Dialogue de MFW4A et de la BAD sur le secteur financier de l'Afrique Australe et Orientale - Rapport d'évènement

29 juil 2019

Le partenariat Making Finance Work for Africa (MFW4A) et la Banque Africaine de Développement (BAD) ont organisé du 25 au 26 octobre 2018 à Nairobi, au Kenya, un dialogue sur le secteur financier des pays d’Afrique orientale et australe. L’évènement s’est tenu dans la perspective de dresser un état des lieux et d’évaluer les progrès accomplis en appui à l’approfondissement et à l’élargissement du secteur financier dans ces 2 régions. Le dialogue avait également pour objectif d’examiner les contraintes qui empêchent le secteur financier de jouer pleinement son rôle de catalyseur de la croissance et de soutenir les objectifs de développement économique et social, à l’échelle nationale et régionale. Parmi les résultats principaux attendus, il était prévu que les discussions fournissent aux Banques Multilatérales de Développement (BMD) les informations et données pertinentes pour soutenir leurs stratégies d’investissement dans la région. Ont assisté à cette réunion de haut niveau des responsables gouvernementaux, des bailleurs de fonds, des institutions financières multilatérales et les parties prenantes concernées du secteur privé.

Les discussions articulées autour de 7 thématiques ont mis en évidence les progrès, les défis et les opportunités du secteur financier de la région.

Défis du secteur financier d’Afrique orientale et australe

  • Éviter la régulation excessive de l’innovation

L’innovation en matière de technologie mobile a eu un impact sur l’inclusion financière en offrant plusieurs services, notamment les transferts d’argent, le paiement des impôts, des factures, etc. La technologie, moteur actuel du secteur financier, a intégré la population non bancarisée dans le système bancaire. Depuis son introduction en Afrique, le mobile money a considérablement accru la vélocité de l’argent et a contribué à la formalisation du secteur informel. En tant que moteur de la révolution technologique dans le secteur, les Fintechs tentent d’accroître la pertinence des services financiers pour une société en constante évolution. Malgré l’élargissement de l’accès aux services financiers, le secteur financier est confronté à plusieurs défis, notamment la régulation inadéquate et l’apprentissage par la pratique. Le gouvernement et le secteur privé doivent collaborer avec les Fintechs, les banques et les autres parties prenantes pour définir le champ d’application et le contenu de chaque réglementation. Plus important encore, c’est « l’innovation qui précède la réglementation et non l’inverse ».

  • Soutenir l’adoption généralisée des paiements de Personne-à-Gouvernement (P2G) et d’Entreprise-à-Gouvernement (B2G)

Il est convenu que lorsqu’un gouvernement effectue des paiements sur un compte lié à une épargne, il permet aux bénéficiaires, habituellement les populations pauvres et défavorisées, d’accumuler du capital et, au fil du temps, d’améliorer le bien-être de la famille. En retour, numériser les paiements que les entreprises et les ménages font au gouvernement a le potentiel de réduire les fuites économiques des paiements en espèce, de réduire l’inefficacité bureaucratique, d’accroître la transparence entre les citoyens et les gouvernements et de protéger les gens de la fraude.

  • Poursuivre l’harmonisation de la régulation des marchés de capitaux

La liquidité dans la plupart des marchés de capitaux africains est généralement faible et la profondeur du commerce aussi est insuffisante. De nombreuses entreprises ont des difficultés pour entrer en bourse en raison de leur taille et ont besoin de renforcer leur capital et développer leurs capacités pour soutenir leur croissance. Le coût élevé des emprunts publics, les risques de change et la réticence des pays à soutenir la feuille de route pour l’intégration régionale du marché des capitaux en raison de préoccupations liées à la propriété et au contrôle des actifs financiers constituent d’autres défis. L’harmonisation des exigences des marchés des capitaux d’un pays à l’autre devrait être une priorité pour accroître les liquidités. Les gouvernements sont invités à inciter les entreprises à s’introduire en bourse et les autres parties prenantes devraient alimenter le réservoir d'entreprises à forte croissance dotées de programmes d'investissement et de renforcement des capacités.

  • Encourager les micro, petites et moyennes entreprises locales à entrer dans l’économie formelle

La construction de l’intégration financière doit se fonder sur l’économie formelle, mais la plupart des économies d’Afrique orientale sont en grande partie informelles ; le secteur informel contribuant à plus de 80 % de l’emploi. Il est nécessaire de soutenir les petits commerçants en créant un fonds de garantie du crédit, car la plupart d’entre eux ont accès aux prêts par le biais de prêteurs d’argent informels ou formels.

  • Élaborer une feuille de route audacieuse pour le secteur financier dans les pays en transition

Le système des paiements des pays en transition est sous-développé : la pénétration du mobile money est élevée mais l’interopérabilité y fait généralement défaut. De plus, le règlement et la compensation des transactions interbancaires ne s’effectuent pas dans les banques centrales en devise locale, et les paiements internationaux sont en grande partie effectués par l’intermédiaire des banques internationales qui font face à des défis liés à la limitation de leur exposition aux risques et aux difficultés comptables qui en découlent. Ces lacunes font obstacle à l’efficience de l’intermédiation financière et à une croissance économique solide. Les pays en transition doivent par conséquent réviser leur plan national de développement pour renforcer le secteur financier, la fonction des banques centrales et le rôle des institutions financières non bancaires. La réussite de telles économies exige la coordination de toutes les parties prenantes, au niveau interne et externe. L’investissement dans le capital humain à travers la formation par le biais de l’assistance technique est également essentiel. Développer le secteur financier des pays en transition exige aussi de baisser les coûts liés à l’environnement des affaires, d’investir dans l’infrastructure du mobile money, d’améliorer les systèmes de paiement et de s’attaquer au blanchiment d’argent et aux faiblesses institutionnelles.

  • Mobiliser la diaspora africaine pour accroître sa contribution au financement de l’économie

Les fonds de la diaspora apparaissent comme une source de financement extérieur pour le développement d’un pays, dans la mesure où ils peuvent être utilisés pour financer des projets d’infrastructure. Les flux financiers de la diaspora comprennent les transferts d’argent, les investissements directs de la diaspora, et l’investissement de la diaspora dans les marchés de capitaux. La mobilisation du capital de la diaspora nécessite la prise en compte de problèmes moins techniques. La diaspora africaine est très sceptique et manque de confiance dans les gouvernements de leurs pays d'origine quant à l'utilisation appropriée du capital mis à leur disposition. La démonstration de la bonne gouvernance dans la gestion des fonds est essentielle lors de la mobilisation des fonds de la diaspora. En outre, les diasporas sont confrontées à d'énormes asymétries d'information concernant les opportunités d'investissement ou les instruments d'investissement financier disponibles. Il est impératif que les pays se concentrent sur les incitations visant à attirer les fonds de la diaspora et s'appuient également sur les réseaux de la diaspora pour combler le déficit d’information autour des opportunités pouvant exister dans leur pays d'origine.

  • Coordonner les efforts isolés pour des activités centrées sur les données

Le rôle des données est essentiel pour influencer positivement les décisions stratégiques. Il est nécessaire de mettre en œuvre de grands projets d’infrastructure de données afin d’améliorer la gestion des risques et des flux financiers transfrontaliers, sous la direction des Institutions de Financement du Développement (IFD) avec l’appui des gouvernements locaux. La construction d’un centre régional de données en Afrique est aussi une nécessité en raison de l’absence de données sur les PME en Afrique.

  • Renforcer les capacités pour des projets verts

Plusieurs défis affectent le financement du climat en Afrique : les faibles capacités des institutions locales soutenant le financement du climat, l’absence des données adéquates et requises pour impacter la croissance du secteur, une part plus importante de projets publics, l’absence d’instruments adaptés. La transition vers des projets de croissance verte nécessitera un certain degré de soutien et des initiatives ciblées pour exploiter efficacement les marchés de carbone. Il est vivement recommandé de mener des séances de formation auprès du secteur privé sur le financement du climat.

  • Accroître le rôle de l’assurance pour soutenir l’économie réelle

La pénétration de l’assurance dans la région est faible, entre 1 % et 3 %. L’adoption de l’assurance reste faible en Afrique, principalement en raison de l’asymétrie d’information entre l’assureur et l’utilisateur final. L’assurance soutient la croissance économique à travers quatre piliers : (i) le gouvernement, (ii) son impact sur la demande, à travers la valeur perçue par les clients vis-à-vis des services d’assurance et la satisfaction de leurs besoins (iii) son impact sur l’offre, dans la mesure où les sociétés d’assurance doivent proposer des produits qui répondent aux besoins et, (iv) le grand public, qui a besoin d’être informé sur la valeur de l’assurance. Le plaidoyer et le renforcement des capacités sont les clés. Des efforts sont faits pour promouvoir l’assurance agricole et apporter une couverture aux PME. Il est nécessaire que les gouvernements s’impliquent davantage pour développer l’assurance agricole.

  • Adopter des réglementations plus fortes pour protéger les consommateurs

L’un des défis majeurs à relever pour rendre l’inclusion financière effective en Afrique repose sur le développement de produits numériques appropriés pour répondre aux besoins de la population tout en respectant les réglementations locales. L’inclusion financière a un impact sur le recours aux services financiers dont l’accès à moindre coût doit être une réalité. Elle a trait également la pauvreté tout en favorisant la croissance économique. Il existe certains risques associés à l’expansion numérique du crédit. La protection du consommateur doit être la clé du développement de la finance numérique, comme instrument stratégique d’inclusion financière et de croissance économique. Il est nécessaire de mettre en place une réglementation dont le but est de remédier aux conséquences non surveillées des services financiers mobiles, comme le surendettement.

  • Développer des programmes d’éducation financière

L’ éducation financière est essentielle pour améliorer l’intégration régionale à travers le secteur financier. Les gouvernements et les acteurs du marché doivent allouer des fonds aux programmes de sensibilisation du consommateur et d’éducation financière. Les Opérateurs de Téléphonie Mobile (OTM) et les sociétés de mobile money peuvent partager leurs infrastructures pour réduire les coûts et une part de l’épargne collectée peut être utilisée pour financer les programmes d’éducation financière. Les plateformes existantes, comme les plateformes de téléphonie mobile, peuvent être utilisées pour sensibiliser les populations sur les avantages et les défis de l’inclusion dans le système financier. Outre l’éducation des utilisateurs finaux, les programmes de développement doivent inclure une réglementation spécifique pour garantir la protection du consommateur.

Conclusion

Les institutions de financement du développement (IFD) ont un niveau élevé d’implication sur le continent. Elles continueront à faire des investissements dans les secteurs d’activité économique et dans les pays de la région, qui autrement n’attireraient pas des volumes significatifs de capitaux. Les IFD s’engagent également à soutenir les initiatives de transformation structurelle et élargir l’accès au financement à long terme.


Rapport et Présentations

Le rapport de l'évènement est téléchargeable ici.

Quelques présentations faites lors de ce dialogue régional sont également disponibles ci-dessous:

- Financial Sector Development in Post-Conflict: Case of Somalia (EN)

- De-risking the Real Economy through Insurance (EN)

- AfDB Climate Finance Strategic Framework (EN)

- Diaspora Investments in Developing Country Capital Markets (EN)

- Developing SSA's Capital Markets (EN)