Kenya : faibles rendements des fonds de pension dans un environnement d’investissements transfrontaliers limités

02 mai 2017

Les fonds de pension ont beaucoup de difficultés à réaliser des investissements transfrontaliers à cause des interférences d’ordre politique.

L'un des enseignements majeurs du forum panafricain sur les fonds de pension qui s'est tenu à Nairobi la semaine dernière, se rapporte au fait que ces institutions financières ont beaucoup de difficultés à réaliser des investissements transfrontaliers à cause des interférences d'ordre politique. En effet, les fonds de pension en Afrique investissent significativement dans des entreprises peu attrayantes liées à l'actionnariat public, ce qui limite leur profitabilité et l'efficacité de leur contribution au développement économique. Le forum a également révélé que la plupart des administrateurs de fonds de pension sont soumis à des influences politiques, rendant ainsi difficile l'innovation en termes de produits financiers et de stratégies d'investissement. Par ailleurs, les investissements transfrontaliers des fonds de pension sont souvent perçus comme antipatriotiques. David Ashiagbor, coordinateur du partenariat Making Finance Work for Africa (MFW4A), a affirmé qu'il fallait réviser le cadre politique afin de faire émerger un régime d'investissement alternatif pour les fonds de pension. " Bien que les lois autorisent les investissements transfrontaliers, aucun fonds de pension ne prendrait le risque d'investir les fonds sous gestion dans un pays voisin, du moment où cela est considéré comme antipatriotique. Cet état de fait leur a permis d'orienter des volumes importants de liquidité dans des produits à faible taux d'intérêt au détriment d'investissements à rendement élevé comme les projets d'infrastructure ", a-t-il déclaré. La plupart des fonds de pension sont autorisés à investir sur les marchés financiers et dans les titres de dette publique, mais ils doivent consulter le régulateur quand il s'agit de projets d'investissement dans d'autres secteurs; exposant ainsi les administrateurs de ces fonds à plus de surveillance des autorités de régulation relativement à leurs dépenses et investissements. Les participants au forum ont aussi évoqué le fait que de nombreux fonds de pension ont enregistré des pertes après avoir investi à la bourse de Nairobi, dont les performances ont été particulièrement mauvaises durant ces dernières années. Les coûts élevés des emprunts internationaux de certains gouvernements africains sont également jugés préoccupants en termes de soutenabilité et d'efficacité pour leur environnement macroéconomique. D'où l'utilité pour les fonds de pension de financer en monnaie locale des projets à fort impact social et de développement, afin d'éviter les charges financières liées au risque de change - lorsque les prêts sont libellés dans une autre monnaie - et de gérer plus facilement le remboursement de la dette en cas de crise. Selon Timo Bollerhey, participant au forum et conseiller technique à GIZ (agence allemande de coopération internationale), il est important que les populations puissent contribuer et profiter pleinement de leur propre développement, contrairement à la situation actuelle où des flux financiers importants sont consacrés au remboursement de la dette publique en devises. De son point de vue, une telle transition est possible à condition que le continent africain se dote de marchés financiers qui contribuent efficacement à l'augmentation de la richesse locale.