Profil régional du secteur financier de l'UEMOA

31 aoû 2018 | MFW4A Knowledge Management Team

Vue d’ensemble de l’économie de l’UEMOA

UEMOA est le sigle de l’Union économique et monétaire ouest-africaine qui regroupe 8 (huit) pays, dont sept (7) qui sont francophones: Bénin – Burkina-Faso – Côte d’Ivoire – Mali – Niger – Sénégal – Togo, et la Guinée-Bissau, pays lusophone qui a rejoint l’union en 1997; soit 3 ans après la ratification du traité de l’union. Son économie est essentiellement basée sur l’agriculture – principal pourvoyeur d’emplois – et le secteur tertiaire (transport – télécommunication – services financiers…) en raison de sa contribution plus élevée au PIB,  même si le secteur secondaire connait des progressions encourageantes à travers l’essor des industries extractives et du secteur manufacturier dans certains pays de l’Union, dont la Côte d’Ivoire, le Niger, le Sénégal et Mali. Selon le rapport annuel 2017 de la BCEAO1, le dynamisme économique amorcé dans la région depuis 2012 s’est maintenu en 2017 avec une croissance estimée à 6,7%, incluant une contribution sectorielle de 3,7 points (43% du PIB) pour le secteur tertiaire et 1,5 points chacun pour les secteurs primaire (25% du PIB) et secondaire (22% du PIB). En effet, les bonnes performances économiques de la Côte d’Ivoire2 après la crise politique de 2010-2011 ont positivement et significativement impacté l’économie de l’union. Les échanges intra-régionaux sont également renforcés par le fait que 3 pays enclavés de l’Union (Burkina Faso – Mali – Niger) ont recours aux façades maritimes des autres pays – dont la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo – pour faciliter leur commerce extérieur. L’inflation dans l’UEMOA semble maîtrisée et parmi les plus basses en Afrique; elle oscille depuis quelques années autour de 1%, et présente donc un atout majeur en termes d’attractivité pour les investissements longs voire étrangers.

Les institutions financières de la région

Les pays-membres partagent une monnaie commune, une même banque centrale (BCEAO) et un ensemble de dispositifs juridiques et institutionnels assurant le bon fonctionnement du système financier sous-régional. Ces institutions financières interagissent dans un cadre harmonisé autour d’instances communautaires assurant la régulation et la supervision du secteur dans son ensemble. La BCEAO assure la réglementation des banques, des établissements financiers dits «à caractère bancaire» et des Institutions de Microfinance (IMF) de grande taille3. Les IMF de petite et moyenne taille sont, quant à elles, supervisées par une cellule dédiée du ministère des finances de chaque pays-membre. Les secteurs de l’assurance et des marchés financiers/boursiers sont respectivement régulés et supervisés par la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurance (CIMA) et le CREPMF (Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés Financiers), devenu en juillet 2018 l’autorité des marchés financiers de l’UEMOA (AMF-UEMOA). Enfin, la Conférence Interafricaine de la Prévoyance Sociale (CIPRES) régule et supervise le système de retraite des pays-membres.

Le paysage du secteur financier dans l'UEMOA s'est rapidement développé bien qu’il soit largement dominé par le secteur bancaire qui en détient environ 90% des actifs. Quant aux Institutions de microfinance (IMF), avec un peu plus de 2 milliards d'euros d'actifs, elles représentent une part modeste du système financier et contribuent fortement à améliorer l'accès au financement pour les ménages à faible revenu et les PME. Depuis moins d’une décennie, la forte pénétration du mobile money dans la région stimule également l’inclusion financière, notamment en Côte d’Ivoire, au Mali et au Sénégal. La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), dont le siège est à Abidjan (Côte d’Ivoire) et avec des antennes nationales, assure la fonction d’unique place boursière dans l’union; en juillet 2018, elle comptait 44 sociétés cotées dont 34 exerçaient en Côte d’Ivoire, et sa capitalisation s’élevait à 9091 milliards de F CFA (16 milliards USD): soit 14% du PIB de la sous-région en 2017.  

Le secteur bancaire de l’UEMOA

Selon le rapport 2016 de la commission bancaire de l’UEMOA4, la région compte actuellement plus de 125 banques commerciales et 15 établissements financiers dits « à caractère bancaire », avec un volume d'actifs d'environ 52,6 milliards USD (soit 40% du PIB de la région en 2016). 13 groupes bancaires - dont plusieurs banques panafricaines détenues par des capitaux étrangers - contrôlaient près de 80% de la base d'actifs, dont 29% par des filiales de banques marocaines. On note également un net recul de l’actionnariat français (Société Générale – BNP Paribas) par rapport à la structure actionnariale des années 2000. Au total, les banques gèrent environ 2 542 agences, 3 000 guichets automatiques et 10 300 000 comptes-clients. Les nouveaux produits tels que le crédit-bail et l'affacturage sont à un stade embryonnaire dans la région. Toutefois, le Sénégal fait figure d’exception avec un essor remarquable des activités de crédit-bail. En effet, le portefeuille national de crédit-bail a été décuplé entre 2009 et 2017, passant de 5 à 51 milliards de F CFA (90,3 millions USD)5.

