Forum du partenariat d’Addis Abeba : Une importante étape dans le processus d’amélioration des systèmes financiers africains.

26 sep 2011

Loin de ramer à contre courant des précédents grands rendez-vous sur la problématique du développement du secteur financier en Afrique, le forum, tenu les 15 et 16 septembre 2011 à Addis Abeba, sous l’initiative du PartenariatMaking Finance Work for Africa (MFW4A) avec l’appui de ses partenaires, est porteur d’espoir en ce sens qu’il se veut, non seulement le lieu du renforcement des actions en cours, mais aussi et surtout, le point de départ d’initiatives positives.

Pour ce faire, rien d’important relatif au développement de la finance sur le continent n’a été occulté lors de cette rencontre à Addis Abeba qui a plus que ratissé large : experts nationaux et internationaux ; membres de gouvernements ;
représentants de diverses banques, responsables de Petites et moyennes entreprises (PME) et d’institutions de microfinance du secteur privé
et chercheurs de renom. Ainsi, du retard du secteur financier africain à la nécessité d’améliorer la situation pour un meilleur accompagnement du développement en passant par les causes et les difficultés rencontrées, d’importantes questions ont alimenté les échanges. Mieux, le forum, résolument pragmatique, n’a pas consisté qu’en des débats théoriques, sans emprise sur la réalité. En effet, au-delà des difficultés mentionnées par les uns et les autres, il s’agissait là d’envisager les voies et moyens de réussir, en s’appuyant
notamment sur des exemples
précis de réussite. En cela, cette rencontre a été le lieu de présentation d’expériences de réformes entreprises au niveau de certains Etats pour améliorer l’accès des populations au financement et contribuer au développement. Sheku Sesay, Gouverneur de la Banque centrale de la Sierra Leone, a fait cas des actions qu’il engagé depuis 2008 avec le concours des partenaires pour assainir et relancer le secteur financier devenu peu compétitif dans son pays, à la sortie de la guerre civile. « Notre objectif,
est d’accroître l’accès au service financier et de renforcer l’efficacité des contrôles bancaires pour limiter les dérives », a expliqué M. Sesay, fort de ses vingt-deux années passées à la Banque mondiale auparavant. Une démarche qui, à l’en croire, a conduit à la mise en place d’une structure de gouvernance appropriée, d’un secrétariat logé au sein de son institution et d’un forum consultatif des acteurs du secteur financier.Ces différents efforts commencent à porter leurs fruits. Les créances douteuses dans le pays sont estimées aujourd’hui à 10%
contre 30% avant les réformes qui ont concerné également un certain nombre de dispositions légales dont celle relative à la lutte contre le blanchiment d’argent. Après le gouverneur de la banque centrale de Sierra Leone, ce fut le tour de
son homologue de Zambie, Austin Mwape, d’exposer lui aussi son expérience en matière de réforme dans le secteur. Le changement ici a consisté entre autres à renforcer, en deux phases, les offres de service financier et les ressources humaines, d’améliorer la coordination et le suivi-évaluation
des actions.
Ainsi, le premier mardi de chaque mois un comité de suivi-évaluation se tient sous la présidence du ministre des finances Zambien. A la lumière des expériences présentées, des leçons sont à retenir. Il s’agit d’abord de la nécessité de faire un bon diagnostic de la situation dans laquelle l’on envisage une réforme du secteur financier. Ensuite il faut savoir dégager la stratégie en tenant compte du contexte local ou national, les situations variant d’un pays à un autre. Enfin, il faut s’assurer, si nécessaire,de l’appropriation de la démarche par les Etats ou de la coordination des bailleurs de fonds, même si les initiateurs des réformes ont souvent besoin d’être indépendants. Sur ce pointle gouverneur Sheku Sesay s’est voulu très clair : «La Banque centrale est autonome. Le chef de l’Etat ne m’appelle jamais. Le ministre des finances quant à lui m’appelle rarement». Bref, au-delà des deux cas de changement de pratiques ci-mentionnés, c’est la question globale de la sauvegarde des systèmes financiers africains à travers l’agenda des réformes de la règlementation et supervision bancaire qui a été examinée. Outre cette question de l’innovation financière dans une perspective de régulation d’autres sujets capitaux pour le développement du secteur ont fait l’objet d’échanges nourris au cours des ateliers. Nous pouvons citer par exemple l’élargissementdes systèmes financiers à travers notamment des politiques de soutien au financement de l’agriculture ; le financement des PME ; l’accès à la finance et à l’innovation ; l’intégration financière régionale en tant que catalyseur pour le commerce intra-régionale et panafricaine. C’est pourquoi, au regard de la qualité des participants, de la pertinence des thématiques abordées dans une approche orientée solutions, le forum du partenariat ne saurait être une rencontre sans lendemain. Il vient marquer une étape importante dans le processus d’amélioration des systèmes financiers africains en vue de les rendre plus compétitifs pour un meilleur accompagnement du développement sur le continent. Et à ce titre, les conclusions d’Addis Abeba pourraient déjà servir lors de la rencontre de Kinshasa de novembre 2011.
Grégoire B. Bazie, Le Faso.net, Ouagadougou,
Burkina Faso