Le réseau tanzanien de capital-risque (Tanzania Venture Capital Network)

08 nov 2017
Dans cette interview, Salum Awadh, fondateur du réseau tanzanien de capital-risque, explique les raisons ayant motivé la création du réseau, son champ d'action et d'activités, ainsi que les défis et opportunités de l'industrie du capital-risque en Tanzanie. Q1. En quoi consiste le Réseau de Capital-Risque de Tanzanie (Tanzania Venture Capital Network)
et qu'est-ce qui vous a conduit à le mettre en place
?

Salum Awadh (SA): Le réseau Réseau de Capital-Risque de Tanzanie est un projet à but non-lucratif destiné à promouvoir la croissance et le développement du capital-investissement et du capital-risque en Tanzanie, en tant que sources alternatives de capitaux pour les entreprises. Bien qu'il existe plus de 50 banques, les petites et moyennes entreprises continuent à avoir un accès restreint aux financements bancaires, et lorsqu'elles y arrivent, les financements sont chers et sélectifs, marginalisant ainsi les projets considérés
comme risqués malgré leur fort potentiel, qui pourraient intéresser les entreprises de Capital-Investissement / Capital-Risque (CI/CR).

Q2. Qui en sont ses membres, ses fondateurs
?

Ce réseau n'est pas actuellement basé sur le principe d’adhésion de membres. Il a été créé par SSC Consulting, une société de conseil qui travaille en tant qu'intermédiaire en Tanzanie et dans la région avec des entreprises de CR du monde entier. Cependant ce réseau travaille en étroite collaboration avec des associations professionnelles, des fournisseurs de services financiers, des partenaires du développement et des personnes physiques intéressées.

Q3. Que fait plus précisément le réseau ? Quelles sont ses réalisations les plus récentes
?

Ce réseau est focalisé sur cinq (5) grands domaines d'activité, dont la formation, la sensibilisation, l'organisation d'événements, le réseautage, la publication et la dissémination de publications sectorielles ainsi que et le plaidoyer. Notre plus récente réalisation a été le lancement d'un guide de levée des fonds de CI/CR, destiné à aider les PME à comprendre les processus et les implications de l’accès effectif aux fonds de CR.

Q4. Qu'est-ce que ce réseau cherche à réaliser
? Quels problèmes résolvez-vous
?

Ce réseau a pour objectif de combler le déficit d'accès à la finance pour les PME en Tanzanie en mettant en place un environnement favorable à l’allocation des capitaux relevant du CR, et renforcer les capacités des PME locales afin de s’assurer qu’elles sont adaptées au CR.

Q5. Quel est l'environnement tanzanien en matière d’accès au financement et en quoi le capital-risque peut-il constituer une autre solution
?

Les derniers rapports mondiaux sur la compétitivité indiquent que l'accès à la finance est le domaine le plus pénalisant pour les affaires en Tanzanie. Ce difficile accès au financement, combiné aux taux d'intérêt élevés qui sont facturés par les banques et les institutions de microfinance nuit à la croissance de nombreuses PME. Nous pensons que le capital-risque, en tant que capital patient et à risque, peut libérer le potentiel des PME. Q6. Quelles sont les faiblesses des financements issus du capital-risque en Tanzanie ? De notre point de vue, elles se situent principalement au niveau de la demande. Je ne vois pas de difficultés au niveau de l'offre parce qu'il y a environ 1,4
milliards de dollars potentiels sous la forme de "
titres négociables
" de CR présents dans la région et en attente de projets. La plupart des entreprises locales sont des entreprises familiales, d'autres ne souhaitent pas un apport de CR et les entreprises restantes ne comprennent pas le fonctionnement du CR. Q7. Quels problèmes légaux et réglementaires est-il nécessaire de résoudre pour liberer le potentiel du CR en Tanzanie
?

Notre préoccupation au niveau du cadre juridique et réglementaire est double
: premièrement, nous souhaitons que dans le droit des sociétés, il soit possible de mettre en place une structure de partenariat limité, indispensable pour créer un fond de CR local, ainsi que des sociétés de CI/CR, sauf pour celles domiciliées à l'étranger bien qu'exerçant en Tanzanie. Deuxièmement, nous souhaitons également que les fonds de pension soient autorisés à investir dans les classes d'actifs de type capital-risque.

Q8. Comment travaillez-vous avec les fonds de pension locaux et quels sont les obstacles à une mobilisation de l'épargne et des ressources locales sur des projets de capital-risque en Tanzanie
?

Actuellement la réglementation des investissements permet aux fonds de pension d'investir dans des titres non cotés au travers d'actions ordinaires et privilégiées. Ceci permettrait aux fonds d'investissements d'investir dans des classes d'actifs relevant du capital-investissement mais la section 18 de la même réglementation interdit explicitement les investissements dans les classes d'actifs de type capital-risque. Une fois ce problème résolu, c'est un domaine dans lequel, nous pourrions travailler en étroite collaboration avec les fonds de pension en tant qu'investisseurs institutionnels potentiels pour soutenir les fonds de CR locaux. Q9. Comment la réglementation du CR a-t-elle évolué en Tanzanie
?
Il n'y a pas eu de tentative systématique ou plutôt,il n’y a pas eu d'effort de promotion de l'introduction d'une réglementation du CR, qui n'existe pas actuellement. Q10. Quelle est votre expérience du financement et du capital-risque dans la région d'Afrique de l'Est
?

Le réseau de capital-risque Tanzania Venture Capital Network est une initiative de SSC Consulting, entreprise de conseil qui fonctionne depuis maintenant 7
ans et qui a levé plus de 400
millions de dollars US
dans divers secteurs.

Salum Awadh est un consultant spécialisé dans la stratégie et le secteur financier. Il est basé en Tanzanie, son champ d'activités couvre la région de l'Afrique de l'est, et bénéfice de sept (7) années d'expérience professionnelle dans le conseil en investissement, dans l'entrepreneuriat, dans la gestion, dans la finance, dans le capital-investissement, dans le capital-risque, dans la gestion des risques, dans la recherche et dans la formation. Son protefeuille de clients est diversifiée et composé d'institutions gouvernementales, d'entreprises privées, d'investisseurs internationaux, de PME et d'institutions à but non lucratif dans divers secteurs en Tanzanie. Il travaille également comme conseiller en investissement, en aidant les sociétés tanzaniennes à lever des fonds propres et des capitaux auprès de sociétés de capital-investissement et de capital-risque à l'échelle régionale et mondiale. Il conseille également ses clients sur les opérations de cessions, la structuration de leurs investissements et les fusions et acquisitions. Il est titulaire d'un MBA de l'Université de Dar es-Salaam, d'une certification d'analyste agréé en investissement international, et il est également certifié par la CNUCED en tant que formateur en entrepreneuriat.