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Monetary Unions in Africa

Oct 01, 2010
Quelle est la meilleure manière de créer un espace monétaire pour l'Afrique, et quelles sont les zones monétaires optimales sur le continent ? La question est particulièrement pertinente au moment où l'Afrique envisage de se doter d’un système monétaire continental, pendant que l'euro – symbole du principal exemple d'union monétaire dont pourraient s’inspirer les hommes politiques africains - subit des pressions et des tensions découlant de l’inachèvement de sa construction.


Quels enseignements peut-on tirer des précédentes unions monétaires, que ce soit en Afrique (la zone shilling en Afrique de l'Est, par exemple) ou ailleurs ? Pourquoi les zones franc d’Afrique centrale et occidentale francophone fonctionnent-elles bien, et pourquoi un dispositif analogue ne serait-il pas possible pour les États anglophones de la région ? Pourquoi la zone rand fonctionne-t-elle bien, et pourquoi le Botswana n’en est-il pas membre ? Les économies de petites tailles en Afrique devraient-elles s’efforcer de maintenir des monnaies indépendantes ? Que gagnent-elles ou que perdent-elles en le faisant ? Ce sont là autant de questions d’actualité sur lesquelles les faiseurs d’opinion devraient contribuer au dialogue politique en Afrique, mais qui exigent au préalable une bonne compréhension des enjeux.

Les avantages d'une union monétaire sont bien connus. Une union monétaire peut promouvoir les échanges commerciaux, et encourager la concurrence régionale à la fois entre les membres de l'Union et en leur sein. Elle réduit les coûts associés à la conversion des monnaies et à l'incertitude des taux de change. Elle crée, pour la monnaie unique, un secteur bancaire plus large et donc potentiellement plus profond et plus résilient, elle permet des économies d'échelle dans les activités de banque centrale et offre des possibilités d'optimiser la politique monétaire. ###SUITE###

Cependant, une union monétaire présente aussi des inconvénients, surtout si les États y entrent à des stades de développement ou de maturité budgétaire et monétaire différents. Outre le problème, largement connu, de trouver une politique monétaire commune qui sied à tous les membres, une union monétaire peut éprouver des difficultés si les États membres ont des taux d'inflation optimaux différents, ou sont exposés au risque de chocs exogènes asymétriques. Les États membres peuvent également entrer dans l’union avec de fortes disparités de situations budgétaires, pour avoir accumulé à la fois des dettes et des déficits budgétaires. Dans ces conditions, il peut s’avérer difficile d'harmoniser et de gérer les situations budgétaires des États membres dans l’intérêt commun. Parmi les difficultés, il en est de plus subtiles, notamment le risque de resquillage, par lequel des États membres plus faibles peuvent profiter de la crédibilité de l'union monétaire pour appliquer des politiques sous-optimales ou pour éviter de réformer leurs économies, sans oublier l’omniprésent risque de détournement des courants commerciaux, qui ferait que l'union monétaire dans son ensemble deviendrait une économie plus fermée, n’entretenant des échanges commerciaux qu’en son sein par commodité, avec à la clé de la stagnation, là où l’on se serait attendu au développement de marchés extérieurs et à l’ouverture continue aux idées nouvelles.

En général, les unions monétaires semblent le mieux fonctionner quand les États membres sont des économies ouvertes, avec des bases d'exportation bien diversifiées et une grande mobilité de la main-d’œuvre aussi bien au sein des États membres qu’entre eux, et quand il existe une volonté politique qui aille au-delà du simple partage de souveraineté monétaire pour sous-tendre et renforcer la structure monétaire. Le bon fonctionnement de l’union monétaire est également favorisé par la prévalence de taux d'inflation bas et stables au moins dans les grands États membres. Mais, pour un grand nombre de pays africains, ces conditions restent dans l’ordre des aspirations, plutôt que des faits bien établis : de nombreux pays, par exemple, en sont encore à construire leurs marchés du travail internes, et la mobilité de la main-d’œuvre entre les États est très limitée.

En cherchant à déterminer les régions africaines mûres pour une union monétaire, il est important de reconnaître que les unions monétaires peuvent prendre différentes formes. Certaines sont composées de petits pays qui empruntent la monnaie et, se faisant, la crédibilité d'un pays plus grand et plus développé. La zone rand est une très bonne illustration de ce type d'union monétaire. De manière générale, de telles unions marchent, parce que le pays pivot est capable de maintenir une monnaie forte au profit de tous les membres. Mais, en Afrique, il existe très peu d’autres cas potentiels de ce type d'union.

D'autres formes d’union monétaire sont constituées de pays politiquement liés entre eux à travers des attaches communes à un pays tiers et une assistance que celui-ci leur fournit ; les zones FCFA en Afrique francophone en sont un exemple. Elles reposent sur l’héritage et les liens communs avec la France. Mais, là encore, rares sont les autres cas potentiels de ce type d'union.
Enfin, il y a l’union monétaire qui fait partie d’un processus politique d’union entre des États souverains. C’est le type d'union monétaire le plus difficile à créer et à pérenniser, mais il est réalisable ; en témoigne, l’unification à la fois des États politiques et des systèmes monétaires de l'Italie et d'Allemagne au XIXe siècle en Europe. Mais, lorsqu’une telle union politique éclate, l’union monétaire suit aussitôt, comme le montre le sort du rouble soviétique, du dinar yougoslave et de la couronne tchécoslovaque, la monnaie commune de la République tchèque et de la Slovaquie.

Il y a donc matière à réfléchir dans la construction d'une union monétaire. Celle-ci présente des avantages considérables, mais aussi des risques ; de sorte que une union mal construite peut être plus néfaste que l’absence d’union, et peut même retarder la réalisation du projet plus ambitieux d'une union politique plus large des nombreuses et diverses communautés africaines. Le rêve de l'union monétaire est certes séduisant, mais les politiciens seraient mieux inspirés d’y aller lentement, afin d’éviter de construire à la hâte pour le regretter par la suite. John Nugée est le directeur général de Official Institutions Group à State Street Global Advisors, un cabinet qui fournit des services complets de gestion des actifs.

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