L’encours des crédits à l’économie a progressé6 de 18 783 milliards de F CFA  (33,2 milliards USD) à 24 733 milliards de F CFA (43,8 milliards USD) entre 2015 et 2017, soit une croissance moyenne annuelle de 14,8% et un ratio de 37,4% par rapport au PIB de 2017. Sur la même période, le volume des crédits accordés à l’administration publique représente en moyenne environ 32% du volume total de l’encours des crédits dans l’UEMOA; illustrant ainsi des risques d’effet d’éviction pour les PME et les populations à faible revenu notamment. Du point de vue de la répartition sectorielle des crédits, le secteur agricole de l’UEMOA a bénéficié en 2017 de 4,4% des financements; tandis que le secteur secondaire et le secteur tertiaire ont respectivement reçu 32,9% et 62,7% du volume de financement bancaire dans l’UEMOA durant la même année. Quant aux dépôts collectés, ils ont connu une hausse tendancielle entre 2015 et 2017 dans la plupart des pays de l’union: ils sont passés de 8066 milliards de F CFA (14,7 milliards USD) en 2015 à  9969 milliards de F CFA (17,6 milliards USD) en 2017.

L’inclusion financière dans l’UEMOA

A partir des années 90, l’inclusion financière dans l’UEMOA a été essentiellement portée par les institutions de microfinance (IMF) dont les structures organisationnelles et le cadre juridique reposaient essentiellement sur la forme coopérative7. En raison des défaillances bancaires, ces IMF ont émergé comme des prestataires de services financiers alternatifs pour les populations à faibles et moyens revenus. Dans les années 2000, le secteur de la microfinance s’est transformé avec l’avènement de structures multinationales – comme Advans et Microcred (devenu Baobab) –, et d’institutions financières non bancaires ayant positivement impacté le niveau de concurrence dans la région, l’accessibilité des services financiers ainsi que les volumes de dépôts collectés et de crédits octroyés. Par ailleurs, le développement rapide du mobile money et son intégration progressive dans l’offre commerciale des banques renforcent le processus d’inclusion financière, et tendent à constituer une menace pour la pérennité du modèle historique de microfinance. Toutefois, des opportunités de complémentarité et de partenariat existent entre ces banques, IMF et prestataires de services financiers basés sur le mobile money.

Les petites et moyennes entreprises/industries (PME/PMI) figurent en tête des priorités stratégiques des décideurs publics et de la banque centrale. En juillet 2018, un dispositif de soutien aux PME/PMI a été mis en place par la BCEAO afin d’offrir, d’une part, des facilités de refinancement du portefeuille des banques dédié aux PME/PMI et d’autre part, la fourniture de services non financiers par des agences de soutien et d’améliorer leur solvabilité.

  • Microfinance: Selon une note publiée en mars 2018 par la BCEAO sur la situation de la microfinance dans l’UEMOA8, les prêts accordés par les IMF représentent 6,7% du volume total de financement accordé par les établissements de crédit de la région, tandis que l’épargne collectée par les IMF équivaut à 5,6% du volume total des dépôts. Plus de 593 IMF exercent dans la région et desservent 14,9 millions de clients; soit plus de 10% de la population de l’UEMOA. En raison de la prépondérance de l’économie informelle dans l’union, les IMF bénéficient d’un potentiel d’expansion largement sous-exploité et gagneraient à adopter des canaux de commercialisation leur permettant de réduire significativement leurs coûts de fonctionnement, sans perdre leurs atouts en termes d’adaptabilité aux acteurs économiques informels. Le mobile money, et le canal numérique au sens large, se présentent donc comme des instruments à leur portée, autant que des partenariats formels avec des banques commerciales en vue de sécuriser des sources permanentes de refinancement.
     
