Dialogue de MFW4A et de la BAD sur le secteur financier de l'Afrique du Nord - Rapport d'évènement
En 2018, les 6 pays (Égypte, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc et Mauritanie) composant l’Afrique du Nord représentaient 26 % du PIB africain[1]. Ces pays, à l’exception de l’Égypte, font partie de l’UMA (Union du Maghreb Arabe) et présentent un développement du secteur financier très hétérogène. Le dialogue sur le secteur financier de l’Afrique du Nord qui a réuni plusieurs acteurs du secteur à Tunis du 27 au 28 février 2019 a permis de dresser un état des lieux et de proposer des mesures en vue d’accélérer le développement et l’intégration du système financier.
Articulées autour de différentes thématiques, les discussions ont dégagé des conclusions et enseignements importants.
Recommandations du dialogue de l’Afrique du Nord
- Renforcer l’infrastructure régionale du secteur financier à travers la digitalisation des systèmes de paiement et l’interopérabilité́
L’expérience de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) en matière d’interconnexion, à quelques différences près, pourrait servir de base de travail pour l’Afrique du Nord. Dans cette zone, une carte de paiement unique est aujourd’hui fonctionnelle dans 7 pays et en cours d’extension pour couvrir 15 pays. Les expériences des différents pays représentés ont permis de faire l’état des lieux des développements en matière d’interconnexion. Une meilleure coordination des efforts visant à renforcer l’infrastructure régionale de paiements, en tenant compte de l’intégration des services financiers mobiles, est nécessaire.
- Rattraper le retard de l’Afrique du Nord en matière d’inclusion financière
Plusieurs pays d’Afrique du Nord se sont engagés à inclure des actions spécifiques en faveur de leur diaspora dans leur stratégie d’inclusion financière, la diaspora africaine étant une source importante de devises et d’une manière générale, un levier important d’inclusion financière. Les Banques multilatérales de Développement (MDB) pourraient contribuer à structurer des instruments de mobilisation de flux/transferts internationaux. Un soutien à l’endroit des institutions de la finance islamique ou participative et de microfinance est également nécessaire afin qu’elles renforcent leur appui au financement des très petites entreprises. Ce soutien devrait impérativement inclure la formation des acteurs et des populations les plus vulnérables.
- Faciliter le crédit aux Très Petites Entreprises (TPE) et Petites et Moyennes Entreprises (PME)
La simplification des procédures administratives et la mise en place de mécanismes de garantie visant à accompagner le développement de ces entreprises, surtout durant les trois premières années d’existence, seraient de nature à faciliter l’accès au financement bancaire et non bancaire des PME. L’aide au développement de compartiments boursiers dédiés aux PME/TPE, l’expansion du leasing et le soutien au capital investissement ont également la capacité d’améliorer leur accès au financement.
- Réaliser sous le leadership des MDB, notamment la Banque Africaine de Développement, un cadre global de la surveillance bancaire transfrontalière
Quelques avancées ont été réalisées au niveau de l’intégration bancaire régionale en Afrique du Nord : des filiales de certaines banques d’Afrique du Nord sont présentes dans d’autres pays de la région et quelques filiales de banque de l’Afrique du Nord sont également présentes en Afrique subsaharienne (banques marocaines, tunisiennes et libyennes). Des protocoles ont été signés entre les autorités marocaines et tunisiennes pour la supervision transfrontalière de succursales de banques marocaines en Tunisie. Cependant, ces ententes devraient être systématisées. La proposition a été faite d’établir, avec le soutien des bailleurs, un protocole d’accord type, définissant le cadre de la surveillance transfrontalière et accepté par les pays africains.
- Améliorer la profondeur des marchés de capitaux
Étroits et hétérogènes, les marchés de capitaux de l’Afrique du Nord demeurent très peu liquides et contribuent encore faiblement au financement de l’économie réelle. Le marché de la dette publique domine le secteur et la réglementation de change est un obstacle majeur. Il est donc important de :
- Faire évoluer la réglementation afin de faciliter le développement de nouveaux produits permettant d’accroitre la liquidité ;
- Favoriser une cotation simultanée des titres sur plusieurs bourses ;
- Améliorer la qualité de l’information financière et la transparence du marché des actions ;
- Stimuler le marché secondaire à travers la généralisation de la courbe de taux et la réduction des coûts de transaction ;
- Faciliter l’accès des banques au marché secondaire et libéraliser le marché du change ;
- Mettre en place des garanties multilatérales et des programmes de formation et d’accompagnement à la côte des PME et accélérer la mise en place de nouvelles lois permettant de diversifier l’offre de capital-investissement avec la création de fonds régionaux et de fonds publics-privés la mobilisation de l’épargne locale.
