Le programme PME pour l'Afrique

24 oct 2017
La semaine dernière, j'ai eu une conversation téléphonique avec un banquier en Guinée. Nous parlions du financement des PME et il m'a dit: « Lorsque nous prêtons à une PME, nous demandons une garantie d'au moins 70% ». A l’évidence, la pensée naturelle qui en découle est que: « si quelqu'un avait déjà plus de 70% de la valeur d'un prêt comme actif, pourquoi aurait-il besoin d'un prêt? ». C'est un problème auquel les entrepreneurs à travers l'Afrique font face quotidiennement. Sur un continent où le niveau de risque politique est fortement élevé (en témoignent les récentes manifestations soudaines au Togo, la situation politique tendue en République Démocratique du Congo (RDC) qui pourrait s’aggraver à tout moment dans la violence, les attaques au Sahel - la liste est longue), les banques sont
naturellement attentives au risque. De surcroît, prêter aux petites entreprises sans antécédents de crédit ne semble pas être une bonne proposition. Le problème avec ce point de vue est que les PME, vitales pour l'économie africaine, sont largement négligées. Une étude réalisée par la SFI et McKinsey a établi que les PME représentent 58% des emplois en Afrique et contribuent à hauteur de 33% du PIB du continent. Priver cette catégorie d’acteurs de financement est gravement préjudiciable aux perspectives de croissance économique en Afrique, à la réduction de la pauvreté et à la création d'opportunités de croissance plus inclusive
; et c’est la raison pour laquelle les PME revêtent une importance toute particulière dans la problématique du développement. La BAD, dans le but d'aider à résoudre ce problème, a créé le Programme PME pour l'Afrique: Africa SME Program. Ce programme a créé un fonds de financement (125 millions USD à démarrer) spécifiquement destiné à fournir des prêts aux petites et moyennes institutions financières (IF) de niveau 2 et 3 en Afrique, qui les rétrocèdent ensuite aux PME. Fondamentalement, ce financement est également associé à une assistance technique (AT) pour aider les IF bénéficiaires à accroître leur capacité à prêter aux PME. Concrètement, cela implique souvent de former les responsables de crédit et l'équipe de gestion des risques des banques afin qu'elles puissent mieux évaluer le risque réel des PME et démystifier le mythe selon lequel ces prêts constituent toujours un investissement risqué qui ne peut être fait qu’avec des garanties importantes. Les IF peuvent également choisir d'offrir de nouveaux produits mieux adaptés et diversifiés à leur clientèle de PME. De plus, les clients des PME peuvent obtenir une formation en «littératie financière» et en «gestion d'entreprise» si cela améliore leurs propositions de prêts aux IF. À ce jour, le Programme PME pour l'Afrique a fourni près de 60 millions de dollars de financement à neuf (9) IF à travers l’Afrique. Les zones géographiques et les types d'institutions-bénéficiaires ont été diversifiés. Des prêts ont été accordés à des institutions au Burkina Faso, en Mauritanie, au Mozambique, au Nigéria, au Rwanda, en Sierra Leone, au Swaziland, en Tunisie et en Zambie. Les IF comprenaient des banques traditionnelles et des sociétés de crédit-bail ainsi que des institutions de microfinance et de développement (disposant de portefeuilles de PME). De même, ces lignes de crédit ont profité à un large éventail de secteurs, notamment ceux qui sont prioritaires pour le développement dans le cadre de la stratégie Top 5 de la BAD: agriculture et agroalimentaire, industrie légère, transports, communications, santé et éducation. Ces domaines d'activité sont essentiels pour le développement de l'Afrique et le programme pour les PME prouve que l'accès à des financements, même limités, peut permettre de résoudre les problèmes des entreprises en pleine croissance. Parmi les bénéficiaires des fonds alloués par ce programme de la BAD figurait une entreprise de transformation de la viande au Burkina Faso, qui a pu développer son activité, passant de six à 22 employés. Dans un pays qui dépend fortement de l'agriculture et qui est habitué à exporter du bétail, cette entreprise a ajouté à la chaîne de valeur le traitement local de la viande et a maintenant décidé d'exporter vers la région. Un autre emprunteur était juste une petite clinique au Sahel. Après un prêt rendu possible par le financement de la BAD, ils ont pu construire une salle d'opération pour effectuer des chirurgies et démarrer un service d'urgence 24 heures sur 24. L'expansion a été si réussie que la clinique a signé un contrat avec l'Organisation internationale pour les migrations dans le but de traiter la majorité des migrants revenant de Libye. Une troisième entreprise, une entreprise de transport par autobus, a utilisé son financement pour acheter davantage de bus et proposer de nouvelles destinations afin de relier le sud du Mozambique au centre et au nord du pays, rendant ainsi possibles des services de transport indispensables tout en facilitant les liens économiques entre les régions. Ce ne sont là qu'un petit échantillon de certains des résultats à ce jour, et si nous les multiplions par les milliers de petites et moyennes entreprises touchées par le programme, il est évident que le financement axé sur les PME peut avoir un impact positif très réel. Enfin, le volet assistance technique (AT) du programme a également eu un impact durable. Les bénéficiaires de la formation dispensée par l'AT, financée par le Fonds pour le développement du secteur privé africain (FAPA), ont fait état d'un regain de confiance et d'une capacité accrue à analyser les demandes des clients des PME. Dans certains cas, ils ont été en mesure d'introduire de nouveaux et meilleurs produits de prêt, et grâce aux méthodes améliorées d'évaluation du crédit, ils pourraient également réduire les exigences de garantie, attirant ainsi davantage de clients. Grâce à une meilleure sélection et des produits adaptés, les portefeuilles de prêts de meilleure qualité se sont également améliorés, ce qui a accru davantage les activités des banques concernées. De nombreuses institutions ont également bénéficié d'une aide pour créer des cadres de gestion environnementale et sociale, qui ne sont pas encore assez développés dans la sphère des petites institutions financières africaines. Ce renforcement des capacités aura un effet durable au fur et à mesure que ces institutions se développeront et atteindront de plus en plus d'entrepreneurs africains. Pour plus d’informations à propos du programme PME pour l'Afrique (Africa SME Program), veuillez visiter le site web dédié http://sme.finance.afdb.org/fr ou contacter le coordinateur du programme à l’adresse suivante: j.lange@afdb.org.
Jonathan Lange est le coordinateur du programme PME pourl'Afrique de la BAD depuis le printemps 2017. Il croit fermement au pouvoir de la finance et du secteur privé dans la stimulation de la croissance économique et la réduction de la pauvreté. Avant de rejoindre la BAD, Jonathan a vécu plusieurs années en Tunisie, où il a travaillé comme directeur d'une ONG américaine de développement et comme professeur de comptabilité et de finance. Il est passionné par l'apprentissage des langues et l'expérience de différentes cultures et parle le français, l'arabe et le portugais en plus de son anglais natif. Jonathan est titulaire d'une Licence et d'un Master de l'Université de Chicago et d'un MBA de l'Université du Texas à Austin. Il est également analyste financier agréé et expert-comptable.