  • Finance digitale: Dans l’UEMOA, l’accès aux services financiers digitaux est principalement stimulé par les prestataires de services de mobile money: les opérateurs de téléphonie mobile (OTM) à travers leurs services de retraits et dépôts (Cash-In/Cash-Out); cependant, de plus en plus de services d’épargne rémunérée et de micro-prêts sont lancés par les OTM dans la région. Notons que l’essor du mobile money dans la région est lui-même corrélé au taux de pénétration élevé de la téléphonie mobile depuis quelques années. Selon un rapport de la BCEAO sur les services financiers par mobile money9, la valeur des transactions atteignait 11 500 milliards de F CFA (18,3 milliards USD) en 2016, soit 19% du PIB régional ; et le nombre de souscripteurs à des comptes de mobile money s’élevait à 36,5 millions après avoir connu une hausse de 42,6% par rapport à 2015. Les pays les plus actifs sont la Côte d’ivoire, le Mali et le Sénégal, avec un nombre de souscripteurs s’élevant respectivement à 12,8 – 6,8 – 4,4 millions de souscripteurs. Cependant, le principal défi se rapporte à la proportion croissante et importante de comptes inactifs; en effet, le taux d’activité sur les comptes de mobile money a tendanciellement baissé de 50,6% à 34,6% entre 2013 et 2016.
     
  • Marché des transferts d’argent: Selon le rapport de la banque mondiale sur les migrations et transferts de fonds (2016)10, 2 pays de la zone UEMOA font partie en 2015 du top 10 des pays africains qui reçoivent le plus de transferts formels de migrants. Ce sont le Sénégal et le Mali avec des volumes de fonds s’élevant respectivement à 1,6 et 0,9 milliard de $. Le Nigéria (20,8 milliards de $) et le Ghana (2 milliards de $) étant les principaux récipiendaires du continent durant cette année. Compte tenu de l’avènement du mobile money et des technologies de l’information, ce marché est lui-même sujet à de profondes mutations concurrentielles et réglémentaires11 qui pourraient stimuler les transactions intra-nationales, intra-régionales et internationales, tout en réduisant progressivement les flux informels de transferts d’argent en vue d’une lutte plus efficace contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme dans la région.

Secteur des assurances

Les pays de l’UEMOA sont membres de la CIMA qui assure la régulation et la supervision du secteur des assurances dans 14 pays-membres d’Afrique de l’ouest et centrale. Hormis la Guinée-Bissau, les autres pays-membres sont francophones. Selon les données du Global Financial Development Database (GFDD) et de la FANAF12, les actifs cumulés des compagnies d’assurances dans l’UEMOA équivalaient à environ  2% du PIB en 2012 et les primes d’assurance-vie et non-vie collectées représentaient respectivement 0,4% et 0,7% du PIB en 2015. La Côte d’Ivoire fait figure de leader régional sur ce marché, avec plus de 40% du volume total des primes d’assurance non-vie et 54,8% des primes d’assurance-vie. En Afrique subsaharienne (hors Afrique du Sud), en 2014, les actifs d’assurance représentaient environ 4,1% du PIB tandis que les primes d’assurance-vie et non-vie en constituent 0,2 et 0,6%. Les statistiques du marché de l’assurance dans l’UEMOA gravitent autour de la moyenne de l’Afrique subsaharienne, cependant le potentiel d’expansion des services d’assurance dans la zone reste important.

Marché des capitaux

Comme susmentionné, la majeure partie des firmes cotées sont en Côte d’Ivoire et le marché des capitaux est principalement animée par la BRVM avec une capitalisation boursière représentant 14% du PIB régional en 2017. En juillet 2018, le marché-actions en constituait 65% tandis que le marché obligataire équivalait à 35% de cette capitalisation. Compte tenu des réalités économiques locales, les instances dirigeantes de la BRVM ont mis en place un compartiment dédié à la cotation des PME à fort potentiel de croissance. La BRVM travaille également à l’intégration des principales places boursières de l’Afrique de l’ouest, incluant le Nigéria et le Ghana, à travers le Conseil ouest-africain pour l’intégration des marchés de capitaux (WACMIC)13. Son principal objectif est de d’élaborer un environnement réglementaire harmonisé afin de créer un marché unique pour l’émission et la négociation de valeurs mobilières dans la région.

Systèmes de retraite

Les systèmes de retraite dans l'UEMOA sont gérés par des caisses nationales de retraite fonctionnant essentiellement selon le système par répartition, bien que des projets complémentaires de régimes par capitalisation soient en voie de mise en œuvre dans certains pays de l’union. A titre illustratif, un rapport de Finactu14 indique que la CNPS, l’institution chargée de la gestion des retraites du secteur privé en Côte d’Ivoire, a lancé un régime de retraite complémentaire par capitalisation et un régime de prévoyance sociale pour les travailleurs indépendants. Des données extraites du rapport mondial de 2017-2019 sur la protection sociale15 indiquent que seulement 8,2% de la population ayant au-delà de l’âge de la retraite bénéficient d’un régime formel de retraite dans l’UEMOA, tandis que seulement 18% de la population active contribuent à un régime de retraite en Afrique. De telles insuffisances dans la couverture des systèmes de retraite mettent en lumière les défis de moyen et long terme liés à la dégradation du ratio de dépendance16 dans ces pays, en raison d’une natalité relativement élevée par rapport à la moyenne mondiale et d’un taux d’emploi informel au dessus des 60% dans la région17.

Financement de l’habitat dans l’UEMOA

La croissance démographique, l’urbanisation rapide, la gestion inefficiente du cadastre et l’étroitesse du marché hypothécaire dans l’UEMOA sont des facteurs qui contribuent aux pressions sur l’offre de logement dans la région. Le déficit de logements par an est estimé à plus de 3,5 millions, pendant que le marché de financement de l’habitat demeure peu performant même si la région connait une certaine amélioration du crédit au logement: les volumes annuels de financement sont passés de 80 milliards par an en moyenne sur la période 2005-2011 à 204 milliards de F CFA (430 millions USD) en 201318. Le CRRH-UEMOA, établissement de refinancement hypothécaire dans la région, entend pallier ces insuffisances en aidant les banques à accroître leur portefeuille de financement du logement, et ce, en sollicitant le marché des capitaux régional à travers des émissions obligataires régulières.


Notes et références bibliographiques

1 La banque centrale des états de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) est la banque centrale de l’union. Le rapport annuel 2017 de la BCEAO est disponible ici.

2 La Côte d’Ivoire constitue le principal moteur de l’UEMOA, avec un PIB représentant 36% du PIB sous-régional en 2017

3 Les IMF sont considérées de grande taille dans l’UEMOA lorsqu’elles cumulent un encours de dépôts et de crédits de 2 milliards de F CFA (environ 3 millions d’Euros) sur 3 ans. Voir le rapport de SOS Faim intitulé : « Effets de la réglementation en microfinance : le cas de l’Afrique de l’ouest ».

4 Consulter l’intégralité du rapport ici.

5 Voir à ce propos le rapport d’Africalease sur l’évolution récente du crédit-bail sur le marché sénégalais, et intitulé : « Les progrès du leasing en Afrique : Le cas du Sénégal ».

6 Consulter l’annexe du rapport annuel 2017 de la BCEAO, susmentionné dans la première note de bas de page, pour plus de détails sur les données nationales et régionales du secteur financier. 

7 Le cadre réglementaire de la microfinance dans l’UEMOA a été initialement adoptée en 1993, à travers le PARMEC (Programme d’appui à la réforme des mutuelles d’épargne et de crédit). Par la suite, une nouvelle loi beaucoup plus généraliste a été adoptée en 2007 afin de prendre en compte les autres formes juridiques d’IMF, dont les Sociétés anonymes (SA), les ONG et les institutions financières non bancaires.

8 Voir la note de la BCEAO pour plus de détails sur les volumes de financement et de dépôts collectés par pays dans le secteur de la microfinance.

9 Voir le rapport de la BCEAO intitulé : « Etat des services financiers par téléphonie mobile dans l’UEMOA en 2016 ».

10 Voir l’étude intitulée: ” Migration and Remittances - Fact book 2016

11 Les normes et procédures réglementaires d’identification et de connaissance des clients (Know-Your-Customer ; KYC) sont de plus en plus strictes vis-à-vis prestataires de services de transfert d’argent ; y compris les opérateurs utilisant le canal numérique.

12 La FANAF est la fédération des sociétés d’assurance de droit national africain, et elle regroupe les compagnies d’assurance, de réassurance et de garantie exerçant dans 29 pays africains. Pour plus de détails, consulter le rapport intitulé «  Spécial FANAF 2017 » et compilant les principales statistiques du secteur de l’assurance dans les pays-membres de cette organisation.

13 Lire davantage sur le site web de la BRVM.

14 Voir le rapport publié en 2018 par le cabinet spécialisé Finactu et intitulé : «  Les régimes de retraite en Afrique, à l’épreuve du vieillissement démographique ».

15 Consulter le rapport en question de l’Organisation internationale du travail (OIT).

16 Le taux de dépendance est le rapport entre l’effectif des personnes âgées et celui des personnes en âge de travailler. Lorsque ce taux se dégrade, cela induit des risques accrus pour la viabilité des régimes de retraite par répartition dans la mesure où moins de travailleurs cotisent pour le paiement effectif des indemnités des retraités.

17 Voir l’étude de N. Benjamin et A. Mbaye (2012), intitulée : « Les entreprises informelles en Afrique de l’ouest francophone : Taille, productivité et institutions ».

18 Pour de plus amples détails, voir le rapport publié par la CRRH (caisse de refinancement hypothécaire de l’UEMOA) et ses partenaires.