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The continuing need for innovation to expand access to financial services

Sep 17, 2010
Si le téléphone mobile est en train de transformer la prestation de services financiers en Afrique, la nécessité d’innover n’en demeure pas moins d’actualité. De plus en plus, il nous faut trouver des moyens d’encourager l'innovation dans des secteurs difficiles, quitte à accorder des incitations plus élevées que ne l’’auraient souhaité les bailleurs de fonds. Mais cette largesse peut se justifier par le nécessaire soutien à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté.
Il est heureux que l’on continue de prendre conscience de la nécessité d’innover pour élargir l'accès aux services financiers en Afrique et ailleurs. Cette prise de conscience concerne logiquement en grande partie la technologie de la téléphonie mobile. Celle-ci change en effet la donne, et nous ne vivons probablement que les prémisses de la révolution que cette technologie apportera à la prestation des services financiers à l'avenir. Toutefois, nous devons également favoriser d’autres formes d’innovation. Le moment est peut-être venu d'intensifier notre soutien à l'innovation dans d'autres domaines, notamment les secteurs difficiles tels que le financement des PME, du logement et l'agriculture, ainsi que dans des secteurs qui, traditionnellement,
ne semblent pas s’adresser aux
plus démunis. De nombreux marchés africains regorgent de quasi-pauvres, dont les besoins financiers vont au-delà du simple transfert d'argent et des services d'épargne, et qui n'ont actuellement accès ni à un crédit abordable, ni aux pensions (ni à d'autres formes de produits d'épargne à long terme), ni à l'assurance. Ces personnes ont un accès aux services financiers en ce sens qu’elles peuvent ouvrir un compte bancaire de base ou utiliser le service de transfert d’argent par mobile ou M-Pesa. Mais, c’est une forme d’accès qui est trop restreinte pour une personne qui envisage de construire une maison, d’acquérir des outils agricoles ou simplement de constituer un capital pour un investissement ultérieur.
###SUITE### Si nous ne soutenons pas l'innovation dans ces domaines, non seulement nous allons nous priver d’opportunités économiques, mais nous laisserons également penser que le travail d'amélioration de l'accès aux services financiers est accomplie dès lors que l’on a mis en place des produits d'épargne de base et des mécanismes de transfert d’argent fiables et efficients pour les personnes qui en veulent. Certes l’introduction de ces produits et mécanismes serait une grande réalisation en soi, quand on sait d’où l’on vient, mais elle ne saurait constituer un objectif suffisant
pour la politique d’inclusion financière d’un pays.
Il existe déjà des déficits criards dans l’offre de certains types de financements destinés à des couches sociales qui peuvent probablement accéder à des services financiers de base, grâce à l’expansion croissante des services de transfert d'argent par mobile, mais qui ne peuvent rien obtenir en plus. Par exemple, de plus en plus de recherches attirent aujourd’hui l'attention sur le «chaînon manquant» dans le financement des PME et du logement
: il s’agit essentiellement du vide entre la microfinance et /ou les subventions (à la base) et l’approvisionnement durable du marché (au sommet).
Il est bien connu que l'agriculture souffre particulièrement du manque de financements officiels. En Tanzanie, seuls 12 % des prêts bancaires sont destinés à l'agriculture, en dépit du fait que ce secteur représente 80 % de la population active.
Cette situation tient en partie au fait que nous avons tendance à considérer l'accès bancaire comme le principal paramètre de l’inclusion financière. Cette manière de voir peut masquer le véritable degré d’inclusion des marchés financiers. Au Nigeria, par exemple, alors qu’environ un quart de la population a un compte bancaire, moins de 15 % de ces personnes peuvent se permettre de prendre un prêt, même si elles y sont admissibles. Si certaines d’entre elles peuvent n’avoir besoin de services financiers que pour avoir un lieu où garder leur argent, beaucoup désirent plus que cela, et nous devons les y encourager. C'est ce qui fait la différence entre l’accès et l’accès efficace. Dans l'ensemble, les bailleurs de fonds ont toujours eu le souci que leurs ressources soient utilisées au profit des plus pauvres et beaucoup ont pour cibles les groupes de population n’étant pas à même d’ouvrir un compte bancaire. Évidemment, nous avons le devoir de respecter cette prescription. Toutefois, il existe un argument solide, fondé sur le soutien à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté, qui milite en faveur d’une vision plus large des domaines où le soutien à l’innovation est justifiable.



Si certaines innovations sur les marchés financiers ont véritablement marqué une rupture (les services financiers via la téléphonie mobile en sont un exemple récent), la plupart sont très graduelles. La dynamique du marché fait que les fournisseurs recherchent presque toujours et en premier lieu les possibilités qui semblent les plus aisées et les plus rémunératrices, ce qui signifie que ce n’est que progressivement qu'ils évoluent vers le «chaînon manquant». L’enjeu du soutien à l'innovation par des incitations appropriées
touche autant l’accélération de ce type de changement progressif (faire reculer plus rapidement la frontière de l’accès) que la contribution au déclenchement d’une transformation radicale de la manière dont les services financiers sont assurés. De fait, surtout maintenant que la révolution de la téléphonie mobile est arrivée, on peut considérer avec une relative assurance qu’il n'y aura plus d’autre processus de transformation analogue. Même si la technologie de la téléphonie mobile a facilité la tâche aux fournisseurs qui ont ainsi pu desservir de manière rentable les secteurs difficiles, on peut encore s’attendre à les voir s’entourer de beaucoup de précaution quand il s'agira de prêter aux petites entreprises ou aux associations d'agriculteurs. La téléphonie mobile peut faciliter le paiement des primes d'assurance, mais si les populations ont toujours des revenus intermittents, honorer régulièrement ces paiements contractuels restera aussi difficile qu’avant. Dans ces secteurs plus difficiles, les bailleurs de fonds devraient sans doute envisager de fournir des incitations plus élevées qu’ils n’auraient souhaitées dans la situation idéale. Il nous faudra encore donner des subventions, nous aurons encore besoin de concurrence et de fonds spécialisés. La solide croissance économique en cours dans une bonne partie de l'Afrique est une très bonne occasion que les États et les bailleurs de fonds se doivent d’exploiter pour renforcer leur soutien à une innovation axée sur les besoins du marché grâce à ce type de mécanismes. Toutefois, nous devons veiller à ce que les incitations mises en place, quelles qu’elles soient, ne servent pas simplement à atténuer temporairement les risques encourus par les prestataires de services, mais contribuent effectivement à changer durablement leur compréhension de la manière de s’y prendre pour saisir ces nouvelles chances. Mark Napier est un consultant indépendant installé à Londres, et spécialisé dans le domaine de l’accès aux services financiers en Afrique.

Il est le responsable de la publication d’un nouveau livre intitulé “Real Money, New Frontiers” (Juta), un recueil d’études de cas sur l’innovation financière en Afrique.

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