/AN, obligeant par ailleurs tous les SFD à y adhérer.
Mais, avant ces mesures récentes, il y a eu la loi 59/94/ADP du 15 décembre 1994 portant règlementation des Institutions Mutualistes ou Coopératives d’Epargne et de Crédit (IMCEC) ainsi que son décret d’application et bien d’autres dispositions.
Bref, il faut dire qu’au lendemain de la crise économique et bancaire des années 80, le souci constant des autorités monétaires (l’Etat et la BCEAO) a été de préserver et de renforcer la stabilité financière. Cette volonté a conduit à la mise en œuvre de réformes qui ont favorisé la formalisation du secteur de la micro finance et l’émergence des institutions de micro finance.

Les acteurs du microfinance auraient réalisé en 2010 un chiffre d’affaires de 79 milliards de FCFA…

Il s’agit en fait de l’encours de crédit qui est passé de 55,5 milliards de FCFA en 2006 à 79,3 milliards de FCFA en 2010, soit un accroissement de 43% sur la même période.
En termes de statistiques, la conjugaison des différentes mesures a permis globalement une amélioration qualitative et quantitative des services offerts par les IMF à leurs clients ou membres. Les principaux indicateurs témoignent d’un engouement accru de la population. Le nombre des SFD sur l’ensemble du territoire est passé de 232 en 2000 à 330 en 2006, pour se situer à 263 en 2010. Le nombre de bénéficiaires directs des services de micro finance est passé de 773 420 en 2006 à 1 176 286 en 2010, soit un taux d’accroissement de 52% en cinq ans. S’agissant de l’encours de l’épargne, il a connu une hausse de 33,15%, passant de 63,1 milliards de FCFA en 2006 à 84,1 milliards de FCFA en 2010.

Avec la crise que connaît le pays, faut-il craindre pour la santé de la microfinance ?

La crise que traverse notre pays n’est pas une crise du secteur financier. Il s’agit plutôt d’une crise liée à des revendications d’ordre social de certaines composantes de la population. Les IMF n’ont pas connu de pillage lors de ces évènements déplorables. Il est toutefois évident que certains de leurs clients (notamment micro-entrepreneurs) aient été victimes de cette situation, pouvant ainsi les empêcher à honorer leurs engagements (dettes) à l’égard des IMF. Aussi, le Gouvernement est entrain d’apporter des solutions y afférentes en dédommageant les commerçants victimes de pillages lors des manifestations. C’est ainsi que les Fonds Nationaux de Financement, notamment le Fonds d’Appui au Secteur Informel (FASI) et le Fonds Burkinabè de Développement Economique et Social (FBDES) qui sont des structures étatiques intervenant dans le secteur de la microfinance ont apporté des concours sous forme de prêts aux victimes identifiées. Ces facilités accordées par le Gouvernement doivent permettre aux personnes concernées de redémarrer très rapidement leurs activités et de contribuer à relever les défis de développement du pays. Toute chose égale par ailleurs, les performances enregistrées dans le secteur devront normalement se poursuivre au cours de l’année 2011.

Au delà de la crise, quelles sont les difficultés auxquelles fait face le secteur ?

Malgré les performances appréciables enregistrées par les IMF, le secteur connaît un certain nombre de difficultés parmi lesquelles on peut citer les insuffisances au plan de la gouvernance, la faiblesse des Systèmes d'information et de gestion (SIG), et le non-respect de certaines dispositions légales, réglementaires et statutaires par l’ouverture de certaines structures sans autorisation d’exercice. Les IMF sont également confrontées à des problèmes de ressources de refinancement. Elles éprouvent des difficultés à lever des ressources longues et concessionnelles auprès du secteur bancaire, malgré la mise en place de la Société Financière de Garantie Interbancaire (SOFIGIB) limitant ainsi leur capacité d’intermédiation financière.

En quoi tiennent ces difficultés ?

On relève également le manque de professionnalisme de certains acteurs du secteur, imputable principalement à l’insuffisance de formation et à l’analphabétisme des élus de la plupart des SFD notamment ceux constitués sous forme mutualiste ou coopérative. L’insuffisance des ressources humaines qualifiées, de moyens financiers conséquents et de constitution des garanties conformément aux dispositions de l’Acte Uniforme OHADA relatif aux suretés expliquent ces difficultés.

Comment surmonter ces obstacles au développement de la filière ?

L’adoption par l’Assemblée Nationale de la loi n°023-2009/AN du 14 mai 2009, devrait contribuer à résorber certaines insuffisances qui minent le développement du secteur, par la prise de mesures plus contraignantes pour l’obtention de l’agrément ainsi que le renforcement des sanctions à l’encontre des SFD qui n’observeraient pas les règles de fonctionnement du secteur. Avec l’application de cette nouvelle loi, les SFD sont obligés de se professionnaliser s’ils veulent être rentables et viables. Ainsi, les structures qui ne seraient pas à mesure d’assurer leur viabilité sur le long terme seront donc appelées à disparaître pour laisser la place à celles qui sont performantes. Quand on parle de professionnalisation, on suppose une modernisation des outils de travail, une main d’œuvre qualifiée, une gestion rigoureuse et efficiente, une diversification des services financiers en intégrant les nouvelles technologies comme le « le mobile- banking » ou la banque à distance et la création de produits destinés au financement du monde rural et des PMI/PME. Dans cette optique, la nouvelle réglementation vise la protection du public, la sécurité des transactions, la rigueur dans la régulation et la surveillance, la modernisation des Systèmes d’informations de gestion (SIG) le renforcement des capacités des dirigeants des IMF.

Qu’est-ce qui est fait concrètement au niveau de votre direction ?

La Direction de la Microfinance (DMF) assure la tutelle des IMF. A ce titre, elle a en charge la surveillance du secteur, axée sur le contrôle à priori (l’instruction des dossiers de demande d’agrément) et le contrôle à postériori (inspections des IMF autorisées à exercer) à l’issu duquel des propositions de sanctions sont faites à l’encontre d’IMF dont on aurait constaté des manquements graves au niveau de la gestion. Aussi, depuis sa création en 2006, la DMF dispose d’une base de données qui permet la production et la mise à jour régulière des informations statistiques sur le secteur. Elle a également accentué les inspections sur le terrain et a entrepris un certain nombre de mesures visant à favoriser un bon développement du secteur. Ainsi, 111 structures de microfinance ont été inspectées en 2010 (avec l’appui des structures déconcentrées du Trésor), contre 3 en 2000. En outre, des missions d’identification des structures exerçant en marge de la règlementation sont régulièrement réalisées sur le terrain, ce qui a permis de réduire de 39% le nombre de structures non en règle, passant de 33 en 2009 à 20 en 2010.
Depuis 2009, des rencontres d’audition des dirigeants des SFD sont organisées par la DMF pour s’enquérir des difficultés liées à la mise en œuvre des recommandations issues des missions d’inspection. Toujours dans l’optique de lever les obstacles au développement de la filière, la direction de la micro finance a pris l’engagement, dès sa création, de produire un rapport annuel sur le secteur et un rapport en conseil des ministres afin d’informer régulièrement le gouvernement sur l’évolution du secteur et d’intervenir en temps opportun. Il faut y ajouter l’institutionnalisation d’un Cadre national de Concertation des Acteurs du secteur de la microfinance dont la première rencontre s’est tenue en juillet 2008 et la quatrième prévue pour se tenir au mois de juillet 2011. Par ailleurs, la DMF propose des mesures de redressement aux IMF qui connaissent des difficultés sérieuses de gestion.

Il est souvent question de circulation de faux billets aux guichets de certaines IMF de la place. Qu’en est-il exactement ?

Ce n’est pas un phénomène propre aux IMF, même les banques, les organismes de change et les autres secteurs comme le commerce en sont souvent victimes. Toutefois, la circulation des faux billets a toujours été une préoccupation pour les autorités monétaires au niveau national, sous-régional (UEMOA) voire international. Aussi, les IMF disposent de moyens et d’instruments, notamment de détecteurs de faux billets leur permettant de contrôler les billets remis par les membres ou clients avant leur encaissement. Par ailleurs, elles sont sensibilisées sur les risques liés à ce phénomène par nos services compétents lors des différentes sorties de contrôles et d’inspection.

Est-ce un fait préoccupant pour votre direction ? Si oui, comment comptez-vous vous y prendre pour éradiquer le phénomène ?

C’est un phénomène vraiment préoccupant qu’il faut continuer de combattre par tous les moyens. Il est toutefois difficile de penser qu’on peut éradiquer la contrefaçon de la monnaie dans la mesure où les outils utilisés sont le fait de l’Homme. Il faut donc mettre l’accent sur la sensibilisation des partenaires, les IMF notamment à se doter des dernières technologies de détection des faux billets au niveau des guichets. Il faut également encourager les IMF et même les banques à effectuer des enquêtes de moralités des caissières pour écarter le risque de complicité avec les faux monnayeurs.

Quid du rôle de la BCEAO dans la résolution des problèmes rencontrés, et en particulier face à celui de faux billets de banques ?

La Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) est l’institut d’émission de la monnaie de l’UMOA regroupant huit (8) Etats. A ce titre, elle joue un rôle important dans la réglementation et la surveillance du secteur financier par l’élaboration des textes régissant le secteur ainsi que le contrôle des secteurs bancaire et de microfinance. Pour le cas particulier des faux billets, la BCEAO intervient activement par la sensibilisation des acteurs notamment les banques, les IMF et les partenaires, à travers les communiqués et des séminaires y relatifs au profit des pays de l’Union. Certains réseaux de faux monnayeurs sont souvent démantelés grâce aux actions et la collaboration de la BCEAO.
Les récentes réformes entreprises par les Autorités monétaires visent à doter le système bancaire et financier de dispositifs légaux et réglementaires ainsi que de cadres institutionnels appropriés, en vue d’assurer le développement harmonieux des activités financières dans un environnement stable.
Par ailleurs, il faut surtout noter la volonté et l’engagement des pouvoirs publics à faire de la microfinance, un secteur professionnel stable et pérenne qui vise à contribuer aux objectifs de la Stratégie de Croissance accélérée et de Développement durable (SCADD) et à la réduction de la pauvreté. L’enjeu est vraiment de taille. Il s’agit en effet de trouver des solutions durables et des systèmes efficaces, pour atteindre les populations pauvres. Les opportunités sont toutefois incontestables avec l’intérêt marqué des bailleurs de fonds pour le renforcement des capacités, l’arrivée de nouveaux investisseurs, la croissance des déposants, l’innovation de services financiers et l’amélioration de la protection des consommateurs. Les informations sur l’évolution des marchés sont encourageantes, les prévisions de taux de croissance de 5,1% en 2011 et de 5,4% en 2012, la baisse provoquée de 6% de la crise financière en 2008, la stabilisation macroéconomique et l’augmentation des flux de capitaux privés, sont pour autant des indicateurs optimistes à l’expansion du secteur de la micro finance.

Entretien réalisé par Grégoire B. Bazie, Burkina Faso