Genre et finance

exchange rates, by: Kigali Wire

L'égalité des sexes devant l'accès aux ressources financières est un sujet clé pour l'émancipation des femmes aussi bien que pour la croissance économique et le développement durable. Une meilleure distribution aux femmes des ressources financières disponibles leur procurerait une émancipation économique mais aussi politique et sociale. Qui plus est, au niveau domestique, les femmes sont le plus souvent les gérantes des ressources financières, faisant en sorte que les ressources du ménage couvrent les besoins de base et économisant, investissant pour mettre leur famille à l'abri des imprévus et garantir son avenir. Pourtant, les femmes ne reçoivent que peu de soutien dans cette entreprise et ben souvent, elles ne sont pas informées de leurs droits en matière de services financiers. Leur accès aux ressources financières reste difficile.  

Cette inquiétude en ce qui concerne l'accès des femmes aux services financiers et leur inclusion financière n'est pas nouvelle. Le problème de l'accès des femmes au crédit a été signalé pour la première fois en 1975, lors de la première Conférence internationale des femmes à Mexico. Il a conduit à la création du réseau mondial de banques Women’s World Banking et dès le début des années 90, aux programmes de microfinancement destinés spécialement aux femmes, en particulier du fait de leur fiabilité plus élevée en matière de taux de remboursement des emprunts.    

Malgré l'existence de programmes dédiés uniquement aux femmes, le chemin à parcourir reste long avant de parvenir à l'égalité des sexes devant l'accès aux services financiers, en particulier dans les zones rurales. Selon des sondages récents, dans les pays en voie de développement, 46 % des hommes disposent d'un compte courant contre seulement 37 % des femmes, avec un décalage constant de 6 à 9 points selon les groupes de revenus au sein des économies en développement.    

Les femmes rencontrent des obstacles de toute sorte qui entravent leur accès aux services financiers. Au niveau de la demande, elles sont exposées aux risques de manque de fonds et de confiance pour la gestion de leurs finances, ce qui les empêche d'adopter un état d'esprit qui leur permettrait de profiter des avantages des offres. Elles risquent également de manquer de temps, du fait de leur rôle domestique central et de leur manque de mobilité pour aller rencontrer les fournisseurs des services financiers. Enfin, les femmes sont souvent en position de faiblesse pour accepter des prêts pour leur microentreprise ou leur PME car les traditions et les rôles culturellement admis, associés à une carence en termes de droits patrimoniaux les discrimine pour l'accès à la propriété et les garanties qu'elles peuvent fournir. C'est ainsi que dans certains pays d'Afrique du nord, afin de vérifier que les projets des femmes sont approuvés par leurs maris, conformément aux barrières et aux pratiques institutionnelles, leurs époux doivent co-signer leurs emprunts.    

Au niveau de l'offre, les conditions sont majoritairement indépendantes du sexe mais certaines sont plus discriminantes par rapport aux femmes. Il est clair que la fourniture des services n'est pas adapté aux femmes, que l'accès aux bâtiments des établissements financiers avec leurs heures d'ouverture restrictives sont une contrainte pour les femmes car elles sont moins mobiles que les hommes. Enfin, le manque de données client liées au sexe ne permet pas d'évaluer ce marché et les institutions financières ont un déficit d'information sur leurs clientes et sur leur potentiel.    

Les données disponibles montrent globalement un faible accès aux services financiers sur tout le continent africain. Dans ce contexte régional, l'accès des hommes aux services financiers est sensiblement supérieur à celui des femmes mais des différences en fonction du pays persistent. En Afrique sub-saharienne, la différence entre les sexes est assez faible en comparaison avec le Proche-Orient et le Maghreb : 27 % des hommes et 22 % des femmes ont un compte courant, contre 23 % des hommes et 13 % des femmes au Proche-Orient/Maghreb. Dans les quatre pays du Maghreb où des données sont disponibles (Algérie, Égypte, Maroc et Tunisie), le pourcentage de femmes de femmes disposant d'un compte courant dans un établissement bancaire est au plus de la moitié de celui des hommes, allant de 6,5 % (pour les femmes) pour 12,8 % (pour les hommes) en Égypte à 26,7 % (pour les femmes) pour 52 % (pour les hommes) au Maroc. On constate un déséquilibre du même ordre de grandeur en ce qui concerne l'accès aux prêts, avec des chiffres qui vont de 0,5 % (pour les femmes) et 2,5 % (pour les hommes) en Algérie à 3,6 % (pour les femmes) et 5,0 % (pour les hommes) au Maroc, et, pour les comptes rémunérés, de 0,2 % (femmes) et 1,2 % (pour les hommes) en Égypte à 8,1 % (pour les femmes) et 12,1 % (pour les hommes) au Maroc. En ce qui concerne les polices d'assurances, les chiffres disponibles indiquent une très faible pénétration indifféremment du sexe, avec une grosse différence hommes-femmes au niveau des assurances agricoles (11,2 % des hommes pour 6,2 % des femmes ont contracté une assurance récolte, pluie ou bétail) en Afrique sub-saharienne.    

Malgré les diverses contraintes, il est possible de faire avancer l'intégration financière sur le continent africain de nombreuses manières. Les institutions financières, les organisations multilatérales et bilatérales, les structures sans but lucratif et le secteur privé sont de plus en plus conscients de l'importance de l'émancipation économique des femmes par un accès accru aux ressources financières. L'encouragement de ces transitions, la suppression des aspects discriminatoires des cadres juridiques et réglementaires, en particulier ceux liés à la propriété foncière et immobilière, seront des facteurs importants d'amélioration de l'accès à l'autonomie financière des femmes en Afrique. Cet objectif peut également être soutenu en améliorant la conscience des décideurs et autres acteurs du marché de la nécessité de répondre aux besoins financiers des femmes et d'intégrer les représentants des femmes dans les discussions sur les politiques et sur les offres.