- Renforcer le rôle des investisseurs institutionnels et notamment des Caisses des Dépôts dans le financement de l’économie
Les Caisses des Dépôts ont un rôle complémentaire au système financier conventionnel. Maintenir une rentabilité économique et financière suffisante pour ces acteurs dont la mission est d’intérêt général requiert l’intervention de partenaires privés, tels que les banques, afin de diversifier le risque et de préserver les dépôts des petits épargnants. Au regard de leur importance dans le développement du secteur financier des pays d’Afrique, les caisses des dépôts doivent être promues et généralisées dans les pays et leur rôle dans le financement d’investissements structurants et des politiques économiques et sociales doit être réaffirmé.
- Réformer le secteur de l’assurance
La mauvaise image de l’assurance en Afrique du Nord est une des raisons de son très faible taux de pénétration. Afin de stimuler de manière significative la pénétration de l’assurance dans la région, il est impératif de réformer le code des assurances afin de moderniser ce secteur et le rapprocher des standards internationaux. Ces réformes devraient inclure une célérité dans les interventions, l’adoption d’un processus réglementaire et fiscal incitatif et l’obligation de couverture dans certains secteurs clés (construction, infrastructures). Elles devraient s’accompagner d’un changement de l’écosystème impulsé par la digitalisation des process et le développement de nouveaux produits tels que la microassurance et l’assurance indicielle qui constituent des solutions pour une meilleure inclusion financière.
- Mettre en place, harmoniser et appliquer la réglementation de la finance islamique/participative
Le principal frein au développement des banques islamiques/participatives est d’ordre réglementaire. Bien que des banques islamiques soient présentes en Algérie, en Mauritanie et en Tunisie depuis les années 1980, leur activité a toujours été limitée. Le cadre réglementaire est totalement absent en Algérie et en Libye, est embryonnaire en Mauritanie, et a été finalisé au Maroc en 2014 (finance participative). En Tunisie, des institutions financières islamiques ont commencé à exercer leur activité avant même l’apparition des textes juridiques, qui ont été finalement adoptés en 2016.
- Créer un cadre de concertation secteur privé, secteur public et les banques (ou intermédiaires financiers) pour tirer profit du potentiel offert par la finance verte.
La finance verte pèse aujourd’hui 460 milliards d’US$ dans le monde, dont seulement 4,3 % vont vers le continent africain. Seulement 3 milliards d’US$ sont alloués à des projets d’adaptation dont l’Afrique a le plus besoin. Le continent est confronté à son incapacité de mobiliser ces flux. L’un des axes de développement consiste à renforcer les capacités pour le montage des projets verts et accompagner le verdissement des plans/programmes sectoriels. Il est aussi nécessaire de surmonter les obstacles spécifiques à l’Afrique en termes de priorités politiques.
- Déployer des politiques volontaristes de promotion des chaines de valeur régionales en faveur du commerce transfrontalier.
Les États ont mis en place des institutions régionales dont l’objet est de faciliter les échanges et l’investissement. Celles-ci ambitionnent être des forces de propositions auprès des gouvernements. La volonté politique est toutefois nécessaire pour faciliter l’intégration régionale, par une amélioration de l’infrastructure et l’harmonisation de la politique fiscale et de change, permettant ainsi de faciliter les échanges interrégionaux. L’effectivité du plan d’actions maghrébin de l’UMA « BIAT- Booster le commerce intra africain » adopté en 2014 devrait être accélérée. Le potentiel clairement inexploité du commerce transfrontalier requiert des politiques volontaristes de promotion des chaines de valeur régionales et la mise en place de réformes incitatives.
Conclusion
Les États ont engagé des politiques fortes visant à densifier leur système financier. Une assistance structurelle renforcée est attendue de la part des partenaires techniques et financiers qui se sont dit disposés à accompagner les efforts dans les domaines notamment de la réglementation, de l’inclusion financière et du commerce transfrontalier
[1] Données de la Banque mondiale
Rapport intégral et présentations
Le rapport intégral de l'évènement est disponible ici.
Veuillez également trouver ci-dessous quelques présentations faites lors des sessions de ce dialogue:
- Deepening and Developing Capital Markets in North Africa (EN)
- Assurance et commerce transfrontalier en Afrique du Nord
- Caisses de dépôts et investissements productifs: défis et opportunités
- Difficultés / Challenges réglementaires du secteur des assurances tunisien
- Quelles stratégies pour l'accélération de l'inclusion financière en Afrique du Nord
- Le secteur financier en Afrique du Nord: défis et opportunités