Transferts des migrants

hands of a child holding a dollar bill

Depuis des siècles, des individus franchissent les frontières, à la recherche de meilleures possibilités pour eux-mêmes et leurs familles. Toutefois, au cours des 30 dernières années, les migrations à caractère économique se sont accélérées, à la suite de l’élargissement rapide de l’écart entre pays développés et pays en développement, et des améliorations introduites par les avancées dans les technologies de transport et de communication.

En conséquence, les envois de fonds par les travailleurs migrants, c’est-à-dire les transferts transfrontaliers d’argent effectués par les travailleurs migrants établis à l’étranger, au bénéficie de membres de famille, sont récemment devenus l’objet d’une grande attention, en raison de leur échelle croissante et de leur impact potentiel. 

La diaspora africaine est actuellement composée d’environ 30 millions d’adultes et envoie environ 40 milliards d’USD par an aux familles et aux communautés locales dans les pays d’origine. Pour l’ensemble de la région, ce chiffre représente plus de 50 % du montant net de l’aide publique au développement (APD), toutes sources confondues, et pour la plupart des pays, le montant est supérieur à l’investissement direct étranger (IDE). Dans plusieurs États fragiles, les transferts de fonds des migrants sont estimés à un niveau représentant plus de 50 % du PIB. À ce titre, les transferts de fonds constituent un moyen vital d’appui pour des dizaines de millions de ménages d’Afrique et une source potentielle de développement économique local pour les communautés où vivent ces ménages. Bien que la plupart de tels envois de fonds soient utilisés pour faire face aux nécessités de la vie quotidienne, une proportion de 20 % à 25 % (entre 8 et 10 milliards d’USD) est disponible à des fins autres que la consommation immédiate.

En dépit de la taille et de l’importance des envois de fonds par les travailleurs migrants à destination de l’Afrique, l’on dispose de moins d’informations à ce sujet sur le continent, par rapport aux autres régions en développement du monde. Toutefois, les contours du marché africain des transferts de fonds commencent à se dessiner, ce marché étant caractérisé par une concurrence limitée, des coûts élevés, et la difficulté à atteindre les zones rurales qui sont les destinataires d’environ 40 % de tous ces envois de fonds. Les familles qui paient des commissions élevées pour recevoir les fonds et qui sont souvent obligées de parcourir de longues distances à cet effet, sont aussi généralement à l’écart du système financier et n’ont pas accès à l’épargne et au crédit, ou à tout autre moyen permettant de tirer parti de l’effet de levier des fonds reçus.

La plupart des pays africains restreignent aux banques le paiement des envois de fonds par les travailleurs migrants, et les banques, à leur tour, concluent des accords d’exclusivité avec les grandes sociétés de transfert d’argent telles que Western Union ou Money Gram, pour agir en leur nom. Cette situation se traduit par la limitation de la concurrence et la limitation de l’accès pour les consommateurs, et cela est illustré géographiquement par le fait qu’un pays ayant un marché très compétitif des envois de fonds, comme le Mexique, dispose d’autant de points de paiement que toute l’Afrique qui est dix fois plus peuplée.

L’amélioration des cadres juridiques et règlementaires, par l’ouverture aux institutions financières non bancaires des marchés des transferts de fonds des migrants, tout en éliminant progressivement les accords d’exclusivité et en œuvrant à la promotion de l’innovation technologique, pourrait avoir un impact positif substantiel sur l’accroissement de la concurrence, la baisse des coûts, et l’amélioration de la convenance. 

Toutefois, la façon la plus durable de tirer parti de l’impact des transferts de fonds des travailleurs migrants, aussi bien pour les familles individuelles que pour les communautés au sein desquelles elles vivent, consiste à élargir l’accès au système financier, offrant ainsi aux bénéficiaires un plus grand nombre d’options en matière d’épargne, d’investissement, et d’utilisation productive de tels transferts.