Finance islamique

Le système financier islamique comprend un large éventail de produits financiers structurés en conformité avec la loi islamique (Charia). Il existe toutefois des divergences d’opinion entre les académiciens et les oulémas (les communautés de juristes; arbitres de la Charia) sur le type de transactions qui sont autorisées en vertu de leur conformité à la Charia. Conformément aux principes généraux du système financier islamique, la pratique de l’usure ou la recherche de l’intérêt (riba) sont interdites, de même que le sont l'incertitude excessive (gharar) et le jeu d’argent (maysir). Elle autorise par contre le partage de risque et de bénéfices entre les partenaires impliqués. En outre, les actifs et les investissements ne peuvent provenir et n’être réalisés que dans le cadre d’activités conformes à la Charia, et les transactions quant à elles ne peuvent être soutenues que par des éléments d’actifs sous-jacents identifiables et matériels. Toutes les institutions financières offrant des produits et services financiers islamiques doivent également être supervisées par une Commission de surveillance fondée sur la Charia.

Alors qu’à la fin 2010, la finance islamique ne représente qu’un pour cent (1%) des actifs financiers mondiaux, elle apparait comme l'un des segments les plus dynamiques du système financier international, avec un taux de croissance annuel moyen supérieur à 20 % au cours de la dernière décennie. Les actifs islamiques s'élevaient à un trillion de dollars en 2010 et devraient atteindre 1,6 trillions de dollars en 2012. Ces actifs couvrent un large éventail d'activités financières, de produits et de services, allant des services bancaires personnels et d'entreprise à l'assurance, aux valeurs mobilières du marché des capitaux, aux fonds d'investissement et à la microfinance.

L’Afrique n’abrite que juste un peu plus d'un quart de la population musulmane mondiale, mais la demande en services et produits financiers islamiques y est potentiellement forte, présentant d'importantes possibilités d’approfondissement et d’élargissement de l'intermédiation financière. Bien qu’encore relativement sous-développé, le système financier islamique est en pleine expansion dans de nombreuses parties du continent. Les prestataires de services financiers islamiques sont désormais présents dans la plupart des pays d'Afrique du Nord et dans de nombreux pays d'Afrique de l’Est et de l’Ouest(en particulier dans ceux dont les communautés musulmanes sont relativement importantes). Les institutions financières islamiques (IFI) sont cependant encore très peu répandues en Afrique centrale et australe, à l'exception notable de l'Afrique du Sud et de Maurice, qui ont un segment financier islamique florissant. Les actifs dans les marchés islamiques consacrés tels que celui de l' Egypte et du Soudan avaient atteint respectivement 6.3 et 7.2 milliards de dollars à la fin de 2008, avec plusieurs pays tels que le  Nigeria, l'Afrique du Sud et le Kenya déclarant leur intention de faire de leurs marchés financiers des centres de la finance islamique sur le continent.

Le système bancaire islamique basé sur la Charia et se conformant à deux principes fondamentaux dont l’un est la répartition des pertes et des profits et l’autre, l’interdiction de la collecte et du paiement des intérêts domine largement la finance islamique qui détenait près de 75 % des actifs islamiques dans le monde entier en 2008. Les banques islamiques à part entière et les banques commerciales avec des créneaux opérant conformément à la Charia constituent la source la plus importante des investissements islamiques et fournissent la majorité des services financiers islamiques à travers l'Afrique.

Le Takaful et le Retakaful représentent des formes d'assurance et de réassurance islamiques basées sur des principes d'entraide, de partage des charges et de garanties conjointes. Les contributions mondiales de Takaful atteignaient environ 7 milliards de dollars américains en 2009. Bien que le nombre de sociétés africaines de takaful soient encore limité, les contributions brutes de Takaful à travers le continent ont affiché un Taux de croissance annuel composé (TCAC) de 18 % entre 2005 et 2008, et une croissance de 26 % en 2009 pour atteindre environ 377 000 000 de dollars américains.
Les marchés de capitaux islamiques se sont considérablement élargis suite à l'élaboration des instruments et des normes comptables islamiques ainsi que de la mise en place des organismes de réglementation. Certes, les principes du gharar et du maysir interdisent  largement les transactions de la plupart des types de produits dérivés mais les marchés de capitaux islamiques deviennent de plus en plus des plates-formes plus sophistiquées où les entreprises peuvent lever des capitaux conformément à la Charia.

Le marché mondial des sukuk, qui sont des certificats islamiques assimilables  aux obligations et aux titres adossés à des créances, s'est développé rapidement en réponse à la demande croissante des institutions financières internationales et des investisseurs individuels pour les capitaux conformes à la Charia. La Malaisie est le plus grand marché de sukuk dans le monde avec 39 % des encours ou l’équivalent de 80.2 milliards de dollars américains, et 825 émissions (2009). Le marché de sukuk du London Stock Exchange quant à lui est le plus important d’Europe. Conformément à l'interdiction du ribah, le sukuk est structuré de manière à ne pas générer des intérêts mais à placer les actifs le soutenant dans un fonds commun de créances (SPV) qui génère des rendements sur la base des transactions concrètes. Vers  la fin de 2009, les émissions cumulatives mondiales de sukuk atteignaient  24.6 milliards de dollars américains. Le marché de sukuk en Afrique reste encore très limité avec l'émission de sukuk dans très peu de pays tels que le Soudan et la Gambie tandis que d’autres pays tels que l'Egypte ont annoncé leur intention de développer davantage les marchés internes de sukuk à l’avenir.

Les banques d'investissement islamiques et les fonds d'investissement islamiques sont de plus en plus actifs sur le marché mondial. Bien que très peu de fonds islamiques opèrent en Afrique, à la fin de 2009, entre 700 et 800 fonds islamiques dans le monde entier géraient un peu plus de 52 milliards de dollars en actifs. Adoptant souvent des structures proches de celles des fonds mutuels, des fonds de placement en action ordinaire, des fonds de crédit-bail et des fonds de contrat marchandise, les fonds islamiques visent à générer des profits à partir de mises en commun à grande échelle d’importants investissements, de conventions de prise ferme et d’activités de cotation.

La micro finance islamique a la faculté d'élargir considérablement l'accès au financement, en particulier dans les ménages pauvres et non bancarisés qui n'utilisent pas les services de micro finance classique pour des raisons religieuses. L’insuffisance de données publiquement disponibles rend l’évaluation de la micro finance islamique africaine difficile. Toutefois, une enquête de 2007 du GCAP (Groupe Consultatif d’Assistance aux Pauvres) a révélé qu'au moins cinq institutions de microfinance islamique (IMF islamique) opéraient en Afrique en 2007 (1 au Mali, 1 en Somalie et 3 au Soudan) décaissant plus de 2 millions de dollars à plus de 12 400 clients. Selon la même enquête, certes les IMF islamiques avaient une clientèle mondiale d’environ 380 000 clients, représentant à peu près 0,5 % de la clientèle totale de la microfinance à l'époque, mais il existait une forte demande non satisfaite pour des produits de microfinance islamique, indiquant un fort potentiel de croissance pour le secteur.