Micro finance au Burkina : Vers plus de professionnalisme dans le secteur

18 juil 2011

Avec l’entrée en vigueur de la nouvelle loi portant réglementation des Systèmes financiers décentralisés (SFD) au Burkina Faso, l’on s’achemine, plus ou moins, vers l’assainissement du secteur, confronté, jusqu’ici, à un certain nombre de difficultés.

En effet, les efforts d’accompagnement à la filière
ces dernières années de l’Etat et des partenaires, aidés en cela par un contexte mondial particulièrement propice, a contribué à une multiplication des acteurs. A titre illustratif,
le nombre des IMF sur l’ensemble du territoire est passé de 232 en 2000 à 330 en 2006. Cette prolifération d’intervenants n’est pas sans conséquence. « Cette croissance a posé parfois des capacités de gestion et de gouvernance. D’où la nécessité d’avoir une réglementation appropriée pour sécuriser un secteur susceptible d’exploser à tout moment », notait, en octobre 2010, Daouda Sawadogo, directeur général de la Fédération des caisses populaires du Burkina (FCPB).

Votée le 14 mai 2009 par l’Assemblée nationale et promulguée le 30 juin de la même année par décret présidentiel, la loi tant souhaitée est en vigueur depuis le 30 juin 2011. Les acteurs concernés disposaient d’une période transitoire de 2 ans pour s’y conformer.

Deux poids, deux mesures

Pour rappel, la nouvelle disposition fait obligation, à tout intervenant du domaine de la micro finance, de disposer d’un agrément en bonne et due forme pour exercer. Auparavant, ce n’était pas nécessaire, avec d’un côté des structures travaillant avec des agréments et de l’autre, des organisations munies de conventions comme document de base. Cela faisait une sorte de deux poids, deux mesures, surtout que les institutions de micro finance (IMF) proposaient généralement les mêmes services : épargne, crédit.

A ce jour, du point de vue de la possession des agréments, des avancées ont été enregistrées. En effet, elles sont les nombreuses les structures qui, dans l’optique de l’application de la nouvelle réglementation, se sont mises en règle ou ont entamé les démarches requises afin de continuer à exercer l’activité. Ainsi, à la date du 20 juin 2011, 15 dossiers de demande d’agrément étaient encore sous traitement à la direction de la micro finance du ministère de l’Economie et des Finances. Evidemment, certaines organisations, notamment celles qui ne pouvaient pas répondre aux exigences légales, ne se sont pas exécutées. Conséquence, l’on note une baisse du nombre des structures de micro finance reconnues dans le pays. Aujourd’hui, le nombre est estimé à 263 contre 330 structures en 2006.Cependant, l’arbre ne doit pas cacher la forêt.

Des institutions peu respectueuses de la réglementation

Et l’on ne peut que
parler de début d’assainissement avec ce resserrement numérique. Le plus important reste à faire parce que la possession de l’agrément ne garantit pas forcément le professionnalisme, vu que la majorité des institutions de micro finances étaient détentrices du document avant l’adoption même de la nouvelle disposition.

Perpétue Coulibaly, directrice exécutive de l’Association professionnelle des systèmes financiers décentralisés du Burkina Faso (APSFD-BF), en sait quelque chose. «Certaines institutions ont l’autorisation d’exercer mais ne respectent pas la réglementation. Ainsi, les gens, bien que disposant de procédures gestion, ne font pas le travail. Et ces institutions n’ont pas mis en place un système de contrôle interne pour pouvoir détecter à temps ce qui ne va pas pour pouvoir y remédier», indique - t-elle. Comme quoi, le plus dur ne fait que commencer.

La directrice nationale de la micro finance, Yvette Djigma,
a été certes très claire sur l’objectif de la nouvelle réglementation, à savoir assainir le secteur afin de lui permettre de contribuer significativement au développement et à la lutte contre la pauvreté dans le pays. Mais, une chose est de se doter d’un instrument juridique et l’autre, c’est de l’appliquer.

Le rôle de l’Association professionnelle

Conscient du défi, les pouvoirs publics ont songé à réunir un certain nombre de moyens pour y parvenir dont l’implication dans le jeu de l’Association professionnelle des systèmes financiers décentralisés du Burkina Faso (APSFD-BF), à laquelle toutes les institutions de micro finance exerçant sur le territoire national ont maintenant obligation d’adhérer après l’acquisition de l’agrément. Ainsi institutionnalisée, l’APSFD-BF devrait jouer un rôle important, en tout cas, plus que par le passé, dans l’application de la loi 023-2009/AN du 14 mai 2009, à travers notamment la sensibilisation et la formation de ses membres.

Le cas échéant, les Systèmes financiers décentralisés contrevenants
s’exposeraient naturellement à la rigueur de la nouvelle réglementation.

« Avec l’application de cette
loi, les SFD sont obligés de se professionnaliser s’ils veulent être rentables et viables. Ainsi, les structures qui ne seraient pas à mesure d’assurer leur viabilité sur le long terme seront
appelées à disparaître pour laisser la place à celles qui sont performantes. Quand on parle de professionnalisation, on suppose une modernisation des outils de travail, une main d’œuvre qualifiée, une gestion rigoureuse et efficiente, une diversification des services financiers en intégrant les nouvelles technologies comme « le mobile- banking » ou la banque à distance et la création de produits destinés au financement du monde rural et des PMI/PME », prévient la directrice
Djigma.
En tout état de cause, « Nul n’est censé ignorer la loi », dit-on.

Grégoire B. Bazie, Burkina